Avec le Collectif Permaculture de Genève, nous nous sommes retrouvés en force un beau matin de mars chez Cinzia et Michel qui avaient émis le souhait de démarrer leur potager « en permaculture ».

Mais qu’est-ce à dire? avant de partir la bêche en avant pour retourner tout le terrain, il m’a semblé bon de savoir un peu de quoi on parle… Et ce qu’un jardin en permaculture signifie. Retour sur les bases donc pendant un bon moment : qu’est-ce que la permaculture pour les personnes présentes? Petit tour de table pour en arriver à la  conclusion que, non, la permaculture ce n’est pas simplement faire des buttes ou mélanger les légumes et les fleurs!

Après une succinte présentation de la permaculture comme une Vision > des Principes > des Techniques, j’ai achevé tout le monde en leur proposant en silence une visite intuitive et sensorielle du jardin. Les bêches furent définitivement rangées.

Il est important d’écouter ce que nous dit notre corps, notre cœur, nos impressions. Trop souvent ces premières impressions sont reléguées au second plan quand l’analyse impose son dictat. La première impression est souvent la bonne, encore faut-il lui accorder du crédit. C’est pour cela qu’il me paraît nécessaire de faire coexister ces 2 facettes en nous : l’analyse et le ressenti, intégrer plutôt que diviser pour arriver à une vision des choses large et globale.

Tout au long de ce « design collectif », nous découvrîmes l’histoire de nos hôtes, leur coup de cœur pour cette maison, ce terrain, son histoire. Mais aussi leurs souhaits, rêves pour leur jardin.

Nous fîmes un bilan des plantes bioindicatrices et de leurs informations, corroboré par une étude pédologique rapide et une observation des bordures.

Puis, après avoir fait un bilan global, en 2 équipes nous élaborâmes chacun un « design » forcément rapide et incomplet mais permettant de fixer certains points et de rapprocher certaines idées. Après une heure de phosphorisation intense, une mise en commun nous permit de lister les idées communes, les points de convergences (qui furent nombreux). Après concertation avec nos hôtes, nous nous décidâmes pour un consensus final, un entre-deux adéquat.

Cette première journée participative, riche de réflexion, d’échange, de ressenti mais aussi d’analyse et de partage d’idées nous a permis, ensemble, de libérer l’intelligence collective et un nombre incalculable d’idées, de réflexions. Une richesse qui n’aurait pas vue le jour si j’avais fait mon travail de chef d’équipe habituel…

La semaine d’après, il était temps de passer à l’action.

avant...

...pendant...

…pendant…

Entouré de haies oppressantes, surnuméraire en arbustes à fleufleurs (et à BRF), le défi était poivré. Heureusement, les propriétaires acceptèrent joyeusement le sacrifice difficile des plantes-à-maman.

Le sol lourd, glaiseux et tassé nécessitant une culture surélevée, le conseil opta à la majorité pour 2 buttes en U, orientées Sud, plus un déplacement des aromates près de la maison.

La première, la plus longue (environ 10 mètres de long, 1.20 de large) sera rehaussée avec la terre des allées, semées en trèfle nain.

La première butte presque terminée. Un douloureux mélange de bonne terre et de glaize...

Après réflexion, j’aurais du séparer les 2 horizons principaux pour les « remettre dans l’ordre » après. En effet à 15 cm on atteignait une terre assez moyenne, argileuse et plutôt asphyxiante qui s’est du coup retrouvée sur le dessus. Néanmoins un à deux ans de bonnes pratiques de cultures (mulchage, compost de surface, travail superficiel, bonne rotation des cultures) fera se réorganiser de manière rapide les différents horizons et la vie du sol fera son œuvre. Incident que nous n’avons pas eu avec la deuxième butte, où le sol était bien plus profond et aéré. Note pour plus tard donc…

La deuxième butte autofertile à la Holzer (Hungerkültür) aura été menée tambour battant par nos forestiers sans papiers et des petites mains bien rangées. Le concept est connu : en se décomposant le bois situé sous la terre va libérer lentement des éléments nutritifs pour les plantes et la vie du sol. De plus toute cette matière organique fera un effet « éponge » et sera un réservoir hydrique inestimable. Il est un peu tard en saison pour que l’effet « starter » de cette butte soit sensible en 2012, mais d’après nos sources, l’explosion de vie est prévue pour le printemps 2013!

(les 2 buttes seront mulchées par de la paille)

La partie nord, froide et venteuse sera plantée en arbustes comestibles : noisetiers, amélanchier, noyer sur tapis de topinambours….

Les thuyas allaient également subir une épuration éclaircie salvatrice. C’est totalement à contre-courant que de supprimer ces murs verts, archétypes de l’espace privé pavillonnaire français, d’ouvrir son jardin, son espace privé à l’extérieur, et c’est courageux. Le changement de paradigme est peut-être également ici : supprimer ce qui nous limite et nous enferme… A leur place seront plantés cet automne, arbustes à fruits comestibles (amélanchier , argousier, fruitiers, petits fruits, etc…).

A mon grand bonheur on me permit de me défouler avec ma tronçonneuse sur les thuyas (tayo!). J’avais toute la haie pour moi, mais hélas ma chaîne rendit l’âme avant d’avoir pu me rassasier complètement.

2 jours de rencontres, de réflexions, de travail et de bonne humeur, sans oublier les talents d’hospitalité de Cinzia et Michel ont transformé un non-sens paysagé en espace ouvert, comestible et beau. Beaucoup reste à faire mais le décor est posé.

Les manches sont pratiques 🙂

2 jours qui ont aussi démontré que l’intelligence collective et le « travailler ensemble » dans la convivialité et l’intergénérationnel soulève des montagnes. Car la permaculture c’est aussi (et peut-être avant tout) cela. Certaines idées avancent, mais ce n’est pas que de l’agriculture 🙂

« Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin »

Pour le plaisir des oreilles : Mauresca fracas dub : Dins mon jardin

Lien vers l’album « chantier collectif : oui au volume »