S’il est un permaculteur reconnu et très médiatique (à part Mollison peut-être), c’est bien Geoff Lawton (la preuve il a même sa page wikipedia, c’est dire). « Greening the desert », c’est lui, il a aussi beaucoup écrit, filmé, planté et enseigné sur les « food forests ». Il est également le responsable du « permaculture research institute » en Australie, crée en son temps par Bill Mollison. Designer émérite, il a enseigné à des centaines d’étudiants venus des 4 coins du globe pour boire ses paroles et bosser gratos.

C’est un « monstre » par son savoir, son expérience, et il semblerait aussi par la taille de son melon.

Je suis tombé sur une nouvelle vidéo de lui il y a quelques temps, et j’ai été, je dois dire, assez soufflé par l’angle pris.Tout est dans le titre : « Surviving the coming crisis ». Vous pouvez la télécharger sur son site, c’est en anglais.

Rien de neuf quand au fond, c’est la forme qui m’a décidé d’en parler ici. Car je crois que ce n’est pas anodin, c’est même assez caractéristique de notre époque. Au fur et à mesure que des inquiétudes (justifiées) se précisent quand à notre futur, que la sensation générale d’un progrès technique qui a failli se répand, on peut être amenés à se tourner vers un repli sur soi, sa famille, au mieux sa communauté.

Chercher des pistes pour sauver sa peau et celle de sa famille… saine occupation mais est-elle vraiment compatible avec la permaculture et surtout son éthique?

Ce mélange des genres me laisse un petit goût amer, mais je sens que cette réflexion est nécessaire et enrichissante car comme le reste, la permaculture est et sera ce qu’on en fait. Petite analyse …

La septième trompette de l’apocalypse vient de sonner…

Tremble carcasse

Tremble carcasse

Dès le départ le ton est donné : musique épique, flammes, dollars et subliminales phrases se terminant invariablement par « crisis » (food, oil, economic, climate, etc…). Cette présentation est digne des pires spots complotistes qui fleurissent partout sur le net. J’avoue que c’est mon péché mignon mais je me soigne.

Il y a une posture biblique dans cette entrée en matière, genre apocalypse de saint-Jean. Heureusement, Geoff Lawton va nous sauver, d’ailleurs regardez comme il nous regarde avec bienveillance :

Nouvelle figure messianique

Nouvelle figure messianique

Après ce moment riche en émotions, sa très sainteté Geoff nous explique qu’il peut (si on veux hein) nous apprendre à « survivre »…  Fear. Oui mais « in a civilized way ».. Ouf…

Suivent ensuite des présentations du permaculture research institute, de ses différents projets à l’étranger, etc, etc.

Et on se rend compte qu’en fait ce spot n’est avant tout qu’une grosse pub pour des prestations de design et de formation. D’ailleurs son excellence Mr Lawton insiste sur le sentiment d’urgence pour le monde entier (on repart sur les suffixes « crisis » de tout à l’heure) et de la nécessité d’apprendre la permaculture pour dans l’ordre, se sauver, ou sa famille, ou même sa communauté, d’une façon « healthy » et « secure »…

Du babos au barbouze

Bien entendu je me fais l’avocat du diable. Bien sûr qu’il y a une urgence, il faudrait vivre sur une ile déserte ou dans le 16ème arrondissement pour dire le contraire. Et bien sûr que la permaculture comme science et vision permet de créer l’abondance en minimisant le travail, les intrants, l’énergie en somme. Elle permet de créer des écosystèmes agricoles et humains résilients, durables et merveilleusement efficaces. C’est pour moi aussi, la transition nécessaire entre un monde agonisant et mortifère et « quelque chose d’autre » totalement différent à tous les niveaux.

Mais la finalité semble bien différente. Lawton tient à élargir le cercle de la permaculture aux survivalistes, preppers et autres flippés de la vie. Dans ce spot je ne vois la permaculture que comme un business basé sur la peur…

Science sans conscience…

On ne vient pas à la permaculture pour les mêmes raisons. N’étant pas moi-même d’un optimisme débordant, c’est justement la vision profondément positive et inclusive de la permaculture qui m’a plu. Ce qui a été défait peut être refait et nous avons tout dans les mains pour jardiner la planète et en faire un havre de vie et d’abondance dans l’observation continuelle et le profond respect des systèmes naturels. Si cette vision peut sembler naïve, elle est, je le pense, indispensable pour intégrer cette vision si particulière.

Comme je l’ai déjà expliqué, la permaculture ne peux se résumer à des techniques agricoles. Ces dernières dépendent d’une multitude de facteurs et surtout du respect ou non de ses Principes, boîte à outils permettant de réaliser durablement l’Ethique de la permaculture.. Mise au point par Mollison et Holmgren dans les années 70, basée sur l’observation de la Nature et sur les savoirs traditionnels, l’Ethique de la permaculture est la clé de voûte permettant de créer des systèmes humains durables. Elle se décompose en 3 lois principales :

  • prendre soin de la Nature
  • prendre soin de l’humain
  • redistribuer les surplus…

Le raccourci qu’il donne fait l’impasse sur ce qui est pour moi le plus important dans cette histoire. La Nature y est vue comme un simple objectif alimentaire, le soin à l’humain concerne avant tout sa propre gueule (ou sa « communauté »), quand à la redistribution des surplus…

Voir la permaculture dans sa seule finalité alimentaire et d’autonomie me semble un vrai désaveux de ses principes fondateurs.

La différence entre un monde d’abondance et de rareté

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Voir la vie en survivaliste, en « prepper », si l’idée ne m’est pas forcément désagréable, amène malgré tout à une certaine peur de l’autre, un certain limitisme dans la réflexion et l’analyse. C’est à peu près tout le contraire de la permaculture, discipline avant tout holistique, où la richesse d’un système est aussi son ouverture sur l’extérieur (ce qui ne l’empêche pas de fonctionner en relative autonomie). Chaque élément externe qui arrive dans un système est une richesse et une promesse de résilience et de stabilité. De même, les autres personnes sont des ressources potentielles, des richesses précieuses.

C’est la différence également entre un jardin d’éden et un bunker, entre l’autonomie et l’autarcie. Cette dernière n’étant ni souhaitable, ni soutenable à long terme.

Pour moi, les preppers et les permaculteurs même si on leur prête des liens de parenté, n’ont pas les mêmes objectifs, et à coup sûr pas les mêmes moyens d’y arriver. Il y a une vision globale et ouverte d’un côté et une vision restreinte et fermée de l’autre.

Il va falloir débattre et définir toujours plus au fur et à mesure que la permaculture se développera pour conserver ce qui fait vraiment son essence. Attention aux récupérations de tous ordres, mais c’est sans doute la rançon de la gloire.

Mais nous n’avons pas encore tranché de l’importance de la perma dans la survie en cas d’attaque zombie. Cela fera l’objet d’un prochain film certainement …