Les mauvaises herbes sont des plantes compagnes de l’homme depuis la nuit des temps. En effet, elles se plaisent dans les milieux anthropiques (sols nus, retournés, tassés, riches  en matières organiques et azotées d’origine humaines ou du bétail) et il est vraiment étonnant de voir à quel point elles peuvent justement être utiles à l’homme. Un troublant rapport gagnant/gagnant. Décidément la Nature fait vraiment bien les choses…

En effet, après différentes recherches et expériences sur les plantes sauvages comestibles, quelle ne fut ma surprise de constater que la quasi-totalité des « adventices » de mon modeste potager étaient potentiellement nourrissantes, délicieuses, voire médicinales!

Oh, j’entends d’ici les mauvaises langues aller bon train et filer les quolibets tels les stolons de fraisiers du mois de juillet. Si, j’ai assez à manger dans mon potager, et non, je ne suis pas un grand maniaque du désherbage. Et grand bien m’en fit, la malherbologie m’a donné raison!

En effet, les « mauvaises herbes » ont différentes qualités et utilisations pas forcément évidentes au premier abord :

  • maintenir une biodiversité indispensable au potager (source de pollen pour les butineurs, abris et nourriture pour la faune auxiliaire), je m’amuse d’ailleurs depuis cette année à laisser pousser des bandes de 20/30 cm à intervalles réguliers qui me font des « haies champêtres » au milieu des cultures pour l’ombre, les abeilles, etc…
  • couverture « vivante » du sol. Je met un bémol sur les graminées vraiment impossibles difficiles à maîtriser. Bien sûr on privilégiera l’invasion sur des légumes adultes et assez hauts, pour les semis ou plantules, mieux vaut abandonner. Je rajoute qu’au passage certaines peuvent même enrichir le sol en azote, l’air de rien (trèfles et autres fabacées).
  • donner des indications sur la nature du terrain voire diagnostiquer les carences ou excès de son sol. Ce sont des plantes que vous n’avez pas invitées (CQFD), elles poussent donc car ce milieu leur est optimal. Connaître leurs exigences permet de connaître précisément les points positifs et négatifs de son sol. J’y reviendrais plus tard dans un autre article,
  • faire parler ses voisins adeptes de la propreté maniaco-dépressive,
  • et, nouveauté pour moi, elles sont (presque toutes) comestibles.

Petit tour d’horizon des sans-papiers de mon potager :

  • égopode podagraire : appelé aussi l’herbe aux goutteux, je vous laisse deviner à quoi il servait. Il a un goût puissant et aromatique. Les premières feuilles tendres du printemps se consomment crues en salade, sinon cuites, en légume vert, soupe, gratin, etc. Les grands connaisseurs placent l’égopode parmi les meilleurs légumes sauvages. Cru, le goût de cette plante est proche du persil, il reste longtemps en bouche.

  • oxalis fontana : ce faux trèfle est une jolie plante délicate et prend son nom de l’oseille (Oxalis signifie «oseille»), par allusion à la saveur acide de la plante, très proche de celle de l’oseille. On l’utilise d’ailleurs de la même façon en cuisine : dans les soupes, les salades, les omelettes, les sauces à base de crème, les quiches et autres plats aux œufs, le fromage frais (notamment de chèvre), le veau, le porc, le poisson, qu’elle accompagne merveilleusement. On la prend aussi au printemps pour purifier le sang.

me serais-je laissé envahir par la pariétaire??

  • Pariétaire (parietaria officinalis) : de la famille des orties, c’est une plante traditionnellement utilisée depuis l’antiquité comme plante alimentaire et médicinale ( contre les cystites en particulier). Consommable crue ou cuite.
  • Tiens, l’ortie (urtica dioïca) : comment s’en passer? elle contient 6 fois plus de vitamine C que le citron, excellente herbe à cuire, très riche en protéine (40% du poids sec), elle contient des sels minéraux (calcium, magnésium, phosphore, potassium et fer), des oligo-éléments et des vitamines en grande quantité. On peut aussi la manger en salade (mais bof) pour garder toutes les vitamines. Vivier pour la faune, j’ai appris qu’une fois fleurie et séchée, elle se conserve l’hiver et est très prisé pour le fourrage des animaux.

photo pas réussie de stellaire sous étage de chou

  • Stellaire (stellaria media) : ou mourron blanc, des oiseaux. Autrefois consommé comme légume, il possède, lui aussi, de nombreuses vertus médicinales, notamment en usage externe pour les problèmes de peau, il interrompt les démangeaisons, est cicatrisant, soulage et assouplit la peau. En usage interne, il s’utilise contre les rhumatismes. Se mange aussi bien cru que cuit, sa saveur est douce et tout est comestible. Ses fleurs sont ravissantes, il est un indicateur de sol équilibré et riche en matière organique, ses graînes servent de repas pour les oiseaux l’hiver et il est très facile à récolter. Que demande le peuple?

De la menthe c’est glissée avec le galinsoga, saurez-vous la retrouver ??

  • Galinsoga cilié (galinsoga quadriradiata) : originaire d’amérique du sud, le climat lui convient pourtant particulièrement bien en Europe. Il a hérité de ses ancêtres tropicaux une hargne à toute épreuve : difficile à éliminer car chaque plant peut produire des milliers de graines capables de survivre plusieurs années, il fleurit rapidement et les tiges coupées sont capables de s’enraciner. Une vraie peste pour le jardinier, néanmoins, les galinsogas ont une très bonne valeur nutritive et sont très nourrissants. Toutes les parties tendres y compris les fleurs se cuisinent crues ou cuites. Elles parfument agréablement les salades sauvages composées.
  • Plantain (plantago officinalis, major, coronopus) : cette famille est extrêmement intéressante au niveau médicinal (maux de gorges, dentaires, infections, transit intestinal, …) et alimentaire. Toutes les parties tendres y compris les fleurs, au goût de champignon, parfument agréablement les plats crus ou cuits. On en fait d’excellent pestos et une spéciale dédicace au plantain corne-de-cerf (plantago coronopus) pour des salades douces et délicieuses.

La lutte est dure entre le pourpier et les semis de mâche

  • Pourpier (portulaca oleracea) : très couvrant, c’est le champion toute catégorie de la pousse estivale. L’éloigner des semis ou jeunes plantules : il n’en fera qu’une bouchée. Par contre c’est un miracle de santé : reminéralisant, ultra-riche en vitamines A, B, C, en fer, il est source de potassium et de magnésium et soigne les irritations respiratoires et digestives. Comestible cru ou cuit, cet originaire de l’Inde est consommé comme légume sur tous les continents et il fait parti du fameux régime crétois.

Je m’arrêterais là, mais la liste est longue (pissenlit, cardamine, bardane, …) et ces dernières sont spécifiques de mon sol et de mon mode de culture. Vous en trouverez certainement d’autres chez vous.

Une des lois de la permaculture est  « le problème c’est la solution ». Effectivement, plutôt que de se battre sans cesse contre la Nature, apprenons à la connaître et à tirer parti de tout, nous relierons un passé pas si éloigné de nous où ces plantes étaient compagnes de l’Homme. Et rendons hommages à ces belles subversives, apprenons à aimer ce qui nous dérange : vive les plantes invasives!