« Une patience infinie donne des résultats immédiats« , Confusius

Les choses avancent, les plantes poussent, les animaux se multiplient. Cela fera 5 ans cette année que nous avons repris ce qui ne pouvait même plus s’appeler une ferme, avec la présomptueuse  intention d’en faire un lieu en permaculture. Quelle audace, surtout quand on savait à peine faire un trou à la visseuse! Et pourtant…

Arrivé tel un chien fou sur le lieu, prêt à retourner à la pelle mes presque 2 hectares pour en faire le Krameterhof d’Auvergne, j’ai dû brider mon enthousiasme à des tâches beaucoup plus « domestiques » (domos : la maison) dont je n’estimais ni la longueur ni la portée… Isolation, enduits, électricité, plomberie, création de 4 chambres plus une salle de bain, vous transforment un homme! Et vous bouffe accessoirement tout votre temps et vos sous…

De plus certains changements rapides dans ma vie personnelle m’ont obligé à accélérer mon « retour actif vers l’emploi », limitant de fait le temps investi sur place. L’habitation étant désormais quasiment terminée, je vais désormais pouvoir me consacrer un peu plus aux 56 chantiers différents qui m’attendent dehors…

Les plantations

Ce sont donc plus de  3o0 ml de plantations multi-étagées qui ont été mises en place depuis 2014. Partant d’une surface sans rien d’autre que de la prairie à vache, le résultat commence à prendre forme. D’ailleurs google, c’est quand tu veux pour mettre à jour tes photos!

  • en bleu : haie brise-vent (contre le vent du Nord), fruitière et fourragère
  • en violet : haie fruitière, ombrage pour les animaux
  • en rouge : haie brise-vent (vent d’ouest), fruitière et ombrage
  • en orange : le PVME (pré-verger multi-étagé) sur baissières
  • en vert : les zones de cultures potagère annuelle et vivace.

Ce sont donc plus de 300 arbres, arbustes, plantes vivaces et couvre-sols qui ont été plantés à la ferme (j’en ai certainement oublié car ce listing a été fait en plein hiver).

Tant et si bien que je crois bien avoir déjà « rempli » les Escuroux! Mais j’ai des projets pour repousser ces limites 🙂

Le temps faisant son œuvre, les premiers arbres et arbustes plantés il y a maintenant plus de 3 ans poussent et donnent leurs premiers fruits : autonomie en framboises, cassis, groseilles, gogis, pêches : check.

Nous attendons cette année les premières cerises, abricots, kiwaïs, prunes. Pour les pommes et les poires il va falloir attendre encore un peu.

Ce qui pose une question bien précise : qu’est-ce que je fais de tout ça maintenant, à savoir que ce n’est que le début? autoconsommation? vente? transformation? Après avoir bien réfléchi, nous allons entamer très modestement la vente des premiers produits de la ferme. J’en parlerais peut-être dans un prochain article.

Le cas Kazakh

Comme déjà expliqué dans cet article, nous abritons des réfugiés venus d’un pays lointain et près à prendre le travail de nos pommiers français. Pour le coup, ces derniers ont leurs papiers et ont même transité par les Etats-Unis!

Ces arbres ont désormais 4 ans, et l’on peut déjà extirper quelques informations intéressantes, en particulier au niveau de leur impressionnante variabilité génétique : pas un seul arbre ne se ressemble, que ce soit au niveau de la vigueur, de la forme, de la résistance  aux pucerons, à l’oïdium, et même la rigidité du tronc! Chaque arbre est vraiment unique et en fait une personnalité à part entière. Le plus vigoureux dépassera cette année les 3 mètres, mais nous n’attendons pas les premières fleurs avant encore quelques années…

mon poulain, Gmal 5940G, 4 ans, 2.50m, vigeur moyenne mais avec une dominance apicale forte.

Mon poulain : Gmal 5940G, 4 ans, 2.50m, vigueur moyenne mais avec une dominance apicale forte.

Retour sur les baissières

Ça pousse du tonnerre! rien à redire, couplé avec un paillage constant et densément planté, ce système est extrêmement vertueux : les plantes ne souffrent pas (ou peu) de la sècheresse (2 ans de suite tout de même), nous avons même eu de magnifiques rhubarbes en plein été sans arrosage.

La quantité importante et la diversité des plantes installées au même endroit limite grandement les dégâts des rats taupiers (comme des autres ravageurs d’ailleurs). Ils ont beau avoir le gîte et le couvert sur place, à part un pommier kazakh la première année, je n’ai eu AUCUN dégât de leur part sur les buttes.

