Qui n’a jamais pesté contre les mal nommées « mauvaises herbes » et le fait qu’elles reviennent systématiquement chaque année envahir nos espaces avec souvent de plus en plus de virulence ? Comme tous les envahisseurs, nous sommes tenus de nous poser la question « mais… d’où viennent-elles, … que veulent-elles ? ».

A force de voir toujours les mêmes aux mêmes endroits, on fini par accepter cette fatalité comme telle et on désherbe, on désherbe, et on peste.

Le même « problème » sur des surfaces agricoles revêt de suite une toute autre dimension. Et souvent les exploitants agricoles, forts dépourvus quand l’amarante fut venue, d’user, voire d’abuser de pesticides sélectifs (ou pas). Ce qui règle le problème… jusqu’à ce qu’elles réapparaissent, ce qui arrivera inévitablement.

Comment sortir de ce cycle infernal qui mécontente tout le monde (spéciale dédicace aux nappes phréatiques surpolluées) ?

 Une fois de plus en changeant notre vision, en considérant les choses sous un autre angle. Là aussi, et si le problème était la solution ?

Car bien entendu rien dans la Nature n’est le fruit du hasard. Toute chose à sa causalité propre. Et ces « mauvaises herbes » ont énormément de choses à nous dire, qui nous renvoient face à face à nos propres dysfonctionnements.

C’est ce langage secret que je vous invite à découvrir ici, avec une petite enquête…

La Nature tend toujours vers un équilibre, et si déséquilibre il y a (de quelque nature qu’il soit), elle mettra tout en œuvre pour compenser et revenir à un état initial. C’est ce qu’on appelle les boucles de rétroactions en cybernétique (l’étude des systèmes autorégulés). Un exemple de boucle de rétroaction à grande échelle est la modification du climat : la très grande concentration en gaz à effet de serre dans l’atmosphère oblige/implique la biosphère à modifier ses courants marins, aériens, à réorganiser tout son système de régulation climatique.

A beaucoup plus petite échelle, les boucles de rétroaction vont être la modification de la flore spontanée pour compenser des modifications du système initial.

Il se trouve que ces adventices ne sont en fait que la conséquence des modifications engendrées par l’homme sur un milieu. Plus encore, elles peuvent nous aider à diagnostiquer quel est le problème dans ce sol, et donc de pouvoir intervenir avant que la situation n’empire.

Symbole de la cybernétique

C’est un total changement de paradigme avec la vision conventionnelle. On  connaissait déjà les plantes bio-indicatrices permettant de déterminer la nature d’un sol, voiçi que nos mauvaises herbes vont nous aider à diagnostiquer ses déséquilibres et donc par là-même aider  faire disparaître ces mêmes plantes !

Et comme la plupart des plantes anthropiques, ces dernières sont très souvent comestibles, voire médicinales ! Un hasard ? ça non plus, je ne crois pas…

(NB : si vous êtes sages je ferais peut-être un article sur les plantes bio-indicatrices).

 Tout est question de concentration de population : la présence d’un ou de quelques individus ne sont pas caractéristiques forcément de quoi que ce soit. C’est la prolifération qui est symptomatique d’un déséquilibre ou en tout cas d’un état particulier du sol.

 Pour prendre quelques exemples : un sol tassé verra se développer des plantes avec des racines puissantes pour justement « décompacter » ce sol (pissenlit, rumex).

Un sol acide, pauvre en azote et phosphore verra se développer toute une flore destinée à compenser ses carences : légumineuses qui vont fixer l’azote atmosphérique, fougère aigle qui amènera le phosphore etc…

Plutôt qu’un cours magistral, je m’appuierais sur un exemple concret juste à côté de chez moi. En général, pour trouver un cas d’école d’aberration agronomique, il suffit juste de sortir faire un tour en campagne, on gagne à tous les coups.

Avant toute chose je recommande, que dis-je, j’impose la possession des 2 excellents ouvrages de Gérard Ducerf « L’encyclopédie des plantes bio-indicatrices », prérequis indispensable d’une grande qualité. Pensez-y, c’est bientôt noël…

J’habite dans une région d’élevage, on trouvera ici principalement des déséquilibres liés à des libérations trop fortes de matières organiques non décomposées ou de surpaturage.

