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Prise de Terre

Forêt-Jardin : quelques exemples productifs et inspirants

La Forêt-Jardin, de la théorie à la pratique

Par Mathieu Foudral, dans Forêt-jardin -

Si le concept de forêt-jardin est très à la mode actuellement, force est de constater que les exemples sont rares, souvent jeunes et peu chiffrés. C'est pourtant l'analyse précise de ces systèmes au niveau économique et agronomique qui peut en assoir la pertinence face à une agriculture conventionnelle largement connue et débattue (pour ses points positifs et négatifs).

Je vais vous présenter 2 exemples que je trouve particulièrement éclairants. Nous sommes ici sur des projets agricoles rentables et aggradants : produire de la richesse économique sans pour autant détruire son environnement, voire même en l'améliorant, c'est possible : qu'on le dise et répète !

Il y a évidemment d'autres projets particulièrement parlants en France et à l'étranger, mais ces 2-là on l'avantage d'être matures, avec des retours d'expériences et des améliorations continuelles. Et ils ont été amplement expliqués, décortiqués, voire même copiés !

Je tenterais de continuer cette liste car l'exemple reste la meilleure façon de convaincre (Gandhi), et nous donne une aide précieuse pour entrevoir un futur qui ressemble enfin à ce qu'on est en droit d'attendre de ce début de 21ème siècle.

Les Fermes Miracle, un verger commercial inspiré de la permaculture (sud Québec)

A l'origine un verger de pommier conventionnel acheté en 92, converti en AB en 96, suivi de 4 ans de production AB. Progressivement agrandi et planté de différents étages depuis, première grosse récolte diversifiée en 2013.

Entre des bandes boisées composées de fruitiers, d'arbres légumineuses, d'arbustes vivriers et d'herbacées pérennes (3 strates), une prairie permet une culture/élevage intercalaire avec moutons, oies, dindons, lapins.

La très grande richesse des végétaux (en particulier les rosacées et les légumineuses) offre une nourriture abondante du début à la fin de l'année pour les abeilles.

Fonctionnement : Stéphane Sobkowiak : "Dans un système de pré-verger multi-étagé complexe, le défi est de conduire une structure analogue à une friche arborée et de maintenir un cycle de trouées qui maintient une structure en bosquets hétérogènes, en maximisant les écotones entre la prairie et la jeune forêt".

Il a adapté les guildes suivant différentes lignes dans le verger. En effet, pour simplifier la récolte (ce sont les clients qui récoltent eux-même), certaines lignes sont productives plutôt au printemps, d'autres plus tard en saison, etc. C'est le concept des allées d'épicerie :

  • Plan de plantation dans une rangée : NPo1Pr1, NPo2Pr2, NPo3Pr3, NPo4Pr1, NPo1Pr2,…

N = fixateur d’azote, ses rôles: fixer l’azote pour les fruitiers et petits fruits autour, tenir le fil, nourrir les abeilles (févier), feuilles pour matière organique.

Po = pomme 180 variétés sur la ferme. Pas 2 pommes qui se suivent. Pas 2 de la même variété qui se suivent Po1,Po2,Po3

Pr = poire ou prune. 15 variétés de poires, 9 de prunes.

Au-delà de la zone du verger, il crée des guildes de "zone 4" composées de plantes pérennes plus expansives (cerisiers à grappes, vignes, argousiers, noisetiers, féviers, mûres, framboises).

