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Prise de Terre

Un jardin (presque) sans eau

Prenez de l'avance sur le réchauffement climatique ;)

Par Mathieu Foudral, dans Techniques -

L'eau est l'élément le plus répandu sur Terre et le principal constituant de la matière vivante. Les plantes contiennent jusqu'à 85% d'eau, les bébés 75% et, par exemple, Laurent Alexandre autour de 60%. Sans doute moins.

C'est pourtant l'élément le plus mal réparti. En effet, 97.5% de l'eau sur Terre est... salée. Sur les 2.5% restant seulement 30% est disponible dans les nappes phréatiques (le reste se trouve dans les glaciers, le permafrost et dans l'air). L'eau totale utilisable pour les activités humaines représente donc moins de 1% de l'eau terrestre !

La bonne nouvelle c'est que la quantité d'eau n'a jamais changée et ne changera pas. C'est sa redistribution et sa salubrité qui posent déjà et qui vont rapidement poser problème...

La gestion de l'eau en permaculture est aussi importante que l'eau l'est à la vie. C'est le point clé du design en tant que ressource fondamentale. Les stratégies mises en œuvre sont donc celles-ci :

  • Réduire les besoins
  • Capter/Retenir/Stocker
  • Distribuer
  • Purifier (l'eau qui ressort d'un système en permaculture a une qualité égale ou supérieure à l'eau d'entrée).

Pour cette première partie je développerais la stratégie "Réduire les besoins" qui est simple à mettre en œuvre et la clé de voûte de la gestion. Comme on dit en Auvergne : "le premier sou économisé est celui qu'on ne dépense pas", et bien ça marche aussi avec l'eau. On ne louera jamais assez le bon sens auvergnat...

Éteindre l'eau en se lavant les dents = héro ?

Mais comment sont répartis ces besoins ? Avant de vouloir réduire notre consommation, nous allons voir quels sont les postes les plus consommateurs pour déterminer quels sont les curseurs qui sont à notre disposition pour individuellement et collectivement réduire nos besoins d'eau douce. On distinguera les prélèvements (quantité d’eau prélevée dans le milieu naturel puis rejetée après utilisation - donc à nouveau disponible -), et la consommation (quantité d’eau prélevée, réellement consommée, absorbée). Elle ne peut pas être renvoyée directement dans la nature après usage.

Ce sont donc près des 3/4 de l'eau douce consommée qui l'est par l'agriculture, la consommation personnelle ne représente finalement que 10%. Et 20% pour l'industrie, donc.

Conclusion : on ne sauvera pas la planète en faisant pipi sous la douche.

En revanche on connaît désormais le point d'amélioration le plus évident. Mais comment alors avoir prise sur ce poste qui, dans nos sociétés modernes, nous semble pour beaucoup loin de soi, désincarné ? On ne dira sans doute jamais assez l'importance d'être producteur et acteur de sa Vie, dans l'objectif de pouvoir faire ses propres choix éthiques sans les déléguer à d'obscurs inconnus (qui ne les feront pas forcément à votre place). Mais c'est une autre histoire...

Réduire ses besoins en eau en agriculture

L’échelle de permanence Keyline de Yeoman prend en considération le temps et l’énergie nécessaires pour apporter une modification à un site spécifique ou un écosystème. En haut de l’échelle, à l’extrémité des axes d’effort et de temps, est « le climat ». Cet aspect nécessiterait plus de temps et d’énergie pour changer. Au bas de l’échelle est « le sol ».  C'est sur lui que nous pouvons agir le plus facilement pour le plus grand effet possible.

