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Prise de Terre

Tour d'horizon des légumes perpétuels et vivaces

Donnez de la résilience à votre potager !

Par Mathieu Foudral, dans Forêt-jardin -

A une époque où l'on cuisine du durable (et pas que de lapin) à toutes les sauces, peut-être est-il bon de réfléchir à de nouvelles manières d'envisager nos propres légumes. Le jardinage ne serait-il pas lui aussi soumis à la frénésie consumériste au même titre que le reste?

Nos légumes actuels sont le fruit d'une sélection basée sur une certaine façon de cultiver, de "consommer" le jardin. De plus une grande partie de nos cultures nous vient de pays situés sous des latitudes plus clémentes, ce qui implique un travail conséquent pour adapter ces cultures : semis au chaud, rempotages successifs, amendements spécifiques, irrigation importante, soleil et chaleur ... Il faut qu'on les adapte à un environnement qui n'est pas le leur et si on a mal bouclé notre affaire, elles souffrent ce qui engendre développement de maladies cryptogamiques, multiplication de parasites et donc : traitements, etc. Le cercle vicieux le plus équitablement partagé dans le monde...

La valeur du travail est très importante dans nos sociétés occidentales mais le temps qu'on peut passer pour ne pas faire grand-chose frise parfois le ridicule. Sans être particulièrement fainéant, j'ai tendance de plus en plus à réfléchir, non pas à ce que je pourrais faire, mais à ce que je pourrais ne pas faire (see Masanobu Fukuoka pour les aspirations).

Il ne s'agit ici pas de jeter le bébé avec l'eau du bain ni de cracher dans la soupe à la tomate, mais d'envisager que ce qui nous semble évident et immuable n'est peut-être, elle aussi, qu'une construction mentale comme les autres.

Si vous êtes ici en ce moment, c'est que vous vous posez des questions sur la manière de jardiner et de produire son alimentation d'une façon écologique ou en accord avec vos principes. Mais on se base pourtant toujours sur des schémas anciens. Et si une autre façon de cultiver impliquait également une autre façon d'imaginer notre jardin, nos légumes, notre alimentation?

L'utilisation de légumes vivaces est actuellement cantonnée aux asperges et artichauts. Pourtant si l'on cherche un peu, il existe une infinité de variétés que l'on peut garder pendant plusieurs années et venir cueillir de temps en temps. Étonnant qu'ils soient si peu utilisés car ils ont pourtant de nombreux avantages :

  • agronomiques : les plantes vivaces ont au long des saisons développé un système racinaire puissant et suffisant pour avoir une autonomie relative en eau et éléments minéraux. Des racines profondes impliquent également la remontée en surface d'éléments rares, plus présents en profondeur. Un bon mulch autour (plus une adjonction de compost adéquate), beaucoup d'amour et ce sera tout pour cette année.
  • procastination : limitation du travail du sol, des semis à répétition, rempotages, serres chauffées, désherbages fastidieux, arrosages obligatoires, buttages, traitements, tailles et compagnie. Du temps libéré pour tenter de sauver le monde ou toute autre activité qu'il vous plaira.
  • nutritifs : des goûts nouveaux, des intérêts culinaires multipliés avec des teneurs en minéraux, vitamines et oligo-éléments importants. Ces plantes sont bien installées, en équilibre et tirent le meilleur de leur environnement. Du concentré de santé !
  • fun : découvrir de nouvelles variétés (ou de très anciennes), faire découvrir, expérimenter et partager (plants, greffons, bulbilles), une autre facette du jardin s'ouvre à nous. Un pas de plus vers un jardin "sauvage" où le travail est limité à sa plus simple expression : un jardin de "cueillette".

Sont considérés comme perpétuels les légumes vivaces (genre asperges, artichauts), les légume-racines qui repartent d'eux-même (topinambours, crosnes, pommes de terre même) après avoir passé un hiver dans le sol, ainsi que les légumes et plantes qui se resèment touts seuls (arroches, épinards-fraises, ...).

Pour exemple, voici la liste des légumes actuellement sur place dans notre jardin aux Escuroux :

