Je vis dans une région qui était autrefois couverte de pommiers. Les champs étaient quasiment tous des prés-vergers et la production des fruits était une richesse inestimable dans ce pays (autrefois) pauvre : pommes à couteaux, à cuire, de garde, compote pour l’hiver, jus de pomme, cidre, vinaigre, gnôle (de pomme ou de « pitain », résidu de presse), nourriture pour les cochons. La plupart des maisons avaient leur pressoir et leurs arbres étaient une vraie richesse. Le désintérêt et le prix du mètre carré ont fait disparaître une tradition séculaire en quelques dizaines d’années. Dévorées par les zones pavillonnaires, les routes, rocades, ZIEC, ZAC, ZUP et autres bubons asphaltophiles, le non renouvellement des arbres  et leur non-entretien les ont fait pratiquement tous disparaître.

Or, il suffit parfois de peu de choses pour conserver voire sauver ce patrimoine et en même temps obtenir toujours une belle production. Ces arbres sont le résultat de sélections séculaire et de proximité intimes avec des générations d’humains qui les ont qui les ont plantés, greffés, soignés. Parce que le patrimoine de l’Humanité c’est aussi cela.

Voici quelques grandes règles à respecter pour garder en bonne santé le plus longtemps possible les pommiers de pappy.

La taille des fruitiers fait partie des sujets à polémiques : il y a les pour, les contres, les prudents, les bûcherons et toute une séries de façon de tailler différentes. Je vous propose ici une méthode dite de taille douce, testée pour vous depuis des années et qui a fait ses preuves.

Plus qu’une méthode, ce sont surtout des principes qui seront abordés ici. A vous de tester et de suivre l’évolution pendant les années suivantes. Si vous intégrez les principes normalement vous ne ferez pas d’erreurs, quand bien même, les erreurs n’en sont pas forcément et peuvent être rattrapées les années suivantes.

Cette méthode respecte et suis la forme naturelle de l’arbre, sa physiologie, sa production fruitière. Petit changement de paradigme, on ne va pas considérer l’arbre fruitier comme un unique individu mais comme une succession de branches fruitières et travailler à leur avantage à chacune, en anticipant leur régulier renouvellement. Cette méthode demande peut-être un peu de travail la première année, mais reste juste un entretien rapide les années d’après, suivant que l’on a bien ou mal travaillé.

  • Règle n°1 : Observer son arbre

Qu’est-ce qu’il a à me raconter celui-ci?

Ça peut paraître romantique mais c’est une étape importante : son arbre est-il vigoureux ou pas? Pourquoi cette question? Parce que PLUS ON COUPE ET PLUS CA POUSSE!! On ne le dira jamais assez! Et plus un arbre est vigoureux et plus on aura tendance à y aller mollo, sinon c’est l’explosion des rejets dès le printemps. On voit qu’un arbre est vigoureux au nombre et à la longueur importante des plus jeunes rameaux.

Explication : En fait pour bien tailler un arbre, il faut penser arbre, il faut ETRE l’arbre. Certes j’en fait un peu mais visualisez un fruitier dans son intégralité : il est parcouru d’une certaine quantité de sève dans tout son être. Ce volume de sève est en rapport avec le volume racinaire et foliaire à un instant T. Il en résulte une certaine pression dépendante des critères sus-cités.

Si vous rabattez trop un arbre pendant l’hiver (et n’importe comment), au printemps, la sève va remonter des racines et se retrouver dans un espace plus réduit que ce qu’elle avait la saison précédente : augmentation de la pression de la sève dans l’arbre. Et comme il faudra bien qu’elle sorte quelque part, elle va réveiller des bourgeons un peu partout qui vont se mettre a pousser fort, vite et partout. Les fameux « rejets » de sinistre mémoire… Si vous jouez au bûcheron canadien une année, vous en ferez de même toutes les années suivantes. Mais l’objectif est de limiter au maximum les coups de sécateurs (cela reste une plaie, porte potentielle pour les champignons).

