Voici le résumé d’une formation que j’ai donné au Groupement Régional d’Agriculture Biologique (GRAB) de Haute-Normandie.

Suite à mon article « tour d’horizon des légumes perpétuels et vivaces« , j’ai eu beaucoup de questions et de demandes d’approfondissements. Cette modeste formation tente donc d’aller plus loin en proposant des pistes de réflexions pour intégrer des productions pérennes en maraîchage biologique, par une approche permaculturelle.

J’ai réalisé également des fiches de culture de 15 légumes vivaces, depuis les plus connus aux plus exotiques que je laisse en téléchargement libre à la fin de l’article.

On est en terra incognita : il y a peu de retours d’expériences chiffrées quand aux potentialités -également économiques- des légumes pérennes en maraîchage biologique ainsi que peu de littérature sur leurs techniques culturales. Comment insérer ces dernières dans un itinéraire technique classique? La permaculture et ses principes peut aider à optimiser et intégrer ces plantes atypiques dans un itinéraire technique adaptable à chaque cas.

Ci-dessous une rapide présentation dynamique listant les inconvénients de systèmes maraîchers classiques basés sur des annuelles et les avantages de travailler sur des espèces pérennes :

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Différentes idées pour intégrer des cultures vivaces en maraîchage

  • La forêt-jardin : c’est le principal agencement connu en permaculture pour les légumes vivaces. Ils participent ainsi à une optimisation des rendements par unités de surface, tout en rajoutant des fonctions agronomiques non négligeables (accueil des auxiliaires, limite la concurrence des adventices, pompe à minéraux, etc…). Particulièrement adaptés à un sous-étage, ils demandent moins de soleil -globalement- que les légumes annuels.

Savanna_Layer_Diagram-940x580Soyons clairs, le principe même de forêt-jardin est principalement pensé pour des vivaces et handicape grandement la culture de légumes annuels (sous-étage trop ombragé, difficulté de cultiver tout simplement).

  • Pourquoi ne pas imaginer d’aller plus loin avec un système d’agroforesterie incluant des légumes vivaces en sous-étage, sans toutefois nuire à des cultures annuelles classiques. Ces comestibles pérennes trouvent leur place au pied des arbres et arbustes, parmi des plantes vivaces mellifères, attractives aux auxiliaires (etc), où ils rajouteront sens et productivité au système. C’est par exemple à peu près le principe du verger multi-étagé des fermes miracles, sans production maraîchère toutefois dans cet exemple.

fermes miracles

  • S’inspirer du zonage :

En permaculture, on procède également à un zonage qui consiste, à partir du niveau 0 (l’habitation humaine), à établir une planification efficace en matière d’énergie selon le taux de fréquentation, pour pouvoir distribuer au mieux les éléments du système suivant l’attention qu’ils nécessitent ou la fréquence d’usage (de 1 très intensif, à 5 sauvage) et les énergies extérieures au site (vents, bruits, soleil …).

Zone 1 Zone 2 Zone 3 Zone 4
Zone 5 Source: Introduction to Permaculture Design (DVD) et l’excellent blog Madeinearth

En exemple simpliste on placera le jardin potager et le carré d’herbe médicinales en zone 1, c’est-à-dire au pied de la maison (fréquence d’utilisation importante) et les grandes cultures et vergers en zone 4. La forêt et les espaces « sanctuaires » seront réservés en zone 5, au confins de la propriété.

zonage designSauf que : on ne peut appliquer ou difficilement ce principe sur des exploitations maraîchères car :
  • chaque exploitation est particulière et n’a pas les mêmes caractéristiques qu’un lieu de vie (qui reste le contexte principal du zonage en perma),
  • le parcellaire change régulièrement selon les cultures, rotations, engrais verts, …
  • la nécessité économique prime sur les autres aspects (il ne s’agit pas de se planter…).

On se basera donc avant tout et dans un premier temps sur la réduction des zones non productives de toutes les configurations possibles d’exploitations. La production de légumes vivaces sera donc un « plus », sans impacter la production des annuelles, permettant d’améliorer le rendement global par unités de surface en optimisant les espaces inutilisés.

L’idée est donc dans ce cas d’établir une typologie des espaces communs à chaque exploitation maraîchère. Ces différentes zones ont toutes des caractéristiques particulières : microclimat, pédologie, disponibilité en eau, etc.

On peut les classifier comme suit :

  • Les zones de rotation
  • les zones faiblement utilisées (bordures intérieures et extérieures des serres, entre 2 serres, en bordures de chemin, etc…)
  • les zones difficilement utilisables (inondables, caillouteuses, exposées au vent, sous les arbres, etc)
  • les zones non utilisées.

On retrouve cette typologie ici, avec les caractéristiques principales des zones en question, ainsi qu’un code couleur.zonage légumes vivaces

Ce dernier permet ensuite de visualiser sur une « exploitation-type » (inspiré de la ferme de la Grelinette, de J-M Fortier), les zones en productions « classiques » d’annuelles en jaune et toutes ces zones secondaires, peu ou pas mises en valeur dans un schéma cultural traditionnel.

zones légumes vivacesOn observe une augmentation non négligeable des zones potentiellement productives, sans empiéter sur les zones de cultures d’annuelles. Reste à déterminer quelles espèces de légumes pérennes sont cultivables sur telle ou telle zone. Ce dernier mind-map donne des préconisations, indications sur les plantes vivaces à installer dans telle ou telle zone. Mais attention, cette liste reste exhaustive et potentiellement à compléter et corriger.

zonage -2

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Permacultrices, permaculteurs, jardinières, jardiniers, maraîchères, maraîchers : nous avons besoins de vous! Faites connaître vos expérience, remarques, astuces, questions sur les légumes vivaces, leur culture, les fournisseurs, la production en tant que telle, plus la transformation éventuelle, commercialisation etc.

Une fois de plus quand il s’agit de permaculture, nous sommes des pionniers. Persuadés du bien fondé de notre engagement, nous n’en sommes pas moins limités par le manque de retours et d’expériences, à même de valider -ou pas- nos hypothèses pour le futur. Travaillons ensemble pour prouver qu’il est possible de multiplier nos productions et revenus en tirant parti de l’existant et en travaillant dans le sens de la Nature. Que la culture de la permanence puisse trouver sa place dans le règne court-termiste qui est le nôtre pour petit à petit le modifier de l’intérieur et arriver à des agro-écosystèmes de plus en plus riches et résilients.

Un grand merci à Changa pour son ouverture, sa confiance et ses précieux conseils!

Les fiches concernant 15 légumes vivaces différents sont disponibles gratuitement ici => Fiches légumes vivaces