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Sècheresse : Penser le changement ou changer le pansement ?

Sècheresse : Penser le changement ou changer le pansement ?

Par Mathieu Foudral, dans Du global au détail -

S'il est une chose que les canicules et sècheresses successives de cet été (et de ce printemps) nous ont appris, c'est la position extrêmement inconfortable de certaines productions et en particulier du maraîchage en cas de rupture de normalité climatique.

Les dépêches, articles et "coup de gueules" se sont succédé tout l'été pour décrire l'urgence et le désespoir des maraîchers face à des températures de plus de 40°C et des restrictions en eau critiques aux cultures (voir en bas).

Je plaide depuis longtemps pour un "reset" de notre système agricole, une remise à plat totale de notre alimentation et de la façon de produire, cueillir, transformer, manger.

Pourquoi ?

Parce que c'est absurde, tout est absurde. Notre modèle hors-sol fondamentalement déficitaire n'est qu'un héritage des 30 glorieuses où l'énergie, l'eau (et l'argent public) étaient abondants et le climat -relativement- stable.

Outre le recyclage de l'industrie de guerre (explosifs/engrais, gaz de combats/pesticides, tanks/tracteurs) pour une nouvelle "révolution verte", le plan Marshall a organisé l'industrialisation rapide du paysage agricole de la France. Relayé en 1962 par la Politique Agricole Commune et sa logique productiviste, la France est passée à la 3ème place mondiale des exportations agricoles en au début des années 80.

Mais les "miracles" se paient un jour, malheureusement pas toujours par ceux qui les ont produits.

Et voilà où nous en sommes : le climat devient invivable et chaotique, les sols sont épuisés, les rendements baissent, les prix alimentaires augmentent et ce qui permettait à ce "miracle" d'exister est en passe de devenir intenable. Le prix du pétrole (et de ses dérivés) fait du yoyo, les engrais ont augmentés de 80% en 1 an et l'eau se fait de plus en plus rare, voire n'est juste plus disponible.

Il ne s'agit plus d'ajustements à la marge, ni de pansements budgétaires : il est temps de refonder tout le système de manière radicale.

Les temps qui viennent ne seront pas à l'image du passé, ni même du présent. Il est temps de sortir de ce récit d'après-guerre et d'imaginer quelque chose d'autre pour demain. Et ce qui est certain, c'est que ce quelque chose ne sera pas à base de plantes annuelles fragiles, exigeantes et peu nutritives. Le maraîchage tel qu'on le connaît est une impasse issue d'une période d'abondance qui n'est plus. Au même titre que les surfaces monstrueuses de céréales irriguées destinées au bétail hors-sol, hein, à chaque jour suffit sa peine...

Oui, c'est radical mais l'époque l'est. Nous sommes a un tournant que nous devons prendre volontairement avant de le subir. Nous devons arrêter ces espoirs à la con et adapter rapidement notre mode de vie aux changements qui viennent. A commencer par notre nourriture.

On parle de nouveaux récits ? chiche !

Alors je vous parle de forêts-jardins partout dans et autour des villes, produisant des légumes vivaces, fruits et plantes sauvages comestibles. Avec en productions secondaires du miel, du fourrage, des plantes aromatiques et médicinales, du bois, etc. Des productions alimentaires à base d'oléagineux, de châtaignes et de feuilles. Des céréales ? de l'élevage ? Bien sûr, mais intelligemment cette fois-ci et les solutions existent : agro-sylvo-pastoralisme, pâturages tournants valorisant autant les animaux que les pâtures, arbres fourragers, agriculture de conservation, etc.

Des céréales issues de variétés dites "population", résilientes et adaptatives qui poussent sur des sols vivants chargés d'humus et de vie.

Du maraîchage bien entendu mais fléché principalement sur des légumes nutritifs et de conservation, des variétés robustes et sobres, protégés par des systèmes agroforestiers.

Une gestion fine et collective des eaux de ruissellement par bassins versants, comme un bien commun qu'elles n'auraient jamais dû cesser d'être. Des eaux que l'on pourrait capter, stocker, et infiltrer pour faire remonter les nappes phréatiques et recouler les sources.

Et pour le reste une reforestation massive pour réparer le cycle de l'eau, que ce soit en forêt mature mais également en agroforesterie multi-étagée, productive et résiliente, gage du retour de la biodiversité dans nos campagnes.

Je pourrais continuer ainsi indéfiniment...

Alors ce sera difficile, tendu socialement, politiquement mais ce sont des rêves lucides : les solutions existent, elles sont techniquement atteignables et scientifiquement sourcés.

Il faut sortir de ce storytelling de boomers et construire le monde d'après dont on rêve, ici et maintenant. Et vous savez quoi ? On est plus nombreux que vous ne le pensez à le faire, en réel ou en esprit.

Une dernière raison de le faire ? On n'aura pas le choix :)

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