Prise de Terre

Réintroduisons l'Humain dans son milieu naturel !

­

Permaculture et effondrement : c’est la Butte finale

13 novembre 2018|

  « Dieu se rit des Hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », Bossuet « En toute chose, c’est la fin qui est essentielle. » Aristote Il y a quelques années, j’avais écrit un article (c’était l’époque où je faisais des articles courts, profitez-en) sur une vidéo de Geoff Lawton vendant ses formations en permaculture en mode survivaliste badass. Je ne critiquais pas tant le fond que la forme. Aujourd’hui, je vais m’attaquer au fond. Il est étonnant que ce sujet, il y a peu relégué aux poubelles d’internet, soit devenu mainstream depuis cet été. L’effondrement systémique global (car il s’agit de lui) s’invite dans les médias, fait parler de lui. Même le premier sinistre et son ministre de l’écologie en discutent tranquillement. Que s’est-il passé? La parution du livre de Pablo Servigne et Raphaël Stevens « Comment tout peut s’effondrer » a ouvert la voie à la « collapsologie », c’est à dire « l’étude de l’effondrement de la société industrielle » et a mis un nom, un concept derrière ce que nous sommes nombreux a ressentir et ce que beaucoup de chercheurs, écologistes, économistes envisagent et documentent depuis des dizaines d’années voire plus. Des statistiques épouvantables sur l’état de la biosphère sont apparues dernièrement (1/3 des oiseaux ont disparus depuis 30 ans dans nos campagnes ainsi que 80% des insectes, 32% des vertébrés terrestres sont en déclin, etc) qui corroborent des observations climatique surréalistes : records de chaleurs absolus en Europe du Nord, Afrique, incendies terribles en Californie, Norvège, sècheresse globale etc… A cela il faut rajouter la perspective de la fin des énergies pétrolières bon marché, des incertitudes (euphémisme) géopolitiques (migrations massives dues aux guerres, à la montée inexorable des océans), de l’imminence d’une crise économique sans précédent, etc, ETC! Je ne saurais que trop vous conseiller les livres, conférences et entretiens de Pablo Servigne, Vincent Mignerot et Gaël Giraud (pour ne citer qu’eux). Quel rapport avec la permaculture, me direz-vous? D’abord merci de la question. Je vais vous expliquer pourquoi la permaculture est née de ce sombre constat il y à bientôt 50 ans. Je vais vous expliquer pourquoi la mettre en place de façon systématique depuis le début aurais pu nous sauver de la cata ultime. Je vais aussi vous expliquer pourquoi finalement, l’heure de la permaculture viendra sans doute après, et comment elle peut va devenir la base d’une société humaine durable post-effondrement. […]

La permaculture à l’échelle d’une ferme

4 septembre 2018|

On oppose souvent permaculture et agriculture : trucs de bobos sans rapport avec le monde réel, pas « rentable », impossibilité de la développer sur de grandes surfaces, et donc de « nourrir la planète », hobby de fainéants, etc. La perma est, je le répète à l’envie, une méthode de conception de systèmes. Elle permet d’obtenir des agro-écosystèmes multiproductifs, résilients et relativement autonomes. L’intérêt est que les principes de permacultures soient universels et transposables à toutes les échelles : ce système se développe facilement dans un petit potager, voire un balcon, dans un grand jardin, sur une propriété entière sans problème. Mais quid d’un système agricole sur grande échelle? La légitimité de la permaculture repose toujours sur cette sempiternelle question : ok pour les intérêts écologiques, mais soyons pragmatiques : peut-on en vivre?? Il est temps de recréer des écosystèmes cultivés vertueux. Nous avons détruit une grande partie de la biosphère ainsi que ses services écosystémiques indispensable. Il devient une obligation morale et écologique de prendre la suite et d’obliger les exploitations, non pas à ne pas trop polluer, mais a devenir aggradantes, purifiantes et lancer un cercle vertueux de régénération des sols et de la Vie. C’est cette fameuse agriculture du carbone qui stocke au lieu d’émettre les gaz à effet de serre… Et si on sortait du cadre? Si on abandonnait 2 minutes le mot « permaculture », avec tout son contingent d’aprioris, de valeurs et de jugements. Un dogme, aussi permaculturel qu’il soit reste un dogme, donc limitant. En l’ouvrant à d’autres techniques et visions on peut aller plus loin, remplir des objectifs inédits et agrandir l’horizon des possibles en créant des synergies écologiquement vertueuses et économiquement rentables. Rapidement abordé dans mon précédent article, la conception de systèmes agricole est une branche de la permaculture très particulière en ce sens qu’elle nécessite des connaissances fines sur de nombreux aspects techniques et qu’elle met l’accent sur l’aspect économique et rentabilité de la structure. C’est sur l’exemple éclairant de la ferme du lycée agricole d’Aurillac (Cantal), premier établissement conçue de manière holistique que nous allons nous baser pour tenter de comprendre comment la permaculture peut gagner ses lettres de noblesses et enfin se réconcilier avec l’agriculture. […]

