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Des vaches pour sauver la planète?

Comme rapidement abordé dans l’article précédent, l’élevage semble être une des causes principales des déséquilibres environnementaux du millénaire. En effet certains chiffres sont éloquents et implacables (source FAO) : le pâturage représente 26% des surfaces émergées de la planète tandis que les cultures fourragères représentent à elles seules 1/3 des surfaces agricoles! (70% de terres boisées de l’Amazonie servent aujourd’hui de pâturages, et les cultures fourragères couvrent une grande partie du reste) Environ 70% de tous les pâturages des zones arides sont considérées comme dégradées, surtout à cause du surpâturage, de la compaction des sols et de l’érosion imputables aux activités de l’élevage l’élevage serait responsable de 18% des émissions des gaz à effet de serre, plus que les transports! soit : 9% de CO2 (expansion des pâturages et des cultures fourragères), 37% de méthane (issu de la digestion des ruminants) et 67% protoxyde d’azote (issu du fumier). Ces pourcentages concernent la part anthropique des émissions 8% des utilisations humaines d’eau à l’échelle mondiale, essentiellement destinée à l’irrigation des cultures fourragères C’est la plus grande source sectorielle de polluants de l’eau -principalement déchets animaux, antibiotiques, hormones, produits chimiques des tanneries, engrais et pesticides utilisés pour les cultures fourragères, et sédiments des pâturages érodés-. Aux Etats-Unis, l’élevage et l’agriculture fourragère sont responsables de 37% de l’utilisation de pesticides, de 50% de celle d’antibiotiques, et d’un tiers des charges d’azote et de phosphore dans les ressources en eau douce La production animale a de fortes retombées sur les disponibilités en eau, car elle consomme plus de 8% des utilisations humaines d’eau à l’échelle mondiale, essentiellement destinée à l’irrigation des cultures fourragères. Ainsi on estime que pour produire un litre de lait il faut 990 litres d’eau! Chiffres chocs et sans appels… Et si on se trompait?? Si, au lieu de tirer l’écosystème global dans le mur, on pouvait utiliser l’élevage autrement, intelligemment pour lui permettre de redresser la barre? Et si le mal devenait une partie du remède? […]

7 janvier 2018|Mots-clés: , , , , |1 commentaire

Le retour au Saltus (2/2)

Recréer un système agronomique artificiel : ager/saltus/silva   Cette hyper fertilité (matières organiques, minéraux, associations microbiennes et fongiques) présente sur place est conditionnée par la présence d’un couvert forestier à un stade suffisamment avancé. La disparition de la Silva va entraîner une crise de cette fertilité. Les hommes ont mangé leur pain blanc et vont devoir mettre en place des transferts de fertilité artificiels, créer de nouvelles stratégies pour retrouver la possibilité de cultiver leurs plantes annuelles dans de bonnes conditions. A partir de l’antiquité on va définir 3 typologies de territoires agricoles. Héritée des romains (qui l’ont peut-être hérité des gaulois, très bons agriculteurs), cette nomenclature a profondément marqué le territoire rural et est à la base de cette nouvelle stratégie agricole post-brûlis : l’ager : les zones cultivées à proprement parler : céréales, légumineuses. Ce sont des zones ouvertes, principalement labourées. La fertilité doit être importée car on est en début de succession écologique (retour à la tabula rasa) et tout est exporté pour l’Homme le saltus : zones peu ou pas exploitées. Il comprend les prairies permanentes et tout un patchwork de zones semi-naturelles avec une dominance boisée : pré-vergers, ripisylve, haies, bandes enherbées, broussailles, zones humides etc… C’est principalement le lieu du pacage, l’Homme laissant au bétail le soin d’entretenir le saltus la silva : la forêt sauvage ou exploitée. […]

Le retour au Saltus (1/2)

Je vous propose aujourd’hui une tentative de mise en contexte de la permaculture au niveau historique. Rien moins que ça. En remontant le temps et l’évolution des techniques agricoles nous allons tenter de comprendre ce qu’il se passe actuellement, dans cette transition agricole qui émerge peu à peu sur les ruines de l’ancienne. Nous allons voir que, loin de la génération spontanée, la permaculture est l’évolution moderne de systèmes agronomiques qui accompagnent l’humain depuis la nuit des temps. C’est une tentative, si besoin était de la légitimer encore un peu plus et de comprendre que loin d’être un truc de bobos des villes, elle est véritablement, telle que Mollison et Holmgren en leur temps l’avait définie, le moyen de construire une société humaine durable. C’est un voyage passionnant mais un peu long, c’est pourquoi je l’ai scindé en 2 parties. Ce texte est à la base issu de recherches et de questionnements personnels sur une question qui me taraude quasi-quotidiennement, concernant le rapport à notre environnement et sur l’agriculture plus précisément : « comment diable en est-on arrivé là? ». Comment les processus de fabrication de notre alimentation déséquilibrée peuvent-ils être néfastes à ce point pour la biosphère? Pourquoi le simple fait de produire une céréale annuelle demande-t-il autant d’énergie et procure-t-il autant de désagréments biologiques? Notre système agricole (comme le reste de la société d’ailleurs) est un clignement d’œil à l’échelle de l’Humain. Ce qu’il tient pour acquis et la norme ne le nourrit pourtant que depuis quelques siècles en regard de ces millions d’années de chasse et de cueillette. Et au vu des résultats ce système ne le nourrira plus bien longtemps… En se penchant sur le passé on peut tenter d’entrevoir le déroulement à travers le temps et l’espace du fil de cette grande Histoire de l’agriculture. Une histoire qui se perd dans les brumes des grandes forêts hercyniennes pour finir dans les sols morts de nos grandes cultures. Le recul et la causalité permettent de mieux comprendre comment, de l’état de Nature, l’humain est arrivé à détruire son propre environnement pour pouvoir perdurer en tant qu’espèce. L’homo sapiens a vécu de longue périodes dans des conditions drastiquement différentes de ce qu’elle tient pour immuable aujourd’hui. Nous allons voir que les bribes de cette mémoire peuvent nous permettre d’imaginer des solutions pour perdurer durablement cette fois dans le futur, en allant dans un sens que nous n’aurions jamais dû cesser de suivre, celui de la Nature. Et il se trouve que ces solutions émergent de plus en plus d’elles-même en ce moment, un « pont » temporel qui nous fera peut-être retrouver notre place au sein des écosystèmes… […]

