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Prise de Terre

Introduction au design : la méthode BOLRADIME (3/3)

Design, Implantation, Maintenance, Evaluation

Par Mathieu Foudral, dans Du global au détail -

Dernières étapes de notre boîte à outils pour concevoir un lieu en permaculture de A à Z.

Nous avons donc vu dans un premier temps ce qu'on voulait (Buts), ce qu'on avait (Observation), dans un second temps la pertinence -ou pas- entre les 2 (Limites/Ressources), ainsi que différentes approches pour placer les éléments au mieux (Analyse). Voici venu le temps de poser tout ça sur le papier !

#6- Design

Vous avez le choix de l'arme : papier, logiciel informatique, c'est vous qui choisissez selon votre goût et vos connaissances.

On va à ce stade se servir de tous les points qu'on a vu précédemment et mettre sur papier les plus importants pour ce qui nous concerne : bâtiments, accès, eau, existant. En gros ce qu'on a vu au stade "Observation".

Toujours mentionner l'orientation et l'échelle de votre carte !

Que ce soit en version papier ou numérique, les calques sont très intéressants voire indispensables pour mettre en relief des stratégies ou des flux et ne pas saturer la carte d'infos.

Par exemple si le contexte le demande, un calque spécifique sur l'eau peut être nécessaire (arrosage intégré, gros travail de distribution d'eau etc).

On peut focaliser aussi sur les flux (circulation des matériaux, des récoltes, directions, intensité), faire un focus aussi sur les zones, voire les interactions, ...

Chaque contexte déterminera les points les plus importants à mettre en exergue, ainsi que les degrés de détail.

Le travail fourni précédemment avec le zonage, la carte des secteurs et l'analyse fonctionnelle va nous permettre de commencer à placer nos éléments sur la carte de manière à ce que les besoins des uns soient remplis par les produits/fonctions des autres.

On peut commencer à travailler sur du global sans aller tout de suite dans les détails, qui reste un vilain défaut (que nous avons tous).

On dégrossi en dégageant les principales cultures et zones spécifiques sans aller dans le détail. Pour ma part je travaille de cette sorte, et ensuite je zoom sur différentes parties, avec une plus petite échelle, ce qui me permet de mettre un maximum d'information sur papier.

Remarque : J'insiste sur le fait de faire cet exercice à plusieurs, surtout si tout le monde est concerné par le design : famille, collectif, couple etc. L'expérience, la culture des uns et des autres va nous permettre de multiplier les points de vue, les priorités, les connaissances et les ressentis. Travailler seul est dysfonctionnel en permaculture. On favorisera toujours l'émulation collective et la co-création faisant émerger l'intelligence collective et ainsi ouvrir le champs des possibles.

On obtient ce qu'on appelle un plan directeur, c'est à dire la "big picture" de votre projet, en adéquation avec vos objectifs et les ressources et limites de votre terrain. Tout y est annoté, vous avez enfin le mode d'emploi devant les yeux !

A ce stade, vous allez pouvoir anticiper les différents travaux, terrassements, mise en place des structures, clôtures, etc... Je rappelle que le design est une planification dans l'espace ET le temps : une ventilation précise des travaux vous sera d'une grande aide, et ce, sur plusieurs années parfois. Cette dernière va dépendre des limites et ressources que vous avez réalisé en amont : temps, argent, condition physique, etc.

#7- Implantation

Du petit potager en permaculture à l'écovillage, les travaux à mettre en place pour la réalisation du design vont être bien différents selon chaque contexte. Si votre projet est conséquent, cette phase risque d'être, elle aussi, conséquente. Comment gérer les travaux dans la durée, dans le bon ordre, ne rien oublier, avoir besoin de domaines qu'on ne maîtrise pas, comment ne pas s'épuiser, etc beaucoup de questions auxquelles il va falloir penser en amont des travaux en eux-même. Il y a 3 points de base à respecter :

  1. identifier les tâches à réaliser et les rassembler dans un plan de mise en œuvre, avec une hiérarchisation : "first things first"
  2. préciser le temps et le budget dont on dispose
  3. prévoir un calendrier précis des travaux

C'est donc le moment également de se poser la question du budget : suffisant ? si non, emprunt ? revenus de la ferme ? chiffre d'affaire estimé ?

