L’eau est l’élément le plus répandu sur Terre et le principal constituant de la matière vivante. Les plantes contiennent jusqu’à 85% d’eau, les bébés 75% et, par exemple, Jean-Pierre Pernault autour de 60%. Sans doute moins.

C’est pourtant l’élément le plus mal réparti. En effet, 97.5% de l’eau sur Terre est… salée. Sur les 2.5% restant seulement 30% est disponible dans les nappes phréatiques (le reste se trouve dans les glaciers, le permafrost et dans l’air). L’eau totale utilisable pour les activités humaines représente donc moins de 1% de l’eau terrestre! (source). Et à savoir que près des 3/4 de cette eau est gâchée utilisée par l’agriculture. La bonne nouvelle c’est que la quantité d’eau n’a jamais changée et ne changera pas. C’est sa redistribution et sa salubrité qui posent déjà et qui vont rapidement poser problème…

La gestion de l’eau en permaculture est aussi importante que l’eau l’est à la vie. C’est le point clé du design en tant que ressource fondamentale. Les stratégies mises en œuvre sont donc celles-ci :

  • Réduire les besoins
  • Capter/Retenir/Stocker
  • Distribuer
  • Purifier (l’eau qui ressort d’un système en permaculture a une qualité égale ou supérieure à l’eau d’entrée).

Pour cette première partie je développerais la première stratégie « Réduire les besoins » qui est simple à mettre en œuvre et la clé de voûte de la gestion. Comme on dit en Auvergne : « le premier sou économisé est celui qu’on ne dépense pas », et bien ça marche aussi avec l’eau. On ne louera jamais assez le bon sens auvergnat…

Un sol vivant et bien équilibré est la condition sine qua none pour une résilience maximale 

Collembole vert

  • Les micro organismes vont aérer le sol, donc augmenter la capacité d’infiltration de l’eau. C’est « l’effet couscous« . Cette multitude silencieuse vit, meurt et transpire, conférant en plus une humidité constante dans la terre. On a tout intérêt à cultiver des micro organismes sur son sol avant de cultiver des légumes. Compost, paillage et engrais verts amèneront et multiplieront ces derniers.
  • L’humus peut stocker énormément d’eau (près de 10 fois son poids), cette éponge est la réserve disponible à court et moyen terme du sol. C’est aussi pourquoi certains agriculteurs conventionnels sont obligés d’arroser tout l’été : leur sol n’a plus de matière organique. Dans de bonnes conditions de culture (paillage, non travail du sol, associations etc) l’humus est suffisamment présent. On peut en rajouter avec du compost, et du coup on rajoute aussi des micro organismes. Joie.
  • L’argile, par sa forme élémentaire en feuillets, va permettre de stocker à long terme beaucoup d’eau sous forme moléculaire (gonfle quand elle est hydratée puis se rétracte en cas de sècheresse). Il est donc intéressant quand on a un sol sableux, filtrant et donc pauvre en argile d’en rajouter un peu. Le beurre dans les épinards….

Les mulch

Jardin en buttes et 'trous de serrures" à l'écocentre du périgord

Jardin en buttes et ‘trous de serrures » à l’écocentre du périgord

Un sol nu se retrouve dans seulement 2 contextes :

  • les déserts
  • l’agriculture conventionnelle.

On peut cesser cette « steppisation » et rapprocher nos sols de leurs origines forestières par du mulch. Celui-ci a de nombreux avantages :

  • il limitera l’évaporation naturelle du sol, stoppée par une couche fraîche et humide en surface.
  • en se décomposant ce dernier va nourrir le sol et tout son écosystème, prodiguant fertilité et autres services écosystémiques (aération, amélioration de la structure, …)
  • coupées de la lumière, les graines d’adventices ne pourront pas germer, ce qui limitera ÉNORMÉMENT le désherbage
  • Le sol sera protégé des érosions extérieures : pluie battante, vent, soleil. Ce manteau atténuera également les amplitudes thermiques, le rendant plus apte à la vie du sol.

On parle souvent de paillage, mais je ne conseille pas forcément la paille car elle est assez pauvre et ne nourrit pas beaucoup le sol. On en trouve tout un tas (hu, hu) :

  • le foin est particulièrement riche (attention de mettre du foin assez vert et donc sans trop de graines)
  • la litière forestière : très riche, en lignine notamment, en mycéliums et en micro organismes. Donne un humus stable, d’excellente qualité. On aura le plaisir de trouver au printemps et à l’automne quelques champignons au milieu des salades
  • la fougère, particulièrement riche en potasse et avec des principes fongicides (intéressant pour les tomates, pommes de terre et autres légumes fragiles)
  • tout ce que vous aurez sous la main de matières sèches d’origine végétale pourra potentiellement faire l’affaire
  • pourquoi ne pas planter dans des végétaux vivant? Engrais verts, plantes couvre-sol, tant soit peu qu’elles ne concurrencent pas trop vos plantations, elles pourront offrir un biotope frais et des interactions racinaires positives.

Plus d’infos chez l’ami Ben.