Vers une agriculture du carbone

Dans la lignée des thématiques mainstream en vogue, l’écologie climato-centrée a la part belle. Pour lutter contre le dérèglement climatique, on nous vend que toutes les initiatives se valent, tous ensemble pour le climat ! Oui, mais le péquin moyen, urbain et surtout s’il est pauvre, n’a pas grand-chose à faire à part regarder l’eau monter… Une fois de plus, les principaux responsables, figures sans visages du « système » (voir les mécènes de la COP21) profitent de cette occasion pour se refaire une image verte (avec une feuille sur le logo en haut à droite) et certains de tenter de nous vendre de fausses solutions technologiques à des problèmes technologiques. Histoire de manger encore sur le mort… Mais comme dit Bill Mollison, co-père de la permaculture,  « Alors que les problèmes du monde sont de plus en plus compliqués, leurs solutions sont honteusement simples ». Solutions ? Une fois de plus la sobriété, ce qui ne plaira pas aux mécènes cités plus haut. Et puis il s’agit de savoir d’où vient ce carbone qui met le bazar sur notre planète… dans tous les cas de figures, il vient de sous nos pieds. Au sens strict, l’agriculture produit 10% à 12% des émissions mondiales de gaz à effet de serre d’origine humaine. Mais, si l’on inclut la déforestation des forêts tropicales (notamment pour produire de l’huile de palme ou du soja) ou l’urbanisation (artificialisation et perte des terres agricoles), ce chiffre grimpe jusqu’à 24%, selon le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Un quart des émissions de gaz à effet de serre ! alors que le terme «agriculture» ne figure qu’une seule fois dans le texte de négociations pour la COP21 de Paris validé à Genève en février dernier ! Dans cette super conférence qui va sauver la planète financée par ceux qui la détruisent on fait donc l’impasse sur 1/4 du problème de fond. Heureusement, les solutions sont et restent honteusement simples, et en exclusivité, Prise de Terre va vous dire comment sauver le monde. […]

Des légumes en plein hiver

Qui ne s’est jamais vu sortir le nez de son trou à partir seulement d’une somme cumulée de 30 jours sans pluie et d’une température moyenne de 20 degrés? Cultiver vitevite des légumes d’été pleins d’eau style tomates cerises et salades pour accompagner barbecues et rosés, et rentrer hiberner au mois de septembre parce qu’il fait froid, c’est la rentrée et puis-j’ai-pas-que-ça-à-faire? Mais ça, c’était avant. Pourquoi? d’abord parce que vous allez lire ce modeste billet qui vous expliquera qu’on peut cultiver une grande quantité de légumes pour se nourrir même pendant la saison froide. Ensuite parce qu’il est temps de se prendre en main (et sa nourriture) toute l’année et ce, même en dehors de la saison du Tour de France. Car gardez toujours à l’esprit que l’Hiver arrive… […]

Formation « Concevoir votre espace nourricier grâce au design »

La Nature procure les meilleurs exemples de systèmes complexes, abondants et autonomes. Nos systèmes agricoles industriels ne respectant ni les sols ni les plantes (ni les humains) engendrent des déséquilibres qui demandent énormément d’énergie pour être compensés : traitements phytosanitaires, irrigation, désherbages, pollution, transports, retraitements, recyclage, pétrole etc… Ces palliatifs engendrent des coûts écologiques, économiques et humains dont on peut se poser la question de savoir s’ils sont légitimes et nécessaires dans un contexte de raréfaction du pétrole, de destruction des sols agricoles et de la biodiversité… Nos anciens (les vrais, hein, pas ceux de maintenant) avaient des productions extrêmement diversifiées, de qualité et sans pour autant détruire la biosphère, le tout sans pétrole, tracteurs, irrigation et sans avoir des centaines d’hectares empruntés au crédit agricole. Ils utilisaient avec finesse tout ce qui était à leur disposition en optimisant chaque élément de leur système. Ils n’avaient pas la permaculture mais une chose précieuse qui nous manque totalement aujourd’hui : le bon sens. En cette époque post-moderne où les incertitudes économiques, écologiques et sociales sont grandissantes, il est rassurant (et révolutionnaire) d’élaborer son espace nourricier sain et productif pour soi, sa famille, sa communauté. Mais par où commencer? avec quoi? et où?? C’est l’objet de la formation que nous proposons les 18 et 19 avril. Je vous présente ici brièvement l’objectif et la méthodologie du design en permaculture qui n’est rien d’autre qu’une boîte à outils pour se rapprocher du bon sens et pouvoir créer des systèmes résilients, très productifs, sur la plus petite surface possible. Pour le plaisir, le porte-monnaie, la santé… et les périodes de vache maigre… […]