Un outil que j'aime bien explique comment arbitrer ses décisions : le triangle impossible : coût/vitesse/efficacité. Je l'ai trouvé dans l'excellent livre de Grégory Derville "La permaculture, en route pour la transition énergétique". Je vous le refais à main levée :

C'est très simple :

  • Si vous souhaitez quelque chose de gratuit, mais de bien : ce ne sera pas rapide.
  • Si vous voulez quelque chose de bien et de rapide : ça ne sera certainement pas gratuit
  • Et si vous désirez quelque chose de rapide et gratuit : il ne faudra sans doute pas s'attendre à quelque chose de très peaufiné...

La conclusion est qu'il est impossible d'atteindre un objectif quelconque de façon à la fois rapide, efficace et peu onéreuse. Il va falloir accepter et anticiper ce fait.

Si votre budget est confortable et en cas de limites spécifiques (condition physique, méconnaissance du domaine, ou flippé), il est recommandé de faire appel à un professionnel. Ce sera un coût sans doute non négligeable mais vous avez la certitude d'un travail vite et bien fait et de vous économiser du temps et du stress !

Si le budget est insuffisant vous avez le choix pour la main d’œuvre entre :

  • des chantiers participatifs, perma-blitz ou woofing. Attention, le woofing est encadré (inscription nécessaire) et les chantiers participatifs sont sous votre responsabilité. Renseignez-vous sur vos assurances et leur conditions générales. Certains sites comme Twiza regroupent les chantiers participatifs et proposent des assurances spécifiques contre l'adhésion à l'association. Sinon, vous avez les "coups de main" qui ne rentrent dans aucune case :)
  • des formations-actions sur votre lieu : Vous contactez un formateur pour organiser un stage sur une thématique pratique chez vous. Les stagiaires viennent pour apprendre, et font également (installation d'une mare, de toilettes sèches, buttes auto-fertiles, ...). Vous apprenez aussi et bénéficiez du coup de main démultiplié et du savoir-faire du formateur. Du win-win en substance.

Pour les fauchés également, insister sur les matériaux de récupération. Notre mode de vie consumériste implique aussi de nombreuses ressources, ne gâchons pas notre joie : pneus, palettes, vieux meubles, bouteilles (ça sert toujours), matières organiques diverses. Bill Mollison disait que la seule limite d'un permaculteur est son imagination : sortons du cadre !

#7- Maintenance

Si vous êtes arrivés jusque là, vous avez donc compris que la permaculture n'est pas un truc de feignant ! Elle consiste surtout à réfléchir (beaucoup) avant d'agir, afin que nos actions soient les plus efficaces possibles sur le court, moyen et long terme. Elle nécessite beaucoup d'investissement en amont pour limiter les dépenses ensuite.

Parce que ne croyez pas que c'est fini : bienvenue dans le temps long ! Maintenant que tout est en place, va se dérouler au fil des années les rituels nécessaires à l'entretien de ce système, caractérisé principalement par des opérations telles que :

  • désherbage
  • taille
  • entretien des structures
  • paillage
  • récoltes
  • multiplication (semis, boutures, greffes, ...)
  • transformation des produits
  • entretien des système d'irrigation, etc.

L'objectif final d'un système en permaculture est que la seule maintenance soit la récolte.

Ce ne sera pas le cas mais cela doit rester notre ligne rouge. Nous allons donc tenter de trouver des stratégies pour tous les points d'entretiens vu ci-dessus.