Il faut donc composer avec chaque arbre : on redonnera au contraire un « coup de jeune » à un vieux pommier qui ne fait presque plus de pousses en le taillant plus sévèrement. En effet, la pression de la sève étant de plus en plus faible, le fait de diminuer son espace prospectible va mathématiquement augmenter sa pression. Néanmoins une faible vigueur implique une mise à fruit importante, mais celle-ci affaibli peu à peu la bête en entier. Il faut donc « jouer » entre la mise à fruit et la vigueur que l’on veut donner à son arbre. Et ne pas oublier une chose : quand l’arbre est occupé à produire des tiges et des feuilles, il ne produit pas de fruits….

  • Règle n°2 : des sections franches

Pensez à aiguiser votre sécateur! Rien de plus pénible que de s’abîmer les mains et les branches alors que 1 minute d’aiguisage est nécessaire! Ce qui vaut pour le sécateur à main, vaut également pour le sécateur de force, la scie.

Il s’agit d’éviter de laisser des chicots pourrir sur l’arbre et d’entraîner des nécroses et des pourritures. On coupera juste avant le bourrelet (voir photo). Ni avant (mauvaise cicatrisation, blessure inutile) ni après (chicot).

  • Règle n°3 : éliminer le bois mort :

La taille hivernale est avant tout une taille sanitaire : les bois morts, abîmés, avec des chancres doivent être enlevés. Ils ne servent à rien et deviennent une porte d’entrée pour les parasites dès qu’ils pourrissent. Se référer à la règle 2 des coupes franches et bien placées…

  • Règle n°4 : éclaircir le centre de l’arbre
branche fruitière

Ceci est une branche fruitière, on va faire en sorte qu’elle se dirige toujours vers l’extérieur

La plupart des arbres fruitiers et en particuliers les pommiers sont formés à la plantation en « gobelet ». Forme intéressante au demeurant : ouverte, elle facilite la cueillette, une bonne maturité homogène des fruits, un entretien simple. Mais elle n’est pas spécialement naturelle, de ce fait l’arbre a tendance à se refermer naturellement, perdant ainsi tout l’intérêt de sa forme originelle. C’est la grande majorité des cas, en particulier des vieux sujets qui n’ont plus vus de sécateurs depuis des années : forme en « nid de pie », fermée, les branches sont anciennes, malades, moussues, la production aléatoire et les fruits petits.

Il s’agira donc d’éclaircir et d’assainir le centre de l’arbre pour faire entrer le soleil et l’air. En gros : tout ce qui va vers l’intérieur doit disparaître. Mais attention à ne pas faire un carnage, doser son effort sur plusieurs années, au risque d’obtenir une anarchie en N+1…

  • Règle n°5 : simplifier les branches fruitière, occuper le juste espace pour chacune

En taille douce, ON NE COUPE JAMAIS UNE BRANCHE EN PLEIN MILIEU. Toujours bien penser à la taille fruitière comme a de la plomberie, on redirige un flux de sève dans des tuyaux adaptés, vers un bourgeon terminal. Ne jamais couper ce flux.

Une branche fruitière est composée d’un départ et de plusieurs rameaux secondaires, tertiaires terminés tous par des bourgeons terminaux. Partant du tronc principal, on remontera le long de cette branche en sélectionnant une seule et principale branche fruitière. On la dirigera donc jusqu’à lui trouver l’endroit adéquat, où elle ne gênera pas les copines et où elle pourra profiter de la lumière de manière optimale.

Sélection branches fruitière

Optimiser la distribution spatiale des branches fruitières

Dans le cas de branches qui se croisent, se touchent ou occupent un même espace, il faudra faire un choix : il ne peux en rester qu’une… De même, les fourches devront être simplifiées.

On arrivent maintenant à un arbre « simplifié », optimisé au niveau de la disposition des branches dans l’espace et donc de la photosynthèse et de la production fruitière. Normalement, l’arbre doit avoir peu ou prou la même forme avant et après la taille.

