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Prise de Terre

Autonomie alimentaire : arrêtez le potager !

Par Mathieu Foudral, dans Techniques -

Changement climatiques, baisses des rendements agricoles, limitation des exportations des gros producteurs mondiaux, hausses des charges agricoles (engrais, pétrole), chaînes logistiques perturbées après la reprise post-covid, inflation généralisée, … les raisons de s’inquiéter sont nombreuses et légitimes. Et ça commence à se sentir sérieusement dans les portes-monnaie... De plus, quand on fait un minimum de prospective, même au doigt mouillé, on ne voit pas trop comment ça pourrait s’arranger : les causes sont profondes, structurelles, interreliées et mondialisées. Et quand on voit les champions qui gèrent le bouzin, les raisons de paniquer sont réelles… 

De fait, l’autonomie alimentaire devient une thématique très en vogue, et à raison. En revanche  quand on voit les solutions systématiquement apportées, j’ai l’impression qu’on se fourvoie collectivement sur ce thème. J’ai fait exactement les mêmes erreurs que la plupart des gens et suis toujours moi-même en chemin. Mais, pour éviter de perdre du temps, de l’espace et de la confiance, je me permets, dans cet article, de revenir sur des bases préalables à une stratégie alimentaire un peu plus « pertinente ».

Revenir aux fondamentaux : qu’est-ce qui nous nourrit ? 

De manière simplifiée, pour faire fonctionner notre corps nous avons besoin d’énergie, sous forme  de calories, apportées par des glucides (sucres), des protides (protéines) et des lipides (corps gras), le tout additionné d’une grande variété de vitamines, de minéraux et d’oligo-éléments.

On estime à environ 2000 kcal/jour/personne (un peu moins pour femmes et enfants) les besoins d’un homo sapiens moderne de base. En comptant les gaspillages, invités potentiels et autres pertes, on peut estimer sécurisant un besoin de 3000kcal/jour/personne. (source : experts FAO/OMS/ONU).

Ce point d’attention n’est pas anodin : toujours selon ce même rapport, le passage d’une activité sédentaire à une activité physique « conséquente » augmente de 56% les besoins journaliers ! Ne sont pas comptabilisés en plus les besoins inhérents à la lutte du corps contre le froid, mais ils sont sans aucun doute (très) conséquents. 

Le tableau suivant est issu du journal passerelleco n°70. Il présente les diverses récoltes et productions et leurs caractéristiques diététiques et énergétiques.

Pour faire très simple, l’énergie des aliments est mesurée en kilojoules, parfois en calories. Sachez seulement que 1 cal = 4.2 joules.

Parfois un bon tableau vaut mieux qu’un long discours, ce dernier présente très bien la problématique dans laquelle nous sommes :  

Les cultures potagères sont tout en bas de la liste au niveau calorique. En gros, si vous êtes autonomes en légumes c’est très bien. Ça ne vous rend en outre absolument pas autonomes en calories (max 10%) et donc incapables de subvenir à vos besoins alimentaires de base. 

C’est dur, mais c’est dit. Quand vous faites un jardin, ne parlez plus d’autonomie alimentaire, parlez de « diversité nutritionnelle et de plaisir ». Point.

 

En revanche les premières lignes sont éclairantes sur les aliments-clés en termes de « survie calorique » :

·         fruits à coques, fruits secs, miel, céréales : fournissent des produits de base hyper nourrissants pour toute une cuisine de base (farine, huiles), ces derniers ont en plus le bon goût d’être stockables très longtemps et donc disponibles toute l’année !

·         la viande et les produits animaux : riches en protéines et lipides stockables « sur pied », séchés, fumés, salés et donc également disponibles toute l’année. En plus, les animaux permettent de valoriser très efficacement des produits d’apports médiocres, difficiles à récolter ou justes impropres à la consommation humaine. De manière très pragmatique : avec des hivers globalement froids et longs (et donc des fenêtres de cultures parfois courtes), plus une activité physique conséquente et journalière, il me paraît hasardeux de faire l’impasse sur cette ressource qui nous a vraisemblablement construits en tant qu’homo sapiens. Et nous a permis de survivre aux temps géologiques, sensiblement plus froids qu’actuellement. Bien entendu, la viande actuelle issue de l’agrobusiness est à proscrire absolument pour tout un tas de bonnes raisons. Il reste des alternatives heureusement. Parenthèse terminée.

