C’est intensif, oui mais écologique. C’est nouveau, ça vient de sortir. Ils arrivent en précurseurs, ils ne sont que des récupérateurs. Rien à voir avec l’intérêt général, ils sont au services des mêmes qui posent problèmes depuis des années. Issus du Grenelle de l’environnement, ils sont là pour récupérer des morceaux, les éplucher et les rendre bankables auprès du système agro-industriel. Leurs sponsors? Système U, John Deere, l’ESA, le Crédit Agricole et diverses boîtes vendant des technologies vertes. Des philanthropes vous dis-je.

Nouvelle Agriculture (TM), Agriculture Ecologiquement Intensive (TM), ces tartes à la crème copyrightées « développement durable » en agriculture, vont sauver la planète de la famine et de la pollution. Pierre Rabhi à côté n’est qu’un boyscout.

Dans leur manifeste, tout est très louable et on se sent enveloppé d’optimisme et d’allégresse pour la pachamama. On entend même parler de vie du sol, culture sans labour, économie d’eau, biodiversité. Joie. Mais la ficelle est épaisse .

Faux problèmes, fausses solutions :

Leur constat ? « D’abord, par la constatation que l’agriculture va devoir produire en abondance pour faire face à l’accroissement de la population mondiale et à
l’évolution de son régime alimentaire qui, avec plus de consommation de viande, requiert
davantage de productions  végétales. De plus, l’agriculture sera inévitablement sollicitée, mais en moindre part, pour produire des carburants et des matériaux divers en substitution du pétrole. « 

Un peu plus loin est invoqué  » le recours à des améliorations génétiques des plantes et des animaux« , même s’ils se défendent de prôner les OGM  » […] une voie encore futuriste et qui rencontre de nombreuses difficultés…« 

C’est très clair : On ne remet pas en cause le régime alimentaire occidental mondialisé qui détruit la planète, on le constate et on fait avec.

On balaie d’une main l’hypothèse qu’il faut produire mieux et avant tout des cultures qui nourrissent l’humain. On n’arrête pas la marche du progrès et de la croissance éternelle. Produisons toujours plus! Et bien entendu des agrocarburants pour nourrir les voitures plutôt que les gens. Faux problèmes, fausses solutions. Mais solutions qui peuvent être très rentables, les grosses sociétés sont déjà sur le pont.

En bon communiquants, ils savent que le plus facile pour s’approprier la légitimité d’un terme déjà existant est la création d’une novlangue. On entend par exemple parler de « bioinspiration » , ce qui veut dire (bien sûr) imiter la nature, très louable au demeurant mais le hic derrière c’est « par exemple l’imitation de molécules naturelles insecticides pour une production industrielle.« 

Le paysan de demain sera un héro moderne

Le paysan de demain sera un héros moderne

Ces « sentinelles de la Terre » (Warner Bros present) redécouvrent des techniques millénaires comme les engrais verts, l’amendement calcique (si, si), ou alors sont au top de la modernité verte : guidage par satellite des machines, sondes hydriques pour l’irrigation, planchers en béton chauffants pour les élevages de volaille. Et le produit fini sera commercialisé en grande surface.

Ça existe déjà en mieux et gratuit :

Ce qu’ils représentent comme une révolution n’est qu’un aménagement d’un système agro-industriel en recherche de nouveaux débouchés. La solution aux problèmes qu’ils énoncent existent depuis longtemps. On l’appelle l’agroécologie et un rapport de l’ONU estime qu’elle peut doubler la production alimentaire en 10 ans. « « Si nous voulons nourrir 9 milliards de personnes en 2050, il est urgent d’adopter les techniques agricoles les plus efficaces », explique Olivier De Schutter, le rapporteur spécial de l’ONU. « Et les preuves scientifiques actuelles démontrent que les méthodes agroécologiques sont plus efficaces que le recours aux engrais chimiques pour stimuler la production alimentaire dans les régions difficiles où se concentre la faim. »

Il n’est pourtant nulle part ici question de solutions technologiques pour palier aux conséquences d’un système technologique.

Cette mascarade est la continuation du grenelle de l’environnement : dénaturer et pervertir le débat et les valeurs en jeu. Il s’agit de repasser un coup de peinture verte sur des technologies adaptées à un mode de culture d’après-guerre et de mettre des rustines sur un système agricole qui a pollué l’environnement, vidé les campagnes, détruit la fertilité des sols et empoisonnés les 10% d’agriculteurs surendettés restants.

Nous avons besoin d’une poly-agriculture locale, productive et diversifiée pour faire face à un futur incertain. La résilience de ces micro-fermes pluri-actives sera leur force :  non ou très peu dépendantes des fluctuations pétrolières, elles seront durables et adaptables. Elles permettront non seulement de nourrir villes, villages et campagnes mais également d’ embaucher un grand nombre de personnes, recréer un tissu artisanal local et intergénérationnel. Utilisant les techniques productives et régénératives de pointe de l’agroécologie, et des conceptions permaculturelles efficaces, elles permettront d’offrir à nos têtes blondes un avenir sain et nourricier, tout ça sans satellites, irrigation, OGM, intrants ni propagande médiatique.