Prise de Terre

Réintroduisons l'Humain dans son milieu naturel !

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De la place animale en permaculture

7 janvier 2018|

Depuis l’invention de l’agriculture, l’homo sapiens est passé d’une nourriture carnée d’origine sauvage à une origine d’élevage. Le sujet n’est pas de savoir si c’est bien ou mal, c’est un fait (un peu plus d’infos dans cet article). Le problème c’est que depuis la fin de la guerre, tout est devenu industriel et exponentiel. Les déséquilibres également. Or, depuis quelques années, des courants végétariens, végans, anti-spécistes posent les bases d’un vrai questionnement sur notre rapport aux animaux, à notre environnement et donc à notre alimentation. Si la réflexion et le débat d’idée sont toujours bénéfiques, il se trouve qu’on entend un peu tout et n’importe quoi. Car se greffent sur ces questions fondamentales beaucoup de pathos et d’anthropocentrisme. A force de vivre déconnecté de la Nature et dans un entre-soi uniquement humain, on peut facilement glisser vers des impasses, des extrémités qui deviennent contre-productives. L’objectif des trois prochains articles est de faire le point sur la place de tout ce beau monde, vue de la réalité biologique et naturelle, et de voir comment intégrer (ou pas) des animaux de manière éthique et pas forcément prédatrice dans un système en permaculture. Attention, ce billet n’est absolument pas un plaidoyer pour le carnivorisme, ni une critique du végétarisme. Il se propose de remettre ce sujet dans un contexte global, celui de la permaculture qui inclut l’animal comme un élément clef avec toute les fonctionnalités et liens qui y sont associés. Il n’apporte pas de réponse, mais se propose de participer à une réflexion dépassionnée et factuelle. Dépassionnée, hein? […]

Des nouvelles de la ferme des Escuroux

11 avril 2017|

« Une patience infinie donne des résultats immédiats », Confusius Les choses avancent, les plantes poussent, les animaux se multiplient. Cela fera 5 ans cette année que nous avons repris ce qui ne pouvait même plus s’appeler une ferme, avec la présomptueuse  intention d’en faire un lieu en permaculture. Quelle audace, surtout quand on savait à peine faire un trou à la visseuse! Et pourtant… Arrivé tel un chien fou sur le lieu, prêt à retourner à la pelle mes presque 2 hectares pour en faire le Krameterhof d’Auvergne, j’ai dû brider mon enthousiasme à des tâches beaucoup plus « domestiques » (domos : la maison) dont je n’estimais ni la longueur ni la portée… Isolation, enduits, électricité, plomberie, création de 4 chambres plus une salle de bain, vous transforment un homme! Et vous bouffe accessoirement tout votre temps et vos sous… De plus certains changements rapides dans ma vie personnelle m’ont obligé à accélérer mon « retour actif vers l’emploi », limitant de fait le temps investi sur place. L’habitation étant désormais quasiment terminée, je vais désormais pouvoir me consacrer un peu plus aux 56 chantiers différents qui m’attendent dehors… […]

Le doute ma butte…

2 janvier 2017|

… ou petite autocritique des techniques toutes faites. A une époque où le buzz est roi, et où une mode chasse l’autre à la vitesse d’un tweet, la permaculture n’échappe pas à la règle. On ne compte plus les solutions miracles, les kits tout-en-un pour reproduire le jardin d’Eden sur votre balcon, l’autonomie en 15 jours ou comment sauver la planète avec des tours à patate. Les gens ont besoin de copier-coller facile à faire et à reproduire, des techniques, des outils qui demandent un minimum d’investissement pour un maximum de résultat (il va s’en dire). Les mythes du jardin du paresseux et de la permabondance-en-3-semaines ont la dent dure et sont, il est vrai très vendeurs. Mais contrairement à ce qui pourrait rassurer l’homme moderne occidental,  la nature ne peut être réduite à une équation mathématique simpliste et incomplète genre : Butte + paille = autosuffisance alimentaire + bonheur. Comme j’ai coutume de le dire ce n’est pas compliqué mais c’est complexe : il y a tant de paramètres à gérer (équilibres et interactions physico-chimiques, influences macro et microclimatiques, synergies ou concurrences racinaires, état du sol, état du jardinier, etc) qu’assurer quoi que ce soit est très optimiste. De là certainement ce besoin avide de trucs faciles à reproduire parce que bon, faut que ça marche. Et vite. Et de là sans doute rapidement quelques désillusions… Je parlais d’autocritique car effectivement je suis passé également par ces passage forcés, ma venue à la ferme des escuroux avait justement l’objectif de tester toutes ces techniques et d’arrêter de parler comme un livre. Je vous offre ici quelques conclusions issues de la pratique et de l’observation sur certains marronniers de la permaculture. Amis qui cherchez des solutions prêtes à l’emploi, tournez casaque! Je viens semer le trouble et la désolation dans vos buttes autofertiles et des fois, même, je paille pas mon jardin. […]