Pour ceux que ça intéresse une série d’articles passionnants sur ce sujet, scientifiquement sourcés, hein.

La stratégie pertinente d’autonomie alimentaire qui se dessine ressemble donc beaucoup plus à un système agro-sylvo-pastoral qu’à un bac surélevé avec des radis et des salades...

Mais c’est plus complexe, ça demande beaucoup plus d’investissements, d’espace, de connaissances...

Alors comment faire ?

Voici quelques pistes :

·         La Permaculture : comme je l’ai déjà expliqué dans la conclusion de cet article c'est son essence même. Elle est, justement, un plan de montage, de conception de systèmes vivriers diversifiés, basés sur l’arbre et les cultures pérennes, hyper optimisés et adaptés au terroir et aux humains qui l’habitent. Le petit élevage peut/doit faire partie intégrante du système, et le potager n’est pas non plus oublié et trône même en zone prioritaire ! Ce n’est pas pour rien que j’en ai fait mon cheval de bataille, mon combat  depuis toutes ses années : je sais que la permaculture et son corollaire agroforestier est une réponse à beaucoup de nos problématiques  alimentaire, énergétique, sociale et donc politiques. J’insiste. Encore faut-il sortir des espoirs à la con à la mode Bezos et Musk et arrêter de croire les cornucopiens béats. Cet avenir est mort-né (et ne sera pas pour vous de toute façon).

·         La communauté : l’individualisme forcené érigé en valeur primordiale dans nos sociétés laisse croire à la toute-puissance de chacun, propre maître de lui-même et acteur principal de sa vie. C’est bien mal connaître l’histoire humaine d’une part et cela nécessite une gabegie d’énergie et de ressources d’autre part qui est inédite, contre-nature et surtout temporaire, comme on commence à le sentir.

La vraie nature d’homo sapiens est de vivre dans un écosystème humain riche, dynamique, composé d’échanges, de partages, de dons et de contre-dons. Monétisés ou pas. Certains sont plus intéressés par le maraîchage, d’autre par la cueillette sauvage, certains par l’élevage, d’autres pourquoi pas par la pêche et la chasse, etc… C’est la somme de toutes ces complémentarités qui crée un écosystème robuste et résilient sur le long terme. Vouloir tout faire tout seul est dysfonctionnel au mieux, impossible au pire. Et franchement, quelle vie…

·         Un nouveau régime alimentaire : Posez-vous la question si vous êtes capables de produire tous les aliments composants le menu de ce que vous avez mangé aujourd’hui. Aliments de bases y compris. Rien qu’au petit déjeuner, la réponse vous sautera au visage. Notre alimentation moderne est hyper transformée, avec moults additifs, conservateurs et autres « E » quelque chose. Avec des produits venant ou de l’industrie ou de l’autre côté de la planète. Ou les deux. On ne peut envisager un quelconque début d’autonomie sans imaginer changer son alimentation. Il peut être intéressant alors de flécher ses menus vers des produits plus simples, non ou peu transformés, locaux, moins basés sur des céréales (encore un critère fondamental à prendre en compte, j’en parle ici). Notre alimentation moderne hyper glucidique est à l’origine de beaucoup de nos maladies dites de « civilisation » et ne correspond absolument au régime alimentaire qui fut le nôtre pendant des milliers d’années. Le type de régime qui s’en rapproche le plus serait le régime dit « paléo » ou encore une variante, le régime « seignalet ». Attention, ces régimes sont des guides, donnent des idées de menus et d’alimentation globale. Mais ils sont très restrictifs et contraignants. L’alimentation doit rester un plaisir et un ferment social, pas une prison. Tout dogme est à proscrire car les besoins et les goûts de chacun sont tous différents. Mais j’ai remarqué que ça reste une base intéressante pour se rapprocher de l’autonomie alimentaire car ils interdisent la plupart des aliments impossibles ou compliqués à produire dans une optique vivrière.

