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L'écriture de billets de blog est l'ADN de Prise de Terre  depuis bientôt 15 ans  :

 

  • articles de fonds,
  • techniques,
  • retours d'expériences,
  • réflexions, partages divers,

 

C'est une quantité non négligeable de contenus originaux, une base solide pour comprendre les fondamentaux et bien débuter en permaculture et agroforesterie. 

 

Les posts furent également le préalable à la rédaction du livre "Cultiver dans le monde de demain" !  Nous partageons également sur les réseaux sociaux, suivez-nous !

Introduction au design : la méthode BOLRADIME (3/3)

30/03/2024

Introduction au design : la méthode BOLRADIME (3/3)

Derni√®res √©tapes de notre bo√ģte √† outils pour concevoir un lieu en permaculture de A √† Z.

Nous avons donc vu dans un premier temps ce qu'on voulait (Buts), ce qu'on avait (Observation), dans un second temps la pertinence -ou pas- entre les 2 (Limites/Ressources), ainsi que différentes approches pour placer les éléments au mieux (Analyse). Voici venu le temps de poser tout ça sur le papier !

 

#6- Design

 

Vous avez le choix de l'arme : papier, logiciel informatique, c'est vous qui choisissez selon votre go√Ľt et vos connaissances.

On va √† ce stade se servir de tous les points qu'on a vu pr√©c√©demment et mettre sur papier les plus importants pour ce qui nous concerne : b√Ętiments, acc√®s, eau, existant. En gros ce qu'on a vu au stade "Observation".

Toujours mentionner l'orientation et l'échelle de votre carte !

 

Que ce soit en version papier ou numérique, les calques sont très intéressants voire indispensables pour mettre en relief des stratégies ou des flux et ne pas saturer la carte d'infos.

Par exemple si le contexte le demande, un calque spécifique sur l'eau peut être nécessaire (arrosage intégré, gros travail de distribution d'eau etc).

 

 

On peut focaliser aussi sur les flux (circulation des matériaux, des récoltes, directions, intensité), faire un focus aussi sur les zones, voire les interactions, ...

 

 

Chaque contexte déterminera les points les plus importants à mettre en exergue, ainsi que les degrés de détail.

Le travail fourni précédemment avec le zonage, la carte des secteurs et l'analyse fonctionnelle va nous permettre de commencer à placer nos éléments sur la carte de manière à ce que les besoins des uns soient remplis par les produits/fonctions des autres.

 

On peut commencer à travailler sur du global sans aller tout de suite dans les détails, qui reste un vilain défaut (que nous avons tous).

 

On dégrossi en dégageant les principales cultures et zones spécifiques sans aller dans le détail. Pour ma part je travaille de cette sorte, et ensuite je zoom sur différentes parties, avec une plus petite échelle, ce qui me permet de mettre un maximum d'information sur papier.

 

Remarque : J'insiste sur le fait de faire cet exercice à plusieurs, surtout si tout le monde est concerné par le design : famille, collectif, couple etc. L'expérience, la culture des uns et des autres va nous permettre de multiplier les points de vue, les priorités, les connaissances et les ressentis. Travailler seul est dysfonctionnel en permaculture. On favorisera toujours l'émulation collective et la co-création faisant émerger l'intelligence collective et ainsi ouvrir le champs des possibles.

 

On obtient ce qu'on appelle un plan directeur, c'est à dire la "big picture" de votre projet, en adéquation avec vos objectifs et les ressources et limites de votre terrain. Tout y est annoté, vous avez enfin le mode d'emploi devant les yeux !

A ce stade, vous allez pouvoir anticiper les diff√©rents travaux, terrassements, mise en place des structures, cl√ītures, etc... Je rappelle que le design est une planification dans l'espace ET le temps : une ventilation pr√©cise des travaux vous sera d'une grande aide, et ce, sur plusieurs ann√©es parfois. Cette derni√®re va d√©pendre des limites et ressources que vous avez r√©alis√© en amont : temps, argent, condition physique, etc.

 

#7- Implantation

 

Du petit potager en permaculture √† l'√©covillage, les travaux √† mettre en place pour la r√©alisation du design vont √™tre bien diff√©rents selon chaque contexte. Si votre projet est cons√©quent, cette phase risque d'√™tre, elle aussi, cons√©quente. Comment g√©rer les travaux dans la dur√©e, dans le bon ordre, ne rien oublier, avoir besoin de domaines qu'on ne ma√ģtrise pas, comment ne pas s'√©puiser, etc beaucoup de questions auxquelles il va falloir penser en amont des travaux en eux-m√™me. Il y a 3 points de base √† respecter :

  1. identifier les t√Ęches √† r√©aliser et les rassembler dans un plan de mise en Ňďuvre, avec une hi√©rarchisation : "first things first"

  2. préciser le temps et le budget dont on dispose

  3. prévoir un calendrier précis des travaux

 

C'est donc le moment également de se poser la question du budget : suffisant ? si non, emprunt ? revenus de la ferme ? chiffre d'affaire estimé ?

Un outil que j'aime bien explique comment arbitrer ses d√©cisions : le triangle impossible : co√Ľt/vitesse/efficacit√©. Je l'ai trouv√© dans l'excellent livre de Gr√©gory Derville "La permaculture, en route pour la transition √©nerg√©tique". Je vous le refais √† main lev√©e :

 

C'est très simple :

  • Si vous souhaitez quelque chose de gratuit, mais de bien : ce ne sera pas rapide.

