Ceci est l’histoire d’un jardin et surtout d’une jardinière.

Les années s’écoulent paisiblement dans ce petit havre de paix du sud de la châtaigneraie cantalienne. Le potager familial, accompagné de son comparse le verger mènent leur vie de patachons, choyés qu’ils sont par une jardinière volontaire et travailleuse. Mais le temps est ingrat et les mains de la jardinière la font de plus en plus souffrir, le plaisir du jardin devenant travail avant de terminer corvée. Les herbes indésirables et bien avisées se font un malin plaisir à pousser de plus belle. Les tontes se faisant également plus rares, elles en deviennent longues et harassantes. Les arbustes deviennent vite trop haut, trop durs à tailler pour ces mains fatiguées…

Les potagers à l’ancienne, et je parle des années 70/80/90, sont des copiés-collés de l’agriculture de cette époque : intensive, interventionniste, chimique. Ma foi forts productifs mais au prix d’une dépense en eau, énergétique, pétrolière et chimique bien lourde à supporter. Et je n’ai pas parlé de la pollution…

Les temps changent, les mœurs se transforment et les priorités évoluent.

Je vous propose un exemple concret de transition d’un système classique vers un système nourricier beaucoup plus rentable en terme d’énergie injectée/énergie récoltée. Un jardin plus simple, moins fastidieux, limitant au maximum les interventions. Un outil de production efficace tirant sa plus-value des synergies mises en places grâce à la conception, un système quasi autonome et ne produisant aucuns déchets.

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Nous allons étudier ce cas concret, avec des problématiques tellement classiques que vous les avez déjà toutes rencontrées. Nous allons voir que la permaculture (car il s’agit bien d’elle) va nous permettre de trouver des stratégies adaptées à chaque contexte, en prenant compte des objectifs clairement formulés dès le départ : la simplification d’un système nourricier pour que sa propriétaire puisse continuer à produire une bonne partie de sa nourriture en dépit d’une arthrose aigüe des mains.

Pour cette époque automnale, nous nous concentrerons sur la conception de l’architecture du potager, sur une stratégie globale.

Ce jardin est un potager classique, dit « à la papa » (bien qu’il n’y ai aucuns produits phytosanitaires) et porte en lui les déséquilibres inhérents à ce type :

  • des problèmes de surproduction de certains légumes et de mauvaises récoltes d’autres : problème de planification
  • sol nu en grande partie : bataille continue contre les adventices
  • peu d’intrants, beaucoup de sortants : épuisement du sol
  • des allées floues et peu nombreuses, obligeant la plupart du temps à naviguer entre les légumes
  • un sol sableux déjà très séchant au départ, ce qui implique des arrosages consistants et réguliers.

Une simple étude rapide des adventices bio-indicatrices nous renseigne sur les déséquilibres sur place : chiendent des champs (fatigue, destructuration des sols, contraste hydrique), chénopode blanc (travail des sols par temps trop secs, contrastes hydriques sévères).

20151023_103128 Nous allons voir ces problèmes bien concrets que vous connaissez tous et tenter de les solutionner avec les ressources qui sont à notre disposition.

Remarque : ces solutions sont des stratégies adaptées à un cas bien concret et non pas une règle immuable.

Structure générale du jardin :

le mot d’ordre est : redimensionner, canaliser, simplifier

20151026_165303Nous allons structurer le jardin autour d’une allée centrale, et d’allées secondaires (50 cm). Les zones de cultures feront 1,20m de large (voir article sur les buttes). Délimitées clairement par du bois, on éliminera ainsi ce « flou artistique » qui faisait la difficulté de gestion de ce jardin.

Gestion des surproductions

Un héritage de la grand-mère à confitures : 30m² de fraisiers au même endroit, difficile à gérer en terme de désherbage et de confiture… quand on n’aime pas les confiture!

Les fraisiers seront répartis en bordure du potager, sous les petits fruitiers palissés et recouverts de broyat de bois : étagement des productions, valorisation des bordures, espace frais et sans herbes pour les fraisiers.

Cet espace sera recyclé en zone de culture après avoir été débarrassé des derniers petits fruits. Recette : cartons (2 ou 3 couches), fumiers, paille puis plantation de pomme de terre sur paille (plantes nettoyantes).

Désherbage :

Le poste le plus coûteux en main d’œuvre, qui peux disparaître du jour au lendemain avec un bon paillage. Ici nous utiliserons les ressources à notre disposition : fougères, feuilles, paille de l’agriculteur voisin. Les fougères sont à 10 mètres du jardin et occupent un talus inutilisé. Elles seront coupées, mises en tas et tondues sur la pelouse, ce qui rajoutera de l’azote au tout et aidera à la décomposition.