La base : un sol vivant et bien équilibré est la condition sine qua none pour une résilience maximale. On va veiller à garantir toutes les techniques et stratégies ci-dessous pour répondre à nos objectifs :

  • Les micro organismes vont aérer le sol, donc augmenter la capacité d'infiltration de l'eau. C'est "l'effet couscous". Cette multitude silencieuse vit, meurt et transpire, conférant en plus une humidité constante dans la terre. On a tout intérêt à cultiver des micro organismes sur son sol avant de cultiver des légumes. Compost, paillage et engrais verts apporteront et multiplieront ces derniers.
  • L'humus peut stocker énormément d'eau (près de 10 fois son volume), cette éponge est la réserve disponible à court et moyen terme du sol. C'est aussi pourquoi certains agriculteurs conventionnels sont obligés d'arroser tout l'été : leur sol n'a plus de matière organique. Dans de bonnes conditions de culture (paillage, non travail du sol, associations etc) l'humus est suffisamment présent. On peut en rajouter avec du compost, et du coup on rajoute aussi des microorganismes. Joie.
  • L'argile, par sa forme élémentaire en feuillets, va permettre de stocker à long terme beaucoup d'eau sous forme moléculaire (gonfle quand elle est hydratée puis se rétracte en cas de sécheresse). Il est donc intéressant quand on a un sol sableux, filtrant et donc pauvre en argile d'en rajouter un peu. A savoir que c'est une opération qu'il faudra forcément répéter régulièrement....
  • Les mulchs (ou paillages) : Un sol nu se retrouve dans seulement 2 contextes : les déserts et l'agriculture conventionnelle. On peut cesser cette évolution morbide et rapprocher nos sols de leurs origines forestières par du mulch. Celui-ci a de nombreux avantages, qui deviennent indispensables avec l'assèchement de nos latitudes. Voir l'article complet ici.

