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Le retour au Saltus (2/2)

Recréer un système agronomique artificiel : ager/saltus/silva   Cette hyper fertilité (matières organiques, minéraux, associations microbiennes et fongiques) présente sur place est conditionnée par la présence d’un couvert forestier à un stade suffisamment avancé. La disparition de la Silva va entraîner une crise de cette fertilité. Les hommes ont mangé leur pain blanc et vont devoir mettre en place des transferts de fertilité artificiels, créer de nouvelles stratégies pour retrouver la possibilité de cultiver leurs plantes annuelles dans de bonnes conditions. A partir de l’antiquité on va définir 3 typologies de territoires agricoles. Héritée des romains (qui l’ont peut-être hérité des gaulois, très bons agriculteurs), cette nomenclature a profondément marqué le territoire rural et est à la base de cette nouvelle stratégie agricole post-brûlis : l’ager : les zones cultivées à proprement parler : céréales, légumineuses. Ce sont des zones ouvertes, principalement labourées. La fertilité doit être importée car on est en début de succession écologique (retour à la tabula rasa) et tout est exporté pour l’Homme le saltus : zones peu ou pas exploitées. Il comprend les prairies permanentes et tout un patchwork de zones semi-naturelles avec une dominance boisée : pré-vergers, ripisylve, haies, bandes enherbées, broussailles, zones humides etc… C’est principalement le lieu du pacage, l’Homme laissant au bétail le soin d’entretenir le saltus la silva : la forêt sauvage ou exploitée. […]

Le retour au Saltus (1/2)

Je vous propose aujourd’hui une tentative de mise en contexte de la permaculture au niveau historique. Rien moins que ça. En remontant le temps et l’évolution des techniques agricoles nous allons tenter de comprendre ce qu’il se passe actuellement, dans cette transition agricole qui émerge peu à peu sur les ruines de l’ancienne. Nous allons voir que, loin de la génération spontanée, la permaculture est l’évolution moderne de systèmes agronomiques qui accompagnent l’humain depuis la nuit des temps. C’est une tentative, si besoin était de la légitimer encore un peu plus et de comprendre que loin d’être un truc de bobos des villes, elle est véritablement, telle que Mollison et Holmgren en leur temps l’avait définie, le moyen de construire une société humaine durable. C’est un voyage passionnant mais un peu long, c’est pourquoi je l’ai scindé en 2 parties. Ce texte est à la base issu de recherches et de questionnements personnels sur une question qui me taraude quasi-quotidiennement, concernant le rapport à notre environnement et sur l’agriculture plus précisément : « comment diable en est-on arrivé là? ». Comment les processus de fabrication de notre alimentation déséquilibrée peuvent-ils être néfastes à ce point pour la biosphère? Pourquoi le simple fait de produire une céréale annuelle demande-t-il autant d’énergie et procure-t-il autant de désagréments biologiques? Notre système agricole (comme le reste de la société d’ailleurs) est un clignement d’œil à l’échelle de l’Humain. Ce qu’il tient pour acquis et la norme ne le nourrit pourtant que depuis quelques siècles en regard de ces millions d’années de chasse et de cueillette. Et au vu des résultats ce système ne le nourrira plus bien longtemps… En se penchant sur le passé on peut tenter d’entrevoir le déroulement à travers le temps et l’espace du fil de cette grande Histoire de l’agriculture. Une histoire qui se perd dans les brumes des grandes forêts hercyniennes pour finir dans les sols morts de nos grandes cultures. Le recul et la causalité permettent de mieux comprendre comment, de l’état de Nature, l’humain est arrivé à détruire son propre environnement pour pouvoir perdurer en tant qu’espèce. L’homo sapiens a vécu de longue périodes dans des conditions drastiquement différentes de ce qu’elle tient pour immuable aujourd’hui. Nous allons voir que les bribes de cette mémoire peuvent nous permettre d’imaginer des solutions pour perdurer durablement cette fois dans le futur, en allant dans un sens que nous n’aurions jamais dû cesser de suivre, celui de la Nature. Et il se trouve que ces solutions émergent de plus en plus d’elles-même en ce moment, un « pont » temporel qui nous fera peut-être retrouver notre place au sein des écosystèmes… […]

« Imiter la Nature, hâter son oeuvre », vers une gestion respectueuse de la forêt

Le zonage dans le design permaculturel est une juste répartition spatiale des éléments d’un système, en fonction des déplacements, de l’entretien. C’est une optimisation énergétique, rendant l’ensemble du système cohérent et soutenable. Par exemple on n’implantera pas son potager à 500m de la maison, ni son verger sous sa fenêtre (sauf si ça nous fait plaisir). Les zones sont définies à partir de la zone 0 qui est l’habitation principale. C’est logique sans doute, mais nécessaire sûrement. On aura donc : la zone 1, plus proche de la maison où l’on trouvera les herbes pour la cuisine, le potager, la zone 2, un peu plus loin, où l’on trouvera par exemple le poulailler, la zone 3, les grandes cultures, la zone 4 le verger, les pâtures, la zone 5 est la zone « sanctuaire », sauvage, un futur vivier de biodiversité, un lieu de ressourcement, d’observation… Ce que je viens de dire est un exemple volontairement succin et totalement arbitraire du fait des différentes particularités du lieu, des habitants, de leurs priorités et donc extrêmement relatif. Je ne vais pas faire un cours sur le zonage, Nicolas l’a déjà très bien fait. Dans la zone 4, on inclue aussi la production de bois de chauffage, voire de construction. C’est cette partie qui va nous intéresser aujourd’hui. La gestion des forêts peut ressembler par bien des façons à l’agriculture conventionnelle : ne parle-t-on pas d’exploitation forestière au même titre que d’exploitation agricole? Je vous invite par cet article à comprendre mieux le fonctionnement des forêts, les différentes formes de peuplements forestiers ainsi que les interrelations extrêmement complexes qu’entretiennent entre eux les différents éléments de ce système souverain. Cet article fait également partie des modules de cours que je donne dans le cadre de cours certifiés de permaculture. […]

4 juin 2013|Mots-clés: , , |1 commentaire