Le retour au Saltus (2/2)

31 octobre 2016|

Recréer un système agronomique artificiel : ager/saltus/silva   Cette hyper fertilité (matières organiques, minéraux, associations microbiennes et fongiques) présente sur place est conditionnée par la présence d’un couvert forestier à un stade suffisamment avancé. La disparition de la Silva va entraîner une crise de cette fertilité. Les hommes ont mangé leur pain blanc et vont devoir mettre en place des transferts de fertilité artificiels, créer de nouvelles stratégies pour retrouver la possibilité de cultiver leurs plantes annuelles dans de bonnes conditions. A partir de l’antiquité on va définir 3 typologies de territoires agricoles. Héritée des romains (qui l’ont peut-être hérité des gaulois, très bons agriculteurs), cette nomenclature a profondément marqué le territoire rural et est à la base de cette nouvelle stratégie agricole post-brûlis : l’ager : les zones cultivées à proprement parler : céréales, légumineuses. Ce sont des zones ouvertes, principalement labourées. La fertilité doit être importée car on est en début de succession écologique (retour à la tabula rasa) et tout est exporté pour l’Homme le saltus : zones peu ou pas exploitées. Il comprend les prairies permanentes et tout un patchwork de zones semi-naturelles avec une dominance boisée : pré-vergers, ripisylve, haies, bandes enherbées, broussailles, zones humides etc… C’est principalement le lieu du pacage, l’Homme laissant au bétail le soin d’entretenir le saltus la silva : la forêt sauvage ou exploitée. […]

Le retour au Saltus (1/2)

25 octobre 2016|

Je vous propose aujourd’hui une tentative de mise en contexte de la permaculture au niveau historique. Rien moins que ça. En remontant le temps et l’évolution des techniques agricoles nous allons tenter de comprendre ce qu’il se passe actuellement, dans cette transition agricole qui émerge peu à peu sur les ruines de l’ancienne. Nous allons voir que, loin de la génération spontanée, la permaculture est l’évolution moderne de systèmes agronomiques qui accompagnent l’humain depuis la nuit des temps. C’est une tentative, si besoin était de la légitimer encore un peu plus et de comprendre que loin d’être un truc de bobos des villes, elle est véritablement, telle que Mollison et Holmgren en leur temps l’avait définie, le moyen de construire une société humaine durable. C’est un voyage passionnant mais un peu long, c’est pourquoi je l’ai scindé en 2 parties. Ce texte est à la base issu de recherches et de questionnements personnels sur une question qui me taraude quasi-quotidiennement, concernant le rapport à notre environnement et sur l’agriculture plus précisément : « comment diable en est-on arrivé là? ». Comment les processus de fabrication de notre alimentation déséquilibrée peuvent-ils être néfastes à ce point pour la biosphère? Pourquoi le simple fait de produire une céréale annuelle demande-t-il autant d’énergie et procure-t-il autant de désagréments biologiques? Notre système agricole (comme le reste de la société d’ailleurs) est un clignement d’œil à l’échelle de l’Humain. Ce qu’il tient pour acquis et la norme ne le nourrit pourtant que depuis quelques siècles en regard de ces millions d’années de chasse et de cueillette. Et au vu des résultats ce système ne le nourrira plus bien longtemps… En se penchant sur le passé on peut tenter d’entrevoir le déroulement à travers le temps et l’espace du fil de cette grande Histoire de l’agriculture. Une histoire qui se perd dans les brumes des grandes forêts hercyniennes pour finir dans les sols morts de nos grandes cultures. Le recul et la causalité permettent de mieux comprendre comment, de l’état de Nature, l’humain est arrivé à détruire son propre environnement pour pouvoir perdurer en tant qu’espèce. L’homo sapiens a vécu de longue périodes dans des conditions drastiquement différentes de ce qu’elle tient pour immuable aujourd’hui. Nous allons voir que les bribes de cette mémoire peuvent nous permettre d’imaginer des solutions pour perdurer durablement cette fois dans le futur, en allant dans un sens que nous n’aurions jamais dû cesser de suivre, celui de la Nature. Et il se trouve que ces solutions émergent de plus en plus d’elles-même en ce moment, un « pont » temporel qui nous fera peut-être retrouver notre place au sein des écosystèmes… […]