Des nouvelles de la Ferme des Escuroux

Je n'ai pas énormément posté ces derniers temps, je m'en excuse mais cette année fut riche et beaucoup moins tranquille que je ne l'avais espéré cru! Pris dans pas mal de projets de formations, de designs et d'accompagnements divers, j'ai dû choisir les priorités. Aujourd'hui il pleut et je suis coincé par un lumbago détestable, [...]

La permaculture ou la barbarie??

S’il est un permaculteur reconnu et très médiatique (à part Mollison peut-être), c’est bien Geoff Lawton (la preuve il a même sa page wikipedia, c’est dire). « Greening the desert », c’est lui, il a aussi beaucoup écrit, filmé, planté et enseigné sur les « food forests ». Il est également le responsable du « permaculture research institute » en Australie, crée en son temps par Bill Mollison. Designer émérite, il a enseigné à des centaines d’étudiants venus des 4 coins du globe pour boire ses paroles et bosser gratos. C’est un « monstre » par son savoir, son expérience, et il semblerait aussi par la taille de son melon. Je suis tombé sur une nouvelle vidéo de lui il y a quelques temps, et j’ai été, je dois dire, assez soufflé par l’angle pris.Tout est dans le titre : « Surviving the coming crisis ». Vous pouvez la télécharger sur son site, c’est en anglais. Rien de neuf quand au fond, c’est la forme qui m’a décidé d’en parler ici. Car je crois que ce n’est pas anodin, c’est même assez caractéristique de notre époque. Au fur et à mesure que des inquiétudes (justifiées) se précisent quand à notre futur, que la sensation générale d’un progrès technique qui a failli se répand, on peut être amenés à se tourner vers un repli sur soi, sa famille, au mieux sa communauté. Chercher des pistes pour sauver sa peau et celle de sa famille… saine occupation mais est-elle vraiment compatible avec la permaculture et surtout son éthique? Ce mélange des genres me laisse un petit goût amer, mais je sens que cette réflexion est nécessaire et enrichissante car comme le reste, la permaculture est et sera ce qu’on en fait. Petite analyse … […]

Attention tartuffes : L’Agriculture Ecologiquement Intensive

C’est intensif, oui mais écologique. C’est nouveau, ça vient de sortir. Ils arrivent en précurseurs, ils ne sont que des récupérateurs. Rien à voir avec l’intérêt général, ils sont au services des mêmes qui posent problèmes depuis des années. Issus du Grenelle de l’environnement, ils sont là pour récupérer des morceaux, les éplucher et les rendre bankables auprès du système agro-industriel. Leurs sponsors? Système U, John Deere, l’ESA, le Crédit Agricole et diverses boîtes vendant des technologies vertes. Des philanthropes vous dis-je. Nouvelle Agriculture (TM), Agriculture Ecologiquement Intensive (TM), ces tartes à la crème copyrightées « développement durable » en agriculture, vont sauver la planète de la famine et de la pollution. Pierre Rabhi à côté n’est qu’un boyscout. Dans leur manifeste, tout est très louable et on se sent enveloppé d’optimisme et d’allégresse pour la pachamama. On entend même parler de vie du sol, culture sans labour, économie d’eau, biodiversité. Joie. Mais la ficelle est épaisse . […]

Mangeons nos mauvaises herbes!

Les mauvaises herbes sont des plantes compagnes de l’homme depuis la nuit des temps. En effet, elles se plaisent dans les milieux anthropiques (sols nus, retournés, tassés, riches  en matières organiques et azotées d’origine humaines ou du bétail) et il est vraiment étonnant de voir à quel point elles peuvent justement être utiles à l’homme. Un troublant rapport gagnant/gagnant. Décidément la Nature fait vraiment bien les choses… En effet, après différentes recherches et expériences sur les plantes sauvages comestibles, quelle ne fut ma surprise de constater que la quasi-totalité des « adventices » de mon modeste potager étaient potentiellement nourrissantes, délicieuses, voire médicinales! Oh, j’entends d’ici les mauvaises langues aller bon train et filer les quolibets tels les stolons de fraisiers du mois de juillet. Si, j’ai assez à manger dans mon potager, et non, je ne suis pas un grand maniaque du désherbage. Et grand bien m’en fit, la malherbologie m’a donné raison! […]