·         L’importance des plantes sauvages comestibles : On l’a vu, le potager n’apporte au final que très peu de calories mais en revanche (et aussi important) une belle diversité de vitamines et de sels minéraux. Mais… ces éléments sont aussi présents et en bien plus grande quantité dans ce qui pousse tout seul : les plantes sauvages comestibles et les légumes vivaces (dont la différence est parfois floue). J’en parle dans cet article. Leur utilisation est tombée en désuétude au profit de plantes annuelles, souvent exotiques (donc fragiles) et gourmandes en eau, attention et fumures. Elles sont en général bien plus riches et nourrissantes que tout ce qui peut pousser dans un potager classique. Ceux qui ont déjà mangé des salades sauvages comprendront très bien ce que je veux dire. Elles restent pour moi une base indispensable à une stratégie d’autonomie alimentaire, d’autant qu’elles ont le bon goût d’être disponibles très tôt en saison froide, dès l’hiver pour certaines.

 

Alors on jette le potager ?

Non, bien sûr. Mais il est possible de l’optimiser fortement, le rendre plus « pérenne », moins coûteux en travail, en intrants et en eau. Plus résilient, aggradant et plus productif tout au long de l’année. C’est l’objet des 3 jours sur le potager en permaculture que nous proposons ici, à la ferme des Escuroux.

Car si sa place n’est plus finalement si centrale que ça, il reste nécessaire pour plusieurs raisons :

·         Il reste une source importante de vitamines et de sels minéraux, de saveurs et de textures souvent bien plus agréables que les herbes sauvages. Et on ne va tout de même pas s’interdire le plaisir des salades de tomates ou des satsikis de concombres en été !

·         Productions de conservations : là où le potager tire son épingle du jeu c’est qu’il permet une production conséquente et diversifiée sur un temps court à la belle saison. Consommable de suite mais surtout stockables pour la saison hivernale : bocaux, lactofermentation, déshydratation, congélation. On tire donc parti de cet excédent estival pour lisser la consommation sur tout l’hiver, qui ne brille pas par sa diversité alimentaire…

·         Production hivernale : Ce sera l’objet d’un prochain article, mais un jardin peut produire toute l’année et plus précisément en hiver, là où justement on a besoin le plus de vitamines et de minéraux #légumesracines #choux

·         On ne doit jamais bouder son plaisir : le potager en fait partie et cela légitime déjà son existence. C’est aussi et surtout l’occasion de partager : conseils, trucs et astuces, plants, graines. Beaucoup de jardins partagés par exemple sont plus un alibi pour se rencontrer, passer du bon temps ensemble qu’autre chose. Ce lien social, cette mixité est, et plus encore en cette époque si moisie socialement, aussi vital que n’importe quelle vitamine ou  calorie. Et en cas de coups durs, la communauté sera toujours plus importante que n’importe quel kilo de patates. Et ça aussi ça se cultive…

Conclusion

L’idée n’est donc pas forcément d’arrêter le potager vous l’avez compris, mais en tout cas de relativiser fortement sa place dans une optique d’autonomie alimentaire. Mais alors quelles sont les productions les plus intéressantes pour cet objectif ? Comment mettre au point un système véritablement vivrier, une stratégie adaptée au contexte humain et local ?

C’est l’objectif des 4 jours « Autonomie alimentaire » à la ferme des Escuroux. Conçue en permaculture avec cet objectif depuis le départ, différentes cultures, ainsi que les moyens et outils pour les valoriser vous seront présenté. Le plus de ces 4 jours, c’est aussi la partie cuisine : animée par Camille, cuisinière professionnelle et cueilleuse sauvage, vous apprendrez comment transformer, sublimer vos récoltes.

Ensuite, et c’est la nouveauté 2022, comme chaque saison est différente, nous rajoutons une cession spécifique pour les cultures et récoltes d’automne, particulièrement vitales pour entamer son hiver sereinement.

 

L’article étant une nouvelle fois bien trop long (!), je reviendrais ici prochainement sur les types de cultures les plus intéressantes et faciles à mettre en œuvre pour se rapprocher au niveau calorique, des vitamines et minéraux de nos besoins journaliers.

Il est grand temps de ne plus en perdre (du temps) !

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