Petit élevage en perma

7 janvier 2018|

Et maintenant dans le vif du sujet! Voilà un volet de la permaculture qui est rarement mis en avant, ni traité. Première raison :  l’élevage est contraignant et complexe. C’est une (grande) responsabilité, ça vous empêche de partir en vacances et nécessite des investissements en terrain, infrastructures adéquates, soins vétérinaires, nourriture etc. Deuxième raison, l’élevage reste destiné principalement aux ruraux, même si la ville peut offrir quelques opportunités. Autre raison ne nous leurrons pas, l’objectif devient peu tendance actuellement : c’est à dire la production de protéines animales pour la consommation humaine (la viande, quoi). Comme vu précédemment, c’est un débat philosophique et sociologique important et d’actualité… Mais les animaux font intégralement partie des écosystèmes et à ce titre ont un grand nombre de fonctions fondamentales pour la bonne marche de ces derniers. Des services gratuits, renouvelables, sans jours fériés, ponts et vacances scolaires. Il serait dommage de s’en priver. Une fois de plus, l’objectif étant d’aller dans le sens de la Nature et non contre elle, on va se servir de ce modèle et l’adapter à nos besoins. Nous allons nous pencher sur le petit élevage en insistant sur les particularités et fonctions intrinsèques de chaque bébête. Je détaillerais chaque bestiole une par une, en insistant à chaque fois sur ses besoins, ses produits et les synergies possibles avec d’autres, car oui, on peut multi-étager les animaux! (Non, pas comme ça…) Chaque animal sera détaillé de manière succincte et forcément exhaustive, si vous avez des questions bien spécifiques je vous invite à aller chercher le détail… ailleurs. Merci. Nous verrons ensuite un exemple concret d’application sur une ferme existante. Je vous invite à me faire part de vos remarques, autres exemples et critiques constructives en commentaires. […]

Des vaches pour sauver la planète?

7 janvier 2018|

Comme rapidement abordé dans l’article précédent, l’élevage semble être une des causes principales des déséquilibres environnementaux du millénaire. En effet certains chiffres sont éloquents et implacables (source FAO) : le pâturage représente 26% des surfaces émergées de la planète tandis que les cultures fourragères représentent à elles seules 1/3 des surfaces agricoles! (70% de terres boisées de l’Amazonie servent aujourd’hui de pâturages, et les cultures fourragères couvrent une grande partie du reste) Environ 70% de tous les pâturages des zones arides sont considérées comme dégradées, surtout à cause du surpâturage, de la compaction des sols et de l’érosion imputables aux activités de l’élevage l’élevage serait responsable de 18% des émissions des gaz à effet de serre, plus que les transports! soit : 9% de CO2 (expansion des pâturages et des cultures fourragères), 37% de méthane (issu de la digestion des ruminants) et 67% protoxyde d’azote (issu du fumier). Ces pourcentages concernent la part anthropique des émissions 8% des utilisations humaines d’eau à l’échelle mondiale, essentiellement destinée à l’irrigation des cultures fourragères C’est la plus grande source sectorielle de polluants de l’eau -principalement déchets animaux, antibiotiques, hormones, produits chimiques des tanneries, engrais et pesticides utilisés pour les cultures fourragères, et sédiments des pâturages érodés-. Aux Etats-Unis, l’élevage et l’agriculture fourragère sont responsables de 37% de l’utilisation de pesticides, de 50% de celle d’antibiotiques, et d’un tiers des charges d’azote et de phosphore dans les ressources en eau douce La production animale a de fortes retombées sur les disponibilités en eau, car elle consomme plus de 8% des utilisations humaines d’eau à l’échelle mondiale, essentiellement destinée à l’irrigation des cultures fourragères. Ainsi on estime que pour produire un litre de lait il faut 990 litres d’eau! Chiffres chocs et sans appels… Et si on se trompait?? Si, au lieu de tirer l’écosystème global dans le mur, on pouvait utiliser l’élevage autrement, intelligemment pour lui permettre de redresser la barre? Et si le mal devenait une partie du remède? […]

De la place animale en permaculture

7 janvier 2018|

Depuis l’invention de l’agriculture, l’homo sapiens est passé d’une nourriture carnée d’origine sauvage à une origine d’élevage. Le sujet n’est pas de savoir si c’est bien ou mal, c’est un fait (un peu plus d’infos dans cet article). Le problème c’est que depuis la fin de la guerre, tout est devenu industriel et exponentiel. Les déséquilibres également. Or, depuis quelques années, des courants végétariens, végans, anti-spécistes posent les bases d’un vrai questionnement sur notre rapport aux animaux, à notre environnement et donc à notre alimentation. Si la réflexion et le débat d’idée sont toujours bénéfiques, il se trouve qu’on entend un peu tout et n’importe quoi. Car se greffent sur ces questions fondamentales beaucoup de pathos et d’anthropocentrisme. A force de vivre déconnecté de la Nature et dans un entre-soi uniquement humain, on peut facilement glisser vers des impasses, des extrémités qui deviennent contre-productives. L’objectif des trois prochains articles est de faire le point sur la place de tout ce beau monde, vue de la réalité biologique et naturelle, et de voir comment intégrer (ou pas) des animaux de manière éthique et pas forcément prédatrice dans un système en permaculture. Attention, ce billet n’est absolument pas un plaidoyer pour le carnivorisme, ni une critique du végétarisme. Il se propose de remettre ce sujet dans un contexte global, celui de la permaculture qui inclut l’animal comme un élément clef avec toute les fonctionnalités et liens qui y sont associés. Il n’apporte pas de réponse, mais se propose de participer à une réflexion dépassionnée et factuelle. Dépassionnée, hein? […]