  • Pourquoi ne pas planter directement dans des végétaux vivants ? Engrais verts, plantes couvre-sol, "mauvaises herbes" même pourquoi pas, tant soit peu qu'elles ne concurrencent pas trop vos plantations, elles pourront offrir un biotope frais et des interactions racinaires positives. On commence à toucher ici à l'intérêt agronomiquement très fin de la complexité : synergies, entre-aide, microorganismes, mycélium etc. Je le répète souvent mais la biodiversité est un but mais aussi un outil.
  • L'ombrage : il devient, même dans des régions pourtant classées comme "fraîches", indispensable pendant les mois d'été, le soleil semblant de plus en plus mordant. Le fait de cultiver uniquement un étage, en général des légumes ou herbacées annuelles sur parfois des hectares est très récent dans l'histoire de l'agriculture. C'est pourtant un non-sens agronomique (voir article) qui implique également beaucoup d'énergie et d'eau pour pallier à ses propres conséquences. Exposée au vent desséchant et au soleil brûlant, tant va la cruche à l'eau qu'à la fin elle se casse. C'est pourquoi on va créer des effets de bordures bénéfiques qui vont protéger nos légumes et multiplier du même coup nos productions :
  1. Par des associations : protégez du soleil vos plants fragiles en les disposant entre des légumes plus grands. Par exemple des salades plantées ou semées au nord de légumes tels des choux, maïs, cardons vont bénéficier d'un microclimat plus frais et ombragé pour la saison estivale. Fonctionne pour tout type de potager : plat, en ligne, en butte, paillé, etc.
  2. L'effet-butte : Si votre butte (si vous en avez une) est implantée sur un axe est/ouest, vous aurez donc un côté nord frais et ombragé et un côté sud chaud et sec. Préférez le premier pour les cultures demandant de la fraîcheur l'été, et le deuxième pour les cultures hâtives au printemps et tardives en automne. On peut amplifier cet effet en plantant des légumes volumineux sur le haut de la butte
  3. Plantation de haies : pour filtrer le vent, la lumière, apaiser la chaleur, amener un microclimat plus humide, de l'humus et des éléments minéraux dans le sol, des insectes auxiliaires etc. Les louanges sont innombrables, je ne m'étendrais pas dessus. On peux néanmoins s'amuser à varier hauteur, composition, rôle en créant par exemples des "micro-haies" à base de gros légumes, de plantes vivaces. Il m'est arrivé de laisser tout simplement des bandes régulières de 30cm sans paillage où je n'intervenais pas, poussait alors toute un mélange de légumes ressemés, fleurs des champs, "mauvaises herbes", un havre pour les insectes et un régal pour les yeux. Des haies moyennes également : arbustes, petits fruits, topinambours (pratique car grandit au fur et à mesure que le soleil monte dans le ciel, attention à l'invasion néanmoins). Pour les "grandes haies" on touche à ce qu'on appelle l'agroforesterie. Le facteur limitant étant l'ombrage, une bonne conception de son système agroforestier est INDISPENSABLE est A bien réfléchir car il faut de grandes distances entre les bandes boisées à cause de l'ombrage. C'est néanmoins une piste d'avenir (LA piste), permettant des productions annexes non négligeables et des services écosystémiques innombrables. Voire l'article suivant).
  4. On peut, pour gagner du temps et de la place, créer des ombrages temporaires : canisses, ombrières, à base de roseaux, bambous, branchages, en murs, en pergolas, tressés... Tout est question de contexte et d'imagination !
  • Rejetez absolument les plants et semences du conventionnel : Jardinic, Botaland et compagnie vous proposeront des plants élevés à l'azote (donc pleins d'eau et sujets au dépérissement rapide en cas de chaleur). De plus, et ce n'est pas rien, les variétés modernes, F1 et autres copyrightées sont beaucoup plus demandeuses en eau. N'oublions pas que ce sont des plantes adaptées et crées plus ou moins en conditions de laboratoire (sol mort donc engrais donc pesticides et flotte à gogo). Leurs semences vont garder en mémoire leur terroir et conditions de culture, donc pour la sobriété vous repasserez...
    Alors on ne le dira jamais assez : Sélectionnez vous-même vos légumes sur des critères de résistance à la sécheresse. En gros : faites-les crever de soif. Je sais c'est dur et votre résultat sera minable l'année N, néanmoins si vous récupérez les semences des survivantes, la génération d’après sera bien plus résistante au sec et votre résultat meilleur d'années en années. Vous avez sinon des semenciers bio qui respectent les plantes et leurs clients et qui travaillent avec des variétés anciennes et frugales.
  • Enfin, préférez si c'est possible les plants semés sur place car la clé de tout et en particulier de la bonne santé (donc de l'autonomie) des plantes est un bon et profond système racinaire. Le repiquage est toujours un moment de stress (d'autant si vos plants sont crevards au départ) qui va amoindrir la résistance au manque d'eau.
  • Posez-vous la question : mais, au fait... ai-je besoin d'arroser ? Homo sapiens est un être de rituel, qui fonctionne beaucoup sur des processus du style "tous les soirs, j'arrose !". Quid de l'intéraction avec son environnement ? L'observation seule peut et doit vous permettre de savoir quand intervenir. Écartez le paillage, touchez le sol : si de la terre reste collée au doigt, c'est qu'il reste de l'humidité dans votre sol. La surface sera toujours la partie la plus sèche, cela veut dire que potentiellement les plantes ne manquent pas d'eau. La couleur de la terre peux aussi vous renseigner sur son taux d'humidité. Si vos plantes se flétrissent : c'est trop tard ! vous avez raté le coche et votre production va s'en ressentir. C'est une habile et fréquente gymnastique pour jongler entre le trop et trop peu d'eau !
  • Un autre argument en faveur de la sobriété des arrosages est le fait que s'ils sont trop chouchoutées, vos légumes vont devenir fainéants. S'ils ont l'eau à foison en surface, ils ne se fatigueront pas à faire des racines en profondeur. Les "endurcir" un peu les forcera ainsi à s'autonomiser. Car si jamais la gabegie d'arrosage cesse (arrêté préfectoral par exemple ou épuisement de la ressource), ils pourront aller prospecter par eux-même en profondeur à la recherche de la fraîcheur. Sinon ils sont condamnés à sécher en surface.

Et sinon ....arrêter le potager ? Je sais c'est un peu tranchant mais 95% des plantes du jardin sont des annuelles (qui ont donc un système racinaire limité) sélectionnées pour des espaces ouverts et donc très soumis à la sécheresse. C'est un système intrinsèquement gourmand en eau. J'en parle ici et là. Les alternatives peuvent être des légumes vivaces (des systèmes racinaires très développés, donc autonomes), des plantes sauvages comestibles, et tout ce qui est arbres, arbustes et autres grimpantes. Ce n'est pas la fin des haricots, l'un n'empêche évidemment pas l'autre, mais il est bon de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, surtout quand la bise fut venue...

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