Au sortir de la guerre, il a fallu augmenter la production agricole pour nourrir le monde. C’est un fait. Mais il a fallu aussi recycler les chars, et écouler les produits chimiques utilisés pour les bombes et les gaz toxiques et nourrir toute une industrie héritée des heures sombres de l’ Histoire.

Dans les années 30, la majorité des français est majoritairement rurale et paysanne, dès 1948, le plan Marshall amène l’aide financière et industrielle pour transformer profondément le paysage rural français Mais il change également profondément l’échelle des valeurs : si le paysan se nourrissait et distribuait les surplus, l’exploitant agricole doit lui nourrir le pays et apporter des devises. « L’or est le pétrole vert de la France » comme disait en son temps le rural VGE. Vous apprécierez le délicieux glissement sémantique qui transforme « l’habitant d’un pays » en « exploiteur »…

Causes, conséquences :

  • La taille des exploitations augmente. 60 % des exploitations françaises de moins de 20 hectares ont disparu entre 1967 et 1997, tandis que le nombre de celles de plus de 50 hectares a quasiment doublé. La Surface Agricole Utilisée (SAU) moyenne est de 77 ha. Les exploitations entre 50 et 100 ha représentent près du tiers de l’ensemble. (source : INSEE).
  • 56% paysans ont plus de 55 ans. Rappelons que chez les agriculteurs, le taux de suicide est trois fois plus élevé que chez les cadres. Et les campagnes continuent de se vider…
  • La mécanisation a nécessité un bouleversement des terroirs : le remembrement a fait agrandir les parcelles, détruire les haies et les arbres hors forêt, des fossés sont creusée, les champs drainés (disparition des zones humides et de leur biodiversité), perturbation du cycle de l’eau,
  • L’usage de matériels lourds, de mauvaises techniques agronomiques et l’usage systématique de pesticides, de désherbants et de l’irrigation entraîne une érosion catastrophique (on est passé de 4 à 1.3% de matières organiques dans les sols depuis 1950) ainsi qu’une perte dramatique de l’activité biologique (au début du siècle dernier, il y avait 2t/ha de vers de terre, il en reste 500 kg aujourd’hui),
  • Une profonde injustice et une non-reconnaissance du travail : l’essentiel des subventions est destiné aux gros producteurs, représentés en France en particulier par la FNSEA. Ainsi, la moitié des subventions européennes est versée à seulement 5 % des exploitations agricoles.
  • Aurais-je oublié de mentionner les irrévocables pollutions d’origine agricole dans les sols, nappes phréatiques, dans l’air, dans les tissus humains et animaux?

Prospective : dans un contexte:

  1. de main d’œuvre rare,
  2. de pétrole et de dérivés pétroliers de plus en plus cher,
  3. des sols épuisés et pollués,
  4. de biodiversité cultivée à l’agonie (semences paysannes disparues ou brevetées)
  5. et des incertitudes grandissantes quand à l’approvisionnement alimentaire, aux  réserves en eau et au changement climatique

Comment l’agriculture actuelle peut-elle répondre aux problématiques qui viennent, dans un souci de respect de la Nature et de l’Homme, de résilience et d’autonomie alimentaire et énergétique?

Certaines initiatives me laissent penser qu’il y a de l’espoir et des forces vives pour sortir de l’aberration agricole. Certaines évidences prennent corps et âme. Certains y verront un retour en arrière, j’y vois une façon moderne et intelligente de reprendre la main sur nos territoires, nos valeurs et notre futur :

« L’association Terra vitae a été créée afin de promouvoir et développer des fermes de petite taille appliquant les principes de la permaculture, des fermes qui soient avant tout des lieux pouvant accueillir des projets de vie en lien avec la communauté.

Pour cela, il nous est apparu nécessaire de mettre au point des outils afin d’aider les créateurs de ferme en leur apportant des savoirs et des techniques déjà élaborés par les pionniers de ce type d’agriculture, mais aussi en mobilisant la recherche sur les questions agro-nomiques, économiques, énergétiques ou encore architecturales.

L’idée de fonder cette association est née dans l’esprit de maraîchers et maraîchères, pionniers ayant appliqué les principes de la permaculture à l’échelle de leur ferme. Leur pratique et leurs réflexions les a amenés à élaborer un type de ferme appliquant une agriculture dont le fonctionnement s’inspire directement de celui des écosystèmes naturels, non dépendante du pétrole et ne générant pas de nuisances pour l’environnement : les fermes Terra vitae.

L’association qui porte ce concept, s’est fixée pour objectifs :

  1. L’étude et la conceptualisation d’une agriculture naturelle, en suscitant, initiant et coordonnant des études scientifiques et techniques, mais aussi par des expérimentations de terrain ;
  2. La promotion ce cette agriculture naturelle, avec le souci d’en diffuser la connaissance au plus grand nombre ;
  3. La modélisation et la conception de fermes Terra vitae, en mobilisant différentes ressources techniques et scientifiques ;
  4. La participation à l’élaboration de formations grand public et professionnelles spécifiques ;
  5. La mise en place d’une structure d’accompagnement des porteurs de projet et des acteurs souhaitant déployer des fermes Terra vitae sur leur territoire ;
  6. La diffusion des connaissances et les échanges de bonnes pratiques avec des paysans d’autres pays, et notamment de pays en voie de développement.

Les fermes Terra vitae

 Nous avons imaginé une forme d’application d’une agriculture biologique naturelle, peu mécanisée, qui pourrait cohabiter dès aujourd’hui avec d’autres pratiques. Il s’agit de fermes de toute petite taille (un hectare environ), très productives, en avance d’une génération par rapport à ce qui se fait aujourd’hui. Elles apporteraient des réponses à de nombreux problèmes contemporains. Nous les appelons fermes Terra vitae, du nom de l’association que nous sommes en train de créer pour porter ce concept. Ce type de ferme n’existe pas à l’heure actuelle.

Qu’est-ce que la permaculture ?

La permaculture est une méthode de conception basée sur une éthique et des principes qu’on peut utiliser pour concevoir, mettre en place, gérer et améliorer toutes sortes d’initiatives individuelles, familiales, et collectives en vue d’un avenir durable.

La permaculture s’est dans un premier temps concentrée sur l’établissement de systèmes agricoles durables («agriculture permanente»), avant d’élargir son champ de vision à toute la société («culture permanente»), à travers ses systèmes agricoles, socio-culturels, industriels ou financiers.
La conception permaculturelle (“design” en anglais), basée sur l’observation et la reproduction des écosystèmes naturels, se fait par une approche systémique qui vise à interconnecter les éléments du système, grâce à des principes d’efficacité énergétique, pour créer des environnements durables, résilients et répondant aux besoins des êtres humains.

Le fondement de la permaculture est une philosophie dont l’éthique est le respect de la Terre, de l’Homme, et le partage équitable.

 Un petit exemple de la première ferme pilote en permaculture, proposant des formations de maraîcher en permaculture et traction animale, une belle réussite :

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Pour plus d’informations sur Terra vitae : http://www.terra-vitae.org

Ferme du Bec Hellouin : http://www.fermedubec.com/