  • Chaque arbre est associé à 1 arbuste fruitier planté au SO pour contrer la maladie du SO. (une brûlure causé par la réflexion du soleil sur la neige). Les espèces d’arbustes fruitiers sont : gadelier (red lake), groseiller (hinnomaki red, captivator), cassis (ben sarek), caseille (croisement de Ribes uva-cripa, de Ribes nigrum et de Ribes divaricatum. ), baie de mai (chèvrefeuille arbustif ou camerisier au Québec (blue belle, berry blue).
  • Chaque arbre est associé à 4-24 fleurs (Hémérocalle, Hosta, Tournesol, Zinnia, Penstemon, Silphium, Oenothère, Rudbeckie), fines herbes (ail, aneth, capucine, cataire, ciboulette, oignon, origan, mélisse, romarin, thym, sauge) et légumes (Chou-rave, citrouille blanche, concombres, courge Kabouche, fèves, piments, rhubarbe, pois. Celles-ci sont plantés dans 5 rangées allant des plantes basses le long de l’allée gazonné au plus haut dans le centre de la rangée.
  • Les arbres, arbustes, fleurs fines herbes et légumes sont plantés selon la période de cueillette. Chaque période de cueillette dure 10 jours. Il y a 3 périodes de cueillette par mois. Chaque paire de rangées peut avoir entre 2 à 4 périodes de cueillettes par année. Donc dans cette complexité il y a une simplicité de répétition.
  • Le design de plantation est aussi conçu pour confondre les insectes ravageurs. Ils ne peuvent sauter d’un arbre à un autre comme dans un verger conventionnel. La complexité des plantes est conçu pour héberger les prédateurs des ravageurs. Pièges pour insectes ravageurs : contre mouche de la pomme et carpocapse de la pomme.
  • Les maladies des fruitiers : tavelure de pommier et poirier. Les cultivars de ces fruitiers sont choisis pour leur résistance à cette maladie. Résultat: une grosse réduction de la tavelure sans arroser.
  • Entretien : 2 Paillis plastique et 3 lignes d’irrigation avec contrôleur automatisé.
  • Les alliés : oiseaux : plus de 150 nichoirs, bassins à grenouilles, amas de roches pour couleuvres, chauve souris. Animaux domestique : dinde, poulet, pintade, caille, faisan.

Leur site et vidéo : https://www.permacultureorchard.com/fr/

New Forest Farm (Wisconsin) de Mark Sheppard

Mark Sheppard, chantre de l'agriculture de restauration assure que cette dernière consiste à concevoir expressément des écosystèmes agricoles holistiques et productifs sur le modèle des écosystèmes naturels.

Il s'inspire des écosystèmes de « savane » (alternance de zones boisées et ouvertes) qu'on trouve sous différentes latitudes et qui sont, selon l'auteur, les écosystèmes les plus productifs qui soient. On retrouve le fondamental permaculturel que sont les zones de lisières comme élément de base de toute conception écologique.

Sa ferme représente 42 hectares et est situé dans le sud-ouest du Wisconsin. C'est une conversion planifiée d'une exploitation céréalière conventionnelle en un écosystème agricole à l'échelle commerciale utilisant la « savane » de chêne (le climax dans cette région se rapproche plus de ce type de formation), la succession arbustive et les forêts comme modèles écologiques. Les arbres, les arbustes, les vignes, les cannes, les plantes vivaces et les champignons sont plantés en association les uns avec les autres pour produire de la nourriture (pour les humains et les animaux), le carburant, la médecine (et la beauté).

Noisettes, châtaignes, noix et divers fruits sont les principales cultures ligneuses.

L' élevage représente également une part non négligeable sur la ferme, entre les zones boisées. La gestion holistique du pâturage permet de « multi-étager » les animaux et ainsi faire différents élevages au même endroit :

=> Les vaches paissent en premier, suivies des cochons, des dindes, moutons et enfin des poules. Aucun de ces animaux ne mangent la même chose et donc n'entrent pas en compétition. Au final les parties de prairies sont optimisées au possible avec un fort contrôle sur les adventices et une fertilisation absolue.

Les lignes de plantations, et donc les zones de prairies ainsi que les accès sont installées suivant le principes des « keylines » : toutes suivent les courbes du terrain pour infiltrer les eaux de ruissellement et même transporter de manière passive de l'eau des vallées vers les crêtes. Des systèmes de baissières et de bermes (accotements) aboutissent à des mares temporaires qui permettent d'irriguer tout le paysage et gérer toute l'eau qui arrive sur le terrain.

La ferme est entièrement solaire et éolienne et l'équipement agricole est alimenté avec des biocarburants produits localement.

Ce sont toutes ces techniques et avant tout cette conception qui fait de la New Forest Farm une ferme qui offre des fonctions de production (très importantes), mais également des services écosystémiques (aggradation, infiltration de l'eau, création de biotopes, plantation d'arbres, etc). D'où le nom d'agriculture de restauration ou « carbon farming » pour des problématiques plus climato-carbo-centrées...

Son livre : agriculture de régénération, à lire absolument.

En exemples intéressants, on pourrait aussi parler de la forêt fruitière de Maurice Chaudière, du rapport technico-économique réalisé à la ferme du Bec-Hellouin sur la viabilité d'une forêt-jardin, ou de la forêt-gourmande et de son mentor Fabrice Desjours (agréable similarité d'esprit entre nous).

Je reviendrais également sur nos travaux, ici à la ferme des Escuroux. notre système agroforestier avance en âge, en connaissances et en productions. Des retours nombreux sont à faire (positifs comme négatifs) et le système évolue toujours et se complexifie : la suite dans un prochain article ;)

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