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Arrosage :

Comme vous l’avez compris ces systèmes nécessitaient beaucoup d’eau, c’est donc l’un des premiers postes à réfléchir et à optimiser. Historiquement, l’eau d’arrosage se prenait au robinet de la cave à 30m du jardin! Le processus de déroulage/enroulage des tuyaux durait au moins une heure à chaque fois, arrosage compris. Et l’été, c’était tous les 2 jours! Il fallait trouver une solution… C’est par l’installation d’une pompe à main de marque Grillot (fabrication française!) placée sur une ancienne source en amont que la corvée d’arrosage se fera plus douce : après quelques pompages, l’eau se retrouvant toute seule par gravité dans des grandes cuves directement dans le jardin.

N’oubliez pas qu’il existe de nombreuses façons d’économiser l’eau….

Le sol est sableux, donc très filtrant et séchant. Laisser un sol de ce type sans couverture est un suicide agronomique. Un bon paillage en quantité suffisante (autour de 10/15 cm) empêchera l’eau de s’évaporer, de plus l’humus issu de la décomposition du mulch agira comme une éponge et augmentera la capacité de rétention en eau du sol.

De plus on observe très rapidement une augmentation notable de la biodiversité qui s’installe naturellement dès la mise en place du paillage :

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Le sol est bas :

Ici, inutile d’espérer que des buttes se  tiennent toutes seules : le sol sableux n’a pas de structure, nous fabriquerons donc des constructions en bois imputrescible et local! Nous allons mettre a profit les ressources : dans un rayon de 30m du potager se trouve des taillis de châtaigniers d’une quinzaine d’année désormais suffisamment grands pour être utilisés comme matériaux pour construire des buttes.

La terre utilisée à cet effet vient du décaissement des bordures pour les fraisiers (voir plus haut). Les buttes seront placées côté nord pour un ensoleillement maximal au sud. Le reste des zones de culture seront juste des platebandes rehaussées de 10/15 cm, car je n’ai pas assez de terre!!

Avant d’installer ces structures il convient de décompacter cette terre tassée à la grelinette

20151026_122558puis on monte les buttes avec le bois

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On met quoi où?

On résume : les plantes les plus envahissantes (courges, framboisiers, fraisiers) seront relégués dans les bordures pour une gestion facilités.

Nous allons utiliser le zonage (voir article) et placer les plantes les plus utilisées au début de jardin : les premières buttes seront consacrées aux plantes aromatiques et condimentaires, une autre sera consacrée aux légumes vivaces. Les cultures les plus autonomes seront placées à l’opposé de l’entrée : pommes de terres, courges.

Un autre article présentera le plan de plantation complet pour l’année 2016 ainsi que les rotations à venir.

Entretien des allées :

Maintenant bien délimitées et rationalisées, elles seront semées de trèfle blanc nain qui, outre le fait de pousser très peu et de résister fortement à la sècheresse, apportera de l’azote au sol et aux cultures.

Compost :

Pour une personne seule, le compost ménager représente très peu de quantité, d’autant que les poules en mangent déjà une partie. Un simple système de « ferme de vers » (un pauvre seau sans fond avec un couvercle) suffira à le faire disparaître au profit des cultures. Schéma :

Sinon, le compostage de surface est aussi une solution pour de petites quantité : le compost est déposé sur les bandes, sous le paillage et se décompose à son rythme.

Pour le reste des résidus de cultures, plantes mortes, herbes etc, on les utilisera en mulch avec le reste.

Conclusion :

Il n’y a pas de solutions « clé en main », chaque problématique doit être envisagée et traitée dans son contexte (environnement, socio-culture, …).

Néanmoins, les stratégies à mettre en œuvre sont souvent les mêmes. Je vous invite donc à vous remémorer certains principes de la permaculture, qui sont des guides efficaces pour envisager la transition de votre système vers plus d’autonomie.

Comme le disais Bill Mollison, la solution est dans le problème et la seule limite en permaculture est l’imagination. C’est justement ce non-cloisonnement qui nous ouvre les portes vers des systèmes et des techniques jusque là inédites permettant à tout un chacun de cultiver son jardin : enfants, personnes âgées, handicapées, ….

La conceptualisation du jardin-forêt que l’on doit à Robert Hart vient justement d’une volonté de créer un système sain et thérapeutique pour lui et son frère handicapé.

La part de l’éducation et de la culture est énorme dans toutes les activités humaines et le jardinage n’y fait pas exception. Souhaitons que la vision inclusive et originale de la permaculture devienne la norme des espaces vivriers des prochaines générations, comme une nouvelle Révolution Verte (mais avec une profonde éthique celle-ci…).