Qui ne s’est jamais vu sortir le nez de son trou à partir seulement d’une somme cumulée de 30 jours sans pluie et d’une température moyenne de 20 degrés? Cultiver vitevite des légumes d’été pleins d’eau style tomates cerises et salades pour accompagner barbecues et rosés, et rentrer hiberner au mois de septembre parce qu’il fait froid, c’est la rentrée et puis-j’ai-pas-que-ça-à-faire? Mais ça, c’était avant.

Pourquoi? d’abord parce que vous allez lire ce modeste billet qui vous expliquera qu’on peut cultiver une grande quantité de légumes pour se nourrir même pendant la saison froide. Ensuite parce qu’il est temps de se prendre en main (et sa nourriture) toute l’année et ce, même en dehors de la saison du Tour de France. Car gardez toujours à l’esprit que l’Hiver arrive…

 

Le début du printemps est la période propice aux disettes car si ça commence à pousser au jardin, rien n’est encore comestible et les stocks de l’hiver peuvent être terminés : cela implique une bonne gestion et une planification des semis/récoltes/variétés adaptées.

La survie maline : on peux compenser ce manque de vitamines printanier en se rabattant sur les jeunes rosettes et pousses de plantes sauvages comestibles pour passer ce cap : mâche, pissenlit, cirse maraîcher et j’en oublie. De plus, certains légumes vivaces offrent des jeunes pousses tendres et délicieuses dès le mois de février, je pense particulièrement au chou Daubenton. Le très glamour kale se consomme également à la sortie de l’hiver.

Kale

Kale

On mange quoi?

Il y a 2 catégories de légumes d’hiver :

  • ceux que l’on consomme immédiatement (poireaux, salades)
  • ceux que l’on stocke (carottes, oignons, raves diverses)

Quelques exemples de légumes d’hiver :

  • Les choux de Bruxelles : ils ont besoin de beaucoup d’espace et d’une longue période de végétation
  • Les choux frisés : résistants, il existe de nombreuses variétés
  • Les brocolis à  jets violets : à récolter au début du printemps
  • Les rutabagas : poussent peu mais résistent très bien au froid : ils peuvent rester dans le sol
  • Les panais : rois des légumes-racines, ils apprécient de rester en terre tout l’hiver
  • Les poireaux : attention, tous ne résistent pas au gel (bien choisir sa variété). Ils sont disponibles assez rapidement au tout début du printemps
  • Le salades : quel bonheur de pouvoir déguster de délicieuses salades croquantes et sucrées en plein cœur de l’hiver :

– Les chicorées italiennes ‘rouge de Vérone’, ‘rouge de Trévise’, ‘pala rosa’ ne demandent pas de précautions particulières, elles se protègent du froid naturellement en pommant. On peut les planter assez serrées.

– Endives et barbes de capucin peuvent être semées puis coupées et replantées en cave dans du sable. Elles peuvent alors produire jusqu’au printemps.

– La mâche : salade d’hiver par excellence, elle produira toute la mauvaise saison. On peut la protéger du soleil en la plantant l’été entre les choux par exemple

– Le pourpier d’hiver (claytone de Cuba) résiste au froid et aux agressions mais peut se décolorer

Sans compter bien sûr tous ceux que vous aurez préalablement eu la présence d’esprit de cultiver à la belle saison et de stocker au frais quand la bise fut venue : pommes de terre, carottes, topinambours, capucine tubéreuse etc…

Rouge de Trévise

Rouge de Trévise

On fait ça quand?

Le plus tôt possible! Par mon expérience, le mieux est d’attaquer autour du 15 juillet. Nombre de légumes ne seront pas à un stade assez avancé à l’entrée de l’hiver. Et n’oubliez pas qu’à partir d’octobre, ça ne pousse déjà plus beaucoup!

Parce que je vous aime bien, voici un tableau récapitulatif des semis et repiquages de légumes d’hiver, mois par mois (source).

La conservation

On peut/doit conserver certains légumes pour les protéger du froid. Et des rats taupiers qui apprécient l’idée de ce frigo bien rempli en plein hiver.

La cave a fait ses preuves : dans du sable légèrement humide pour les légumes racines, bien au chaud et au sec dans de la paille pour les pommes de terre. En sachant que certaines variétés peuvent aussi se conserver directement sur place une bonne partie de l’hiver et si celui-ci n’est pas trop rude : radis noirs, betteraves, carottes, …

Les silos : si on n’a pas de cave à la maison, on peut créer des conditions de conservation adéquates dehors. 3 méthodes :

  • le silo à l’ancienne :

(NDLR : rajouter du grillage fin autour pour lutter contre les rongeurs)

  • le tambour de machine à laver :

  • la poubelle :

(Source)

La lactofermentation

lactofermentation

Une préparation vieille comme le monde et simple comme bonjour pour sublimer et conserver vos légumes et préparations toute l’année et surtout l’hiver. C’est délicieux, plein de vie et de vitamines. On pense généralement à la choucroute mais on peux le faire avec énormément d’autres légumes et de milles autres façons. Parfois, un bon lien vaut mieux qu’un bon discourt : Lactofermentation : une recette simple et efficace de Conserves LactoFermentées.

Des protections contre le froid?

Des plus complexes aux plus simples, quelques protections qui peuvent limiter les effets de l’hiver et étaler les périodes de culture :

  • La serre : chauffée ou hors-gel, elle reste un outil « presque » indispensable pour se nourrir toute l’année, surtout dans nos climats piquants. Alors, perma ou pas perma la serre? Chacun se fera son idée, l’important est le ratio énergie injectée/énergie récoltée. Que ce soit les calories de nourriture, calories thermiques ou les multiples fonctions qu’elle peut jouer dans notre système : chauffage passif, récupération d’eau, abri pour les animaux et services écosystémiques pour la vie du sol, pour moi la balance est clairement positive. En plus j’habite dans le cantal…
  • Les mini-serres : un entre-deux qui permet d’étaler un peu ses cultures et d’avancer la période des semis. Inutile en plein hiver.
  • Les voiles de forçage : utiles également au printemps pour hâter ses semis et protéger ses premières cultures des gels tardifs
  • Le mulch : une protection efficace et bon marché pour protéger le sol des frimas. Par contre son rôle isolant l’est aussi au printemps donc penser à le retirer pour faire se réchauffer le sol dès les premiers rayons printaniers.
  • la plantation d’arbres et d’arbustes protecteurs autour des zones de culture (en particulier au nord) permettra de limiter les vents glaciaux de l’hiver. Et potentiellement de gagner des quelques degrés ou dixièmes de précieux degrés.
  • Le taux de matière organique du sol : plus un sol est riche en humus, plus il est sombre et donc plus il attire et conserve la chaleur (cf albedo).

L’autonomie est un chemin qui ne se trouve pas uniquement entre Roland Garros et la rentrée scolaire ou alors c’est choisir la cigale à la fourmi. On connaît hélas le triste sort des cigales en fin d’automne, j’espère donc que cet article fera que vous ne serez pas pris au dépourvu lorsque la bise sera venue…

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