 (Je m’excuse d’avance de la qualité médiocre de mes photos, mais croyez-moi sur parole…vous pouvez cliquer dessus pour les voir en grand) :

Un bel exemple de sol soumis à un stress chimique (chaulage en « ligne », voire en tas hasardeux), de plus le sol est pour ainsi dire stérilisé par le soleil (nous sommes sur un versant plein sud), et lessivage éolien et hydrique (la pente, qu’on devine à peine avoisine par endroit les 40%). La seule chose qui veut bien pousser pour l’instant, après la fauche du blé c’est le chénopode blanc. Ses caractères indicateurs sont symptomatiques et on les retrouvera dans tout le pays : « Excès d’épandage de MO (Matière Organique) animale non compostée ou mal compostée, travail des sols par temps secs, caractéristique des libérations brutales d’azote. »

 

On va le retrouver aussi en prairie, seul :

 

Ou associé avec l’amarante :

 

Dont les caractères indicateurs sont sans équivoques : « L’apparition des amarantes est toujours liée à un excès de potasse ou d’azote, du à des causes très différentes selon la saison. ».

Et comble, il peut pousser mieux que les cultures en place :

 

 Finalement, autant semer directement du chénopode…

Mais d’où viennent toutes ces graines ?? Voici la source :

 

 Le tas de fumier de la fin de l’hiver dernier sert de pépinière pour les futures graines qui vont ensemencer les champs cet automne…

On y trouve bien sûr

  • du chénopode blanc,
  • de l’amarante réfléchie et de l’amarante blette,

Mais aussi :

  • du pourpier sur les parties brûlées par les jus de fumier, caractères indicateurs : « tassements, compactages des sols laissés à nus et lessivés, érosion »,
  • de l’armoise commune : «engorgement en MO des sols riches en bases subissant des compactages et des érosions, manque de couverture des sols ».

Vous me direz, parce que vous suivez, que les caractères indicateurs parlent d’excès de MO non ou mal compostée, or ce tas de fumier à plus de 6 mois !

Et je vous répondrais qu’historiquement, l’évolution est à l’agrandissement exponentiel du cheptel, qui font que les exploitants agricoles achètent toujours plus de terre pour plus de vaches, plus de croissance, toussatoussa, sauf que ces braves gens du coup ne savent plus quoi faire de leur fumier !

 Pour libérer de la place ils en épandent du FRAIS, dans les champs en plein hiver (véridique : c’est plus facile de sortir le tracteur et la remorque quand la terre est gelée), induisant un joyeux lessivage de nitrates dans les cours d’eau au passage…

Et voilà, la boucle est bouclée ! Rien de neuf, tout à une causalité. Et on gagne vraiment à tous les coups. De mauvaises pratiques agricoles qui auto-entretiennent des colonies de plantes « invasives », qui ne sont pas près de disparaître.

Des solutions bondiou? Critiquer c’est bien beau mais comment on fait ?

  • Tout d’abord adapter la taille du cheptel à ses parcelles. Trop de vaches abîment les prés (surpaturages), et on se retrouve avec trop d’effluents d’élevage par rapport à ses batiments/champs,
  • Le faire composter avec, par exemple du BRF, qui absorbe les jus, limite le lessivage et accélère le compostage,
  • Il est primordial qu’il y ait un bon rapport carbone/azote (donc assez de paille dans le fumier sinon : mauvais compostage, fermentation et écoulement des jus ,
  • Retourner régulièrement le tas pour éviter le lessivage, et accélérer le compostage,
  • Replanter des haies qui absorberont les excès de nitrates,
  • Essayer de travailler en TCS (techniques culturales simplifiées) ou en non-labour quand c’est faisable.

N’étant pas moi-même éleveur, je me garderais bien de donner des conseils, simplement ces techniques existent déjà et marchent très bien. Quand à l’agrandissement  exponentielle des exploitations et du cheptel, il faudra bien un jour ou l’autre choisir ce qu’on veut : on continue de courir pour le Crédit Agricole où on se détend, on réfléchi, on descend de son tracteur 5 minutes et on regarde ce qu’on a sous les pieds. Là aussi, un petit pas pour l’homme mais un grand pas pour l’Humanité.