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Prise de Terre

L'ABC du paillage

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le paillage sans jamais oser demander

Par Mathieu Foudral, dans Techniques -

S'inspirer des écosystèmes est le fondement de la permaculture. Quand on est perdu dans les techniques, les éthiques, qu'on ne sait plus trop quoi faire, je préconise de toujours se poser cette question : "comment ça se passe dans la Nature?".

Un terrain nu n’existe pas dans un écosystème naturel, excepté dans les déserts. Ce qui donne déjà une bonne idée de la direction à prendre. Ensuite l'optimum de fertilité qu'on cherche à copier est celui de la forêt, dont le sol est TOUJOURS recouvert par une épaisse litière a différents stade de décomposition. L'objectif se clarifie... Quoique : "mulch", "paillage", "paillis", "BRF", "broyat", etc... on se perd dans les termes, les matériaux et les objectifs. Ensuite comment gérer au mieux cette technique tout au long de l'année ? Nous allons voir les différentes stratégies mises en œuvre, les intérêts, les inconvénients. Et nous allons voir une fois de plus que les solutions toutes faites et "prêtes à l'emploi" restent à mesurer selon vos objectifs et votre contexte.

Le Mulch : c'est quoi ?

Le mulch est une couverture de sol, permanente ou non, qui peut être faite de différents matériaux, inertes ou vivants.

Le paillage est un cas particulier de mulch à base de paille. Le paillis est lui, un simple synonyme de paillage.

Le Mulch : pourquoi ?

  • Limiter l'évaporation naturelle du sol et la perte d’eau par capillarité, stoppée par une couche fraîche et humide en surface.
  • En se décomposant ce dernier va nourrir le sol et tout son écosystème, prodiguant fertilité et autres services écosystémiques (aération, amélioration de la structure, ...). On voit ici la proximité entre le compostage de surface et le paillage. Rappel : ce sont les microorganismes qui nourrissent les plantes en solubilisant les minéraux. Il faut donc nourrir le sol pour nourrir les microorganismes pour in fine nourrir les plantes !
  • Coupées de la lumière, les graines d'adventices ne pourront pas germer, ce qui limitera le désherbage.
  • Le sol sera protégé des érosions extérieures : pluie battante, vent, soleil. Ce manteau atténuera également les amplitudes thermiques, le rendant plus apte à la vie du sol.

Le Mulch : avec quoi ?

  • Le cas de la paille : le paillage est le mulch le plus répandu, et pourtant. Les principaux problèmes avec la paille sont le gîte et le couvert pour les limaces : on observe une corrélation fine entre les attaques de gastéropodes et le taux de couverture en paille. Ensuite, ce n'est pas un mulch très intéressant au niveau agronomique (principalement de la cellulose) et il nourrit finalement assez peu le Sol. Elle peut en plus tasser fortement les terrains argileux, (une fois que la paille est remplie d'eau, elle devient lourde et compacte tranquillou votre potager tout l'hiver, sans qu'on ne puisse rien faire si ce n'est pleurer au printemps. Dans certaines régions de France il est très difficile (voire impossible) d'obtenir de la paille et surtout de la paille BIO ! Faire venir des matériaux de l'autre côté de la France n'est pas spécialement pertinent niveau écologie et économie. On peut/doit trouver mieux ! Donc on parle souvent de paillage, mais je ne conseille pas forcément cette dernière pour toutes ces raisons. Heureusement, il reste beaucoup d'autres alternatives :
  • le foin est particulièrement riche (tiges, feuilles, fleurs, richesse botanique) et surtout présent PARTOUT. Je rappelle que le foin est de l'herbe ou du gazon qu'on a juste laissé pousser !
  • la litière forestière : très riche, en lignine notamment, en mycéliums et en micro organismes. Donne un humus stable, d'excellente qualité. On aura le plaisir de trouver au printemps et à l'automne quelques champignons au milieu des salades. Elle met un temps assez important à se décomposer. On peut coupler avec du foin SUR les feuilles pour les maintenir correctement au sol tout l'hiver.
  • la fougère, riche en potasse et avec des principes fongicides (intéressant pour les tomates, pommes de terre et autres légumes fragiles). Également insectifuge, elle peut être utilisée aussi pour la litière des animaux ou pour limiter les dégâts des doryphores par exemple.
  • le BRF (Bois Raméal Fragmenté), autrefois LA solution. Il reste néanmoins intéressant : décomposition lente, fourniture de mycéliums et autres inoculas forestiers, humus obtenu de très bonne qualité. Attention, comme la paille et dans les terres lourdes et argileuses à ne pas tasser le sol ! De plus, on peut avoir ce qu'on appelle une faim d'azote : la décomposition de la lignine par certaines bactéries consomme beaucoup d'azote que ces dernières devront trouver dans l'environnement et donc temporairement créer une carence TRÈS préjudiciable aux autres végétaux. La solution consiste à mettre en place le BRF à l'automne, ou à le pré-composter avant .
  • Pourquoi ne pas planter dans des végétaux vivants? Engrais verts, plantes couvre-sol, tant soit peu qu'elles ne concurrencent pas trop vos plantations, elles pourront offrir un biotope frais et des interactions racinaires positives. Si l'on réfléchi sous le prisme des microorganismes, il faut savoir que 80% d'entre eux sont localisés dans les racines des plantes. On a dans ce cas, tout intérêt à favoriser les couvertures vivantes !
  • il existe toute sorte de toiles de paillages manufacturées (industrielles), prêtes à être utilisés : pratiques et relativement durables, elles peuvent être une alternative intéressante suivant votre objectif. Point négatif : chères ! et issues d'un processus industriel (coût énergétique important et potentiellement inconnu). Je rajoute dedans les paillettes de lin, de chanvre, cosses de cacao, de sarrasin, écorces de pins sans doute intéressantes mais issues de monocultures, souvent cultivées en conventionnel et pas du tout locales (certaines viennent de l'autre côté du globe) et donc pas en adéquation avec l'éthique et les principes de la permaculture.
  • la tonte de mouton peut faire un paillage intéressant, riche en azote, fortement isolant (rien de neuf) et assez durable.
  • Et pourquoi pas un mulch minéral ? graviers, ardoises concassées, tessons de poteries, pouzzolane etc, sont indestructibles, esthétiques et peuvent convenir particulièrement pour les plantes de rocailles, les vivaces. En revanche, l'intérêt au jardin potager est faible : ne se décomposant pas, ces mulchs n'enrichissent pas le sol, de plus ils peuvent être assez chers. Leur principal intérêt agronomique est de capter et stocker la chaleur. On pourra donc les privilégier pour les plantes gélives.