  • Règle n°6 : l’écart de diamètre branche coupé/branche restante doit être le plus faible possible…

Je m’explique. Pour continuer dans la métaphore plombière, la sève circule à une certaine pression dans une branche fruitière et ses ramifications secondaires. Or si l’on coupe une branche, il faut toujours anticiper le cheminement de la sève : va-t-elle pouvoir circuler librement dans le rameau restant? Si les 2 diamètres sont voisins, ça devrait pouvoir se faire sans trop de dommages, si la branche restante est beaucoup plus fine, la sève va fatalement devoir sortir ailleurs : la pression de sève augmente : rejets en N+1

Le circuit de la sève

Toujours anticiper le passage de la sève

  • Règle n°7 : préparer le futur : sélectionner les futures branches fruitières

On ne pourrait faire l’impasse sur ce point, en effet les branches fruitières ne sont pas éternelles et il faut penser à les renouveler. Anticiper le renouvellement est nécessaire :

renouvellement d'une branche fruitière

Renouvellement d’une branche fruitière

  • Règle n°8 : Supprimer les rejets de porte-greffe

La quasi-totalité de nos fruitiers (et surtout de ceux de nos grands-parents) sont greffés sur des pommiers sauvages. La raison en est une meilleure adaptation de la variété au sol, meilleure résistance aux maladies et, surtout dans le cas des porte-greffes modernes une plus faible vigueur (donnant des arbres moins hauts et plus fructifères). Parfois le porte-greffe s’individualise et démarre sous la greffe. On le voit très souvent dans les vergers abandonnés et c’est encore plus notable avec les poiriers. En effet, greffés très souvent sur cognassiers, ce dernier étant fort vigoureux, il ne faut que quelques années pour qu’il prenne l’avantage sur le poirier. Un juste retour des choses peut-être, mais là n’est pas l’objectif. Il faut donc régulièrement supprimer ces repousses qui affaiblissent l’arbre et le mettent en concurrence avec son porte greffe.

D’où un certain débat, en particulier au sein de la communauté permacole, sur la pertinence du greffage et sur les fruitiers « propres racines ». J’avoue n’être ni pour ni contre, bien au contraire. Mais l’idée est séduisante, je  compte donc tenter des essais par moi-même pour me faire une idée, ce qui est encore le meilleur moyen pour ne pas dire d’âneries en public.

Parce que je suis comme ça et pour le même prix, je vous offre 2 astuces gratuites :

Astuce 1 : pour ne pas systématiquement couper (et risquer une explosion de rejets l’année d’après), on peut plier, attacher, tordre les plus jeunes branches, ou les plus souples. Le but est de supprimer la dominance apicale (un bourgeon la tête en l’air attirera la sève et aura tendance à faire des feuilles et des tiges au détriment des fruits) en arquant par tout les stratagèmes possibles et vers l’extérieur bien entendu.

Par ce fait, la circulation de la sève est contrariée, la vigueur et la croissance en longueur se calment et la fructification va se faire plus rapidement.

De la ficelle (biodégradable), du saule osier, des élastiques sont utilisés pour cela. Mais on peut juste coincer une branche avec une autre, encore plus écolo…

Astuce 2 : Pensez à doser votre effort de sélection sur plusieurs années. En effet NE JAMAIS être trop pressé, c’est un défaut bassement humain qui le dessert souvent et systématiquement quand il s’occupe de végétaux. Couper une branche de plusieurs années n’est pas anodin sur la physiologie de l’arbre, en couper plusieurs la même année est un gros choc qui n’est pas souhaitable. Ronger son frein et le faire en plusieurs fois chaque année pour éviter une explosion de rejets (qui nuira à la production fruitière).

Il en va de notre responsabilité à chacun d’entretenir, de sauver et multiplier ce patrimoine qui a nourri nos anciens. Il faut planter des fruitiers, que ce soit en vergers, en haies, en isolé, au sein de forêts fruitières. Greffés ou pas, nains, plein-vents, pépins, noyaux, baies, coques, il faut rompre avec ce cycle de destruction systématique de ce qui nourri l’Homme. Créons un monde d’abondance et de diversité pour nos enfants, ça coûte pas cher, et ça peut sauver l’Humanité…

Pour en savoir plus :

Les croqueurs de pommes

Greffer.net