La diversité augmente tous les ans, au fur et à mesure de la multiplication et de la plantation de nouvelles variétés. La bonne nouvelle : il reste encore (un peu) de place. Les derniers greffages ont eu lieu cette année : poiriers, pruniers. Il m’en reste à faire sur la grande haie nord, mais ce sera maintenant pour l’année prochaine!

Les Escuroux et le verger du couderc, parsemé de baissières

Notre pote âgé

Ayé,  la zone potagère entre la maison et la forêt est pleine! Il fallait donc trouver  un autre endroit pour faire pousser ces annuelles si gourmandes en lumière et en espace. C’est un excès de ressources a un endroit précis qui nous a donné l’emplacement : autour de la grange nous avons du fumier à ne savoir qu’en faire, de la vieille vase quand je cure la mare, ainsi qu’un excès de terre lorsque je découvre une autre mare (archéologie un jour…). Nous sommes assez près de la maison et bien exposés et il est possible de récupérer l’eau de ruissellement du toit.

Un excès de ressources est signe qu’il manque un élément et/ou des synergies adéquates. Comme les produits des uns sont censés être les besoins des autres, il suffisait de trouver le bon élément pour combler ce « déséquilibre ». C’est donc chose faite et ce potager de « zone 2 » (pour rappel du zonage), après fabrication de terrasses inhérentes aux zones en forte pente nous permettra de produire des cultures gourmandes demandant moins d’entretien et de surveillance : solanacées estivales, courges, pommes de terre, et oignons en sommet de pente.

Les légumes vivaces

Comme expliqué dans ce désormais viel article, ma passion pour les vieux légumes et les plantes vivaces comestibles commence à porter ses fruits. Mais aussi ses feuilles, ses racines etc… oignon rocambole, chou daubenton, livèche, poireau des vignes, oca du pérou, capucine tubéreuse, oseille épinard parsèment désormais toute la zone 1, voire 2 des Escuroux et font désormais partie intégrante de notre régime alimentaire. Semis, boutures, division de touffes et de cailleux font se multiplier tous les ans cette manne gratuite et délicieuse!

floraison du brocoli vivace ‘nine star perenial’

Les animaux

La part animale, n’en déplaise aux extrémistes, est fondamentale pour un système efficace et autonome pour boucler les cycles de nutriments, recycler la matière et faire des gâteaux. Cette dernière partie justifiant à elle seule d’en avoir. (Ça marche aussi pour les gigots mais j’ai peur des commentaires donc je n’en parlerais pas).

Nous avons conçu notre poulailler comme une allégorie à la mixité et à l’internationalisme : poules gauloise, coucou d’Allemagne, poules naine japonaises Nagazaki, ainsi que plein de métisses cosmopolites et de toutes tailles. Un autre monde est possible, et il peut commencer dans la basse-cour.

Notre troupeau de brebis Lacaune s’élève également désormais à 7 têtes de bétail, pas encore digne des bisons des plaines mais bien suffisant pour nos petites structures prairiales.

Un gros effort a été fait au niveau des clôtures pour pouvoir gérer le pâturage de manière efficace : des petits enclos pour que les animaux puissent y paître de manière intensive mais suffisamment peu de temps pour que leur action soit positive sur le sol et la diversité floristique sans dégrader le milieu. Et pour que le bipède local puisse lâcher un peu sa débroussailleuse…

Archéologie pratique

Une ressource inexploitée sur le site sont les énormes tas de pierres de taille qui parsèment le bas du terrain, héritage d’un patrimoine construit bien plus important qu’aujourd’hui. Une des activités souhaitée pour cette année, c’est le début de la reconstruction des murs, murets et bassins maçonnés tout autour de la maison. Un vœu pieux car un gros boulot en perspective mais pas de première urgence… peut-être sous forme de chantier participatif?

En tout état de cause, un autre bassin a été libéré (en partie) de ses ferrailles, plastiques, verres et tuiles cassées mais n’a pas vu d’eau depuis au moins un bon siècle, certainement un petit travail d’étanchéification semble nécessaire…

Conclusion

Par rapports aux différents projets, je m’arrêterais là car j’ai l’impression de commencer une liste sans fin et je ne veux pas spoiler mes prochains articles!

En tout cas, la ferme commence à bien porter son titre. Il reste a affiner les stratégies de transformation et de commercialisation et continuer dans la réfection des bâtiments.

Je terminerais ce post comme je l’ai commencé, avec 2 citations que j’ai trouvé complémentaires :

Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. Jean de La Fontaine

L’infini c’est long, surtout vers la fin. Woody Allen