Toujours se rappeler que le meilleur paillage est celui que l'on a sur place (ou celui que l'on ne met pas) ! Il ne doit pas devenir un consommable à racheter tous les ans ou les 2 ans, car on s'éloigne d'un système autonome et efficace en permaculture.

Attention, si l'on est sur du vivace, de l'arbustif ou de l'arbre ou au contraire sur du légume annuel à courte rotation on ne mulchera pas avec la même ressource. Pour des radis, petites salades, une simple tonte de pelouse pourra suffire là où 15 à 20cm de paillage plus durable sera parfait pour les premiers.

Remarque : cas d'un sol épuisé

Un sol vidé de sa substance par des techniques culturales agressives (labour, sol nu, fertilisation chimique par exemple) va se vider petit à petit de sa matière organique et donc des micro-organismes qui s'en nourrissent. Si le processus de lessivage est trop avancé, il n'y aura plus assez de Vie dans le sol pour décomposer cette matière organique fraîche et dans certains cas (j'ai testé pour vous) elle ne se décomposera même plus !

Le processus peut mettre des années à recommencer, il faut alors ré-inoculer en micro-organismes pour relancer la machine et pouvoir obtenir les avantages de la décomposition de la matière organique : compost, thé de compost, extraits fermentés etc.

Une gestion saisonnière :

Il ne suffit pas de simplement déposer 20 cm de bonne litière et roulez pour l'année ! Très bien l'hiver pour protéger le sol du froid hivernal, parfait pour protéger de la sècheresse et des UV brûlants du soleil estival mais quid des intersaisons ?

Le mulch a les défauts de ses qualités : il est isolant, on l'a déjà vu, un sol mulché mettra donc beaucoup de temps à se réchauffer au printemps et se refroidira plus vite en automne. L'optimum est donc d'enlever le mulch en intersaisons et le remettre aux saisons froides et chaudes. De quoi parfois décontenancer le jardinier paresseux adepte du non-faire, mais le laisser est véritablement contre-productif. Encore une solution prête à l'emploi qui s'évapore !

La température du sol va directement impacter l'activité des microorganismes et donc la dégradation de la matière organique en des substances assimilables pour les plantes. Elle conditionne aussi la levée ou non de la dormance de certaines graines, c'est donc un paramètre important.

Toi aussi, amuse-toi avec l'albédo :

comme expliqué ici, il dépend de la couleur foncée ou claire du matériaux pour absorber ou non les rayons solaires et donc augmenter ou baisser son réchauffement naturel. En bref, un sol/paillage foncé absorbera les rayons solaires (ce qui le réchauffera naturellement), un sol/paillage clair, au contraire les renverra et aura du mal à se réchauffer. Un sol riche en matière organique est naturellement sombre, un paillage de BRF ou de cosses de sarrasin également. Au contraire, la paille, le foin, les paillettes de lin ou de chanvre sont plutôt clairs.

Fallait pas l'inviter : le rat taupier

Cas particulier mais devenu assez courant : le paillage a tendance a favoriser fortement la venue et l'installation des rats taupiers dans les espaces de culture. Ce qui peut poser DE VRAIS GROS PROBLÈMES : comme pour les limaces, ils ont ici le gîte et le couvert et font leurs galeries bien à l’abri du mulch protecteur. En attendant un rééquilibrage prédateur/proie hypothétique, il va falloir tenir compte de leur présence, ce qui peut changer drastiquement le choix des cultures !

Conclusion :

Comme d'habitude, c'est une technique qui a beaucoup d'intérêts mais qui doit trouver sa place, son rythme, selon les objectifs du permaculteur, les ressources locales, les cultures en places, le type de sol et de climat. Chaque cas est unique, et vous ? Vous mulchez comment ?

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