  • brocoli vivace : à récolter à la demande, se resème très (très) bien (trouvable chez http://www.brownenvelopeseeds.com, ou https://www.pennardplants.com, voire https://www.vreeken.nl/145150-asperge-broccoli-nine-star-perennial). Perso, un fiasco retentissant car il est TRÈS apprécié des brebis, qui s'échappent uniquement (et systématiquement) pour venir le brouter :(
  • chou daubenton : un chou vivace également, on cueille ses jeunes pousses à la demande qu'on fait blanchir et qu'on cuisine comme on veut. Il se bouture très facilement et au bout d'un an il occupe jusqu'à 2m². Je l'utilise beaucoup en couvre-sol. Une belle ressource.
  • ail des ours : un sauvage domestiqué. Comme dans le cochon, tout est bon : feuilles, bulbes, on ne le trouve hélas pas partout : station fraîche, riche et ombragée. Espèce montagneuse, on la trouve rarement en-dessous de 500m.
  • arroche : une fois semée, elle s'installe dans le jardin pour 20 générations. Les jeunes feuilles se mangent en salade, le reste comme un épinard (même famille d'ailleurs),
  • bardane : cette grande sauvage est une perle pour le jardinier au même titre que la consoude ou l'ortie. Comme ces dernières, elle est comestible (racines, pétioles) mais elle produit également un extrait fermenté (purin) très utile pour lutter contre les maladies cryptogamiques, en particulier le mildiou. La bardane est même devenu un légume à part entière au japon, dont la sélection centenaire a permis d'obtenir des version plus "conséquentes que l'espèce sauvage.
  • bourrache : la compagnie du jardinier, tout comme l'arroche elle se resème spontanément. Feuilles et fleurs comestibles, goût d'huitre (parfait pour les fêtes de fin d'année fauchées),
  • cardon : roi des légumes et légumes des rois. On en a fait une annuelle mais c'est une vivace. Si l'on se contente de récolter uniquement les jeunes pousses régulièrement, plus un peu de paillage pour l'hiver, le cardon peut nous prodiguer ses charmes (piquants) pendant des années. Même principe avec les artichauts (variétés très proches),
  • chénopode bon-henri : ancien légume prôné par ce bon Riton. Faisait parti du pack "poule-au-pot" de l'époque car très bon comestible (et increvable),
  • ciboule de chine : tout se mange, tige y compris (top au wok),
  • consoude : un grand classique, plante indispensable à tout niveau : purin, plante médicinale, chop'n drop, paillage, fourrage animaux, mellifère, couvre-sol, what else ?,
  • égopode : alors légume vivace ou mauvaise herbe envahissante? Peu importe, les jeunes pousses sont excellentes en salade, toute l'année, et les feuilles adultes font un légume délicieux. Une vraie ressource,
  • fenouil : se resème très bien tout seul comme un grand. La variété vivace (exemple fenouil bronze) ne "pomme" en revanche pas,
  • oignon rocambole : on laisse une ou 2 bulbilles et c'est reparti pour un an. Le fameux "walking oignon" dont l'anecdote reste toujours un grand moment,
  • oseille : vivace, un fort développement, ne pas hésiter à diviser les touffes. On trouve en particulier l'oseille-épinard (rumex patienta), un excellent comestible sans le défaut classique des oseille qui nous oblige à les utiliser avec parcimonie : l'acide oxalique
  • poireau des vignes : passe une partie de la belle saison sous terre dans ses bulbilles, à couper au couteau,
  • raifort. Il rend fort. Elle était facile,
  • pourpier : comment passer de mauvaise herbe envahissante en aubaine pour salade. Antiscorbutique, ça peut servir. Se resème tout seul,
  • topinambour : malheureusement certaines personnes sont plus ou moins sensibles à l'inuline, ce qui entraîne des désagréments intestinaux. C'est dommage car le topinambour est aussi bon qu'il est prolifique. Mélanger avec de la pomme de terre et de la sauge pour limiter (un peu) les soucis... On trouve aussi l'hélianti, même famille, quasi même tubercule mais lisse !
  • La poire de terre ou yacon : plante vivace donnant des tubercules comestibles, sucrés. Elle me paraît intéressante pour sa culture très facile. Voilà ce qui se passe quand on jardine en théorie. Sinon en pratique le tubercule pourri systématiquement dès que je les met en terre ou se fait bouffer par les rats taupiers...
  • L'oca du pérou : un oxalis dont les tubercules (pas énormes certes mais productifs) sont comestibles. Comme le yacon, sa culture se résume à sa plus simple expression. Parfait. Elle a été envisagée en Irlande au 19ème siècle pour remplacer la pomme de terre (détruite par le mildiou), pour endiguer la famine,
  • L'apios americana : ou glycine tubéreuse, de la famille des fabacées. Elle aussi a été nominée en Irlande mais il faut 2 ans pour avoir un bulbe comestible, elle fut donc recalée. Ses derniers sont petits, en chapelets, mais 3 fois plus riches en protéines que la pomme de terre. De plus, ils sont près de la surface et donc très faciles à récolter.

Cette liste n'est bien sûr pas exhaustive et se rallonge tous les ans tant il y a de richesses à découvrir et à goûter !

La limite entre les légumes dits perpétuels (ou vivaces) et les plantes sauvages comestibles est très tenue. Si ces 2 catégories sont pour moi complémentaires, la dernière est également passionnante et fera l'objet d'un prochain article...

Comme vous le comprenez, il s'agit d'une nouvelle façon de cultiver, de cueillir, de se nourrir. On se rapproche d'une agriculture de cueillette, chère à nos chasseurs-cueilleurs de cœur et pour moi, objectif sous-entendu de la permaculture : plus d'abondance à moindre coût énergétique, des plantes plus autonomes et très riches en nutriments. De nouveaux goûts et de façon de cuisiner.

Une nouvelle façon qui a plusieurs millénaires d'existence mais qui doit nous servir a entamer notre transition alimentaire vers un futur peut-être fort éloigné de celui que nous avons connu.

Voici un exemple de jardin de légumes vivace faisant parti d'un design conçu pour des clients qui n'étaient que très peu sur place :

On y retrouve toute la liste des légumes précédemment cités...

Ensuite, la question se pose aussi pour les maraîchers professionnels : "comment intégrer une production de légumes vivaces dans ses productions d'annuelles ? comment gérer la pérennité au sein du temporaire ? voici un article qui tente de répondre à cette question.

Voici également le lien vers le téléchargement de 15 fiches techniques sur les principaux légumes vivaces. L'abondance vous dis-je (même si les fiches datent un peu)...

Alors, prêts à mettre un peu de résilience dans vos potager à la papa ? La (re)découverte des légumes vivaces et celle des plantes sauvages comestibles ouvre un champ d'expérimentation et de découverte à nul autre pareil. Elle nous permet également de répondre aux problématiques de notre époque (rapport à la Terre, sobriété, nutrition, coût énergétique, etc) tout en collant fidèlement à l'éthique de la permaculture, pour une société humaine durable.

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