Par exemple pour le désherbage, on va établir une stratégie de paillage ou de plantes couvre-sol systématiques (ça marche pour limiter l'arrosage aussi). Pour la taille, on peut déjà se demander si c'est nécessaire, ensuite écarter suffisamment les arbres, choisir des porte-greffes moins vigoureux, etc... Pour l'entretien des structures, on peut (doit) choisir des matériaux les plus durables possibles pour éviter de refaire des bacs de culture par exemple tous les 3 ans, etc... Il existe plein de stratégies à connaître, pour chaque étape d'entretien.

MAIS. Si votre système vient d'être mis en place, tel un jeune enfant, il aura besoin de vous : arrosage, paillage, etc. Au fur et à mesure que votre conception va prendre de l'âge, toutes les synergies que vous avez préalablement imaginées vont se mettre en place et se renforcer :

Les microclimats bénéfiques prévus vont s'établir durablement, les arbres se développant, de plus en plus de matière organique va retourner au sol (feuilles, brindilles, branches) et participer au mulch "naturel".

Des équilibres subtils vont naître, certains que vous avez conçus et d'autres (pour la plupart) totalement inédits grâce à la biodiversité qui va s'accroître toujours un peu plus chaque année.

Et, effectivement cette masse de travail du début va lentement mais sûrement se réduire d'années en années... Un système en permaculture, car basé principalement sur des végétaux pérennes et à croissance lente, va mettre entre 15 et 20 ans pour atteindre la maturité.

Alors un truc de feignants, oui, mais qui voient à long terme : Bienvenue dans le temps de la Nature.

Remarque : Dans notre société hors-sol et hygiéniste, on privilégie ce "qui fait propre". Or, cette notion est purement culturelle, ce qui impose une déconstruction profonde et qui n'est pas évidente mais simplement vitale pour laisser de la place aux autres vivants non-humains.

#8- Évaluation

Votre conception est un système dynamique, inclusif et adaptable. Rien n'est gravé dans le marbre et vous pouvez, de manière quotidienne, ou formellement annuelle vous posez cette question : est-ce que mon système est équilibré ? Des manques (eau, matières organiques, productions, ...) ainsi que des surplus (productions, pollutions, trop de travail, ...) indiquent un déséquilibre : votre conception doit être remaniée. Si les besoins des uns ne couvrent pas de façon optimale les besoins des autres, l'éthique de la permaculture n'est pas remplie.

De plus, votre contexte ne cesse de changer : socialement, professionnellement, le climat, les besoins, problème de santé, naissance, etc... il faudra donc repenser votre design. N'oubliez pas que c'est un processus qui n'a pas de fin ! Comme expliqué dans le premier chapitre, l'équilibre est un objectif mais pas une fin, car il n'existe pas !

Conclusion

Le processus de design peut sembler long et fastidieux. Mais nos habitudes impatientes et interventionnistes ainsi que notre inculture du fonctionnement du vivant nous pousse trop souvent à faire des erreurs que l'on paye parfois durement. Les projets en permaculture sont très souvent des projets de vie avec une dimension émotionnelle forte due à des réflexions profondes sur le sens, les valeurs, sur un futur terrifiant qu'on veut apaiser, un patrimoine sain et nourricier qu'on veut laisser à ses enfants, etc. Tout est là pour qu'un ratage se transforme en drame personnel, mais aussi familial ou collectif.

Qu'on le veuille ou non, cela fait désormais plusieurs générations que nous sommes déconnectés, que nous avons perdu beaucoup de connaissances, d'expériences et une certaine forme de bon sens. La conception en permaculture est une boîte à outil pour retrouver ce bon sens.

C'est un travail de longue haleine qui met tous les atouts de votre côté pour un futur souhaitable, ça vaut peut-être le coup de s'y pencher, non ?

C'est aussi un chouette moyen de co-créer à plusieurs, famille, amis, co-propriétaires, voisins dans la joie et la bonne humeur !

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