L’ombrage

Choux cultivés sous oliviers

Choux cultivés sous oliviers

Le fait de cultiver uniquement un étage, en général des annuelles herbacées sur parfois des hectares est très récent dans l’histoire de l’agriculture. Ce qui est un non-sens agronomique implique également beaucoup d’énergie et d’eau pour pallier à ses propres conséquences. Exposée au vent desséchant et au soleil brûlant, tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. C’est pourquoi on va créer des effets de bordures bénéfiques qui vont protéger nos légumes et multiplier du même coup nos productions :

  • Par des associations : protégez du soleil vos plants fragiles en les disposant entre des légumes plus grands. Par exemple des salades plantées ou semées au nord de légumes tels des choux, maïs, cardons vont bénéficier d’un microclimat plus frais et ombragé pour la saison estivale. Fonctionne pour tout type de potager : plat, en ligne, en butte, paillé, etc.
  • L’effet-butte : Si votre butte est implantée sur un axe est/ouest, vous aurez donc un côté nord frais et ombragé et un côté sud chaud et sec. Préférez le premier pour les cultures demandant de la fraîcheur l’été, et le deuxième pour les cultures hâtives au printemps et tardives en automne. On peut amplifier cet effet en plantant des légumes volumineux sur le haut de la butte.
  • Plantation de haies : pour filtrer le vent, la lumière, apaiser la chaleur, amener un microclimat plus humide, de l’humus et des éléments minéraux dans le sol, des insectes auxiliaires etc. Les louanges sont innombrables, je ne m’étendrais pas dessus. On peux néanmoins s’amuser à varier hauteur, composition, rôle en créant des :
  1. petites haies : à base de gros légumes, de plantes vivaces. Il m’est arrivé de laisser tout simplement des bandes régulières de 30cm sans paillage où je n’intervenais pas, poussait alors toute un mélange de légumes ressemés, fleurs des champs, « mauvaises herbes », un havre pour les insectes et un régal pour les yeux.
  2. moyennes : arbustes, petits fruits, topinambours (pratique car grandit au fur et à mesure que le soleil monte dans le ciel, attention à l’invasion néanmoins)
  3. grandes haies: on touche à ce qu’on appelle l’agroforesterie. A bien réfléchir car il faut de grandes distances entre les bandes boisées à cause de l’ombrage. C’est néanmoins une piste d’avenir pour le maraîchage de plein champ, permettant des productions annexes non négligeables et des services écosystémiques innombrables.

On peut, pour gagner du temps et de la place, créer des ombrages temporaires :  canisses, ombrières, à base de roseaux, bambous, branchages, en murs, en pergolas, tressés… Tout est question de contexte et d’imagination!

 

Rejetez absolument les plants et semences du conventionnel

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Jardinic, Botaland et compagnie vous proposeront des plants élevés à l’azote (donc pleins d’eau et sujets au dépérissement rapide en cas de chaleur). De plus, et ce n’est pas rien, les variétés modernes, F1 et autres copyrightées sont beaucoup plus demandeuses en eau. N’oublions pas que ce sont des plantes adaptées et crées plus ou moins en conditions de laboratoire (sol mort donc engrais donc pesticides et flotte à gogo). Leurs semences vont garder en mémoire leur terroir et conditions de culture, donc pour la sobriété vous repasserez…

Alors on ne le dira jamais assez : Sélectionnez vous-même vos légumes sur des critères de résistance à la sècheresse. En gros : faites-les crever de soif. Je sais c’est dur et votre résultat sera minable l’année N, néanmoins  si vous récupérez les semences des survivantes, la génération d’après sera bien plus résistante au sec et votre résultat meilleur d’années en années. Vous avez sinon des semenciers bio qui respectent les plantes et leurs clients et qui travaillent avec des variétés anciennes et frugales.

Enfin, préférez si c’est possible les plants semés sur place car la clé de tout et en particulier de la bonne santé (donc de l’autonomie) des plantes est un bon et profond système racinaire. Le repiquage est toujours un moment de stress racinaire (d’autant si vos plants sont crevards au départ) qui va amoindrir la résistance au manque d’eau.

Posez-vous la question : mais, au fait… ai-je besoin d’arroser?

On fonctionne beaucoup sur l’habitude, genre : « tous les soirs, j’arrose! ». L’observation seule peux et doit vous permettre de savoir quand intervenir. Écartez le paillage, touchez le sol : si de la terre reste collée au doigt, c’est qu’il reste de l’humidité dans votre sol. La surface sera toujours la partie la plus sèche, cela veut dire que potentiellement les plantes ne manquent pas d’eau. La couleur de la terre peux aussi vous renseigner sur son taux d’humidité. Si vos plantes se flétrissent : c’est trop tard! vous avez raté le coche et votre production va s’en ressentir. C’est une habile et fréquente gymnastique pour jongler entre le trop et trop peu d’eau!

Un autre argument en faveur de la sobriété des arrosages est le fait que s’ils sont trop chouchoutées, vos légumes vont devenir fainéants. S’ils ont l’eau à foison en surface, ils ne se fatigueront pas à faire des racines en profondeur. Les « endurcir » un peu les forcera ainsi à s’autonomiser. Car si jamais la gabegie d’arrosage cesse (arrêté préfectoral par exemple), ils pourront aller prospecter par eux-même en profondeur à la recherche de la fraîcheur. Sinon ils sont condamnés à sécher  en surface.

 Arrêter le potager

Je sais c’est un peu tranchant mais 95% des plantes du jardin sont des annuelles (qui ont donc un système racinaire limité) sélectionnées pour des espaces ouverts et donc très soumis à la sècheresse. C’est un système intrinsèquement gourmand en eau. Les alternatives peuvent être des légumes vivaces (des systèmes racinaires très développés, donc autonomes), des plantes sauvages comestibles, et tout ce qui est arbres, arbustes et autres grimpantes. Ce n’est pas la fin des haricots, l’un n’empêche évidemment pas l’autre, mais il est bon de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, quand la bise fut venue… 

 

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