  • Si vous voulez quelque chose de bien et de rapide : √ßa ne sera certainement pas gratuit

  • Et si vous d√©sirez quelque chose de rapide et gratuit : il ne faudra sans doute pas s'attendre √† quelque chose de tr√®s peaufin√©...

 

La conclusion est qu'il est impossible d'atteindre un objectif quelconque de façon à la fois rapide, efficace et peu onéreuse. Il va falloir accepter et anticiper ce fait.

Si votre budget est confortable et en cas de limites sp√©cifiques (condition physique, m√©connaissance du domaine, ou flipp√©), il est recommand√© de faire appel √† un professionnel. Ce sera un co√Ľt sans doute non n√©gligeable mais vous avez la certitude d'un travail vite et bien fait et de vous √©conomiser du temps et du stress !

 

Si le budget est insuffisant vous avez le choix pour la main d‚ÄôŇďuvre entre :

  • des chantiers participatifs, perma-blitz ou woofing. Attention, le woofing est encadr√© (inscription n√©cessaire) et les chantiers participatifs sont sous votre responsabilit√©. Renseignez-vous sur vos assurances et leur conditions g√©n√©rales. Certains sites comme Twiza regroupent les chantiers participatifs et proposent des assurances sp√©cifiques contre l'adh√©sion √† l'association. Sinon, vous avez les "coups de main" qui ne rentrent dans aucune case :)

  • des formations-actions sur votre lieu : Vous contactez un formateur pour organiser un stage sur une th√©matique pratique chez vous. Les stagiaires viennent pour apprendre, et font √©galement (installation d'une mare, de toilettes s√®ches, buttes auto-fertiles, ...). Vous apprenez aussi et b√©n√©ficiez du coup de main d√©multipli√© et du savoir-faire du formateur. Du win-win en substance.

 

Pour les fauch√©s √©galement, insister sur les mat√©riaux de r√©cup√©ration. Notre mode de vie consum√©riste implique aussi de nombreuses ressources, ne g√Ęchons pas notre joie : pneus, palettes, vieux meubles, bouteilles (√ßa sert toujours), mati√®res organiques diverses. Bill Mollison disait que la seule limite d'un permaculteur est son imagination : sortons du cadre !

 

#8- Maintenance

 

Si vous êtes arrivés jusque là, vous avez donc compris que la permaculture n'est pas un truc de feignant ! Elle consiste surtout à réfléchir (beaucoup) avant d'agir, afin que nos actions soient les plus efficaces possibles sur le court, moyen et long terme. Elle nécessite beaucoup d'investissement en amont pour limiter les dépenses ensuite.

Parce que ne croyez pas que c'est fini : bienvenue dans le temps long ! Maintenant que tout est en place, va se dérouler au fil des années les rituels nécessaires à l'entretien de ce système, caractérisé principalement par des opérations telles que :

  • d√©sherbage

  • taille

  • entretien des structures

  • paillage

  • r√©coltes

  • multiplication (semis, boutures, greffes, ...)

  • transformation des produits

  • entretien des syst√®me d'irrigation, etc.

 

L'objectif final d'un système en permaculture est que la seule maintenance soit la récolte.

Ce ne sera pas le cas mais cela doit rester notre ligne rouge. Nous allons donc tenter de trouver des stratégies pour tous les points d'entretiens vu ci-dessus.

Par exemple pour le d√©sherbage, on va √©tablir une strat√©gie de paillage ou de plantes couvre-sol syst√©matiques (√ßa marche pour limiter l'arrosage aussi). Pour la taille, on peut d√©j√† se demander si c'est n√©cessaire, ensuite √©carter suffisamment les arbres, choisir des porte-greffes moins vigoureux, etc... Pour l'entretien des structures, on peut (doit) choisir des mat√©riaux les plus durables possibles pour √©viter de refaire des bacs de culture par exemple tous les 3 ans, etc... Il existe plein de strat√©gies √† conna√ģtre, pour chaque √©tape d'entretien.

MAIS. Si votre syst√®me vient d'√™tre mis en place, tel un jeune enfant, il aura besoin de vous : arrosage, paillage, etc. Au fur et √† mesure que votre conception va prendre de l'√Ęge, toutes les synergies que vous avez pr√©alablement imagin√©es vont se mettre en place et se renforcer :

 

Les microclimats bénéfiques prévus vont s'établir durablement, les arbres se développant, de plus en plus de matière organique va retourner au sol (feuilles, brindilles, branches) et participer au mulch "naturel".

Des √©quilibres subtils vont na√ģtre, certains que vous avez con√ßus et d'autres (pour la plupart) totalement in√©dits gr√Ęce √† la biodiversit√© qui va s'accro√ģtre toujours un peu plus chaque ann√©e.

Et, effectivement cette masse de travail du d√©but va lentement mais s√Ľrement se r√©duire d'ann√©es en ann√©es... Un syst√®me en permaculture, car bas√© principalement sur des v√©g√©taux p√©rennes et √† croissance lente, va mettre entre 15 et 20 ans pour atteindre la maturit√©.

Alors un truc de feignants, oui, mais qui voient à long terme : Bienvenue dans le temps de la Nature.

 

Remarque : Dans notre société hors-sol et hygiéniste, on privilégie ce "qui fait propre". Or, cette notion est purement culturelle, ce qui impose une déconstruction profonde et qui n'est pas évidente mais simplement vitale pour laisser de la place aux autres vivants non-humains.

 

#9- √Čvaluation

 

Votre conception est un système dynamique, inclusif et adaptable. Rien n'est gravé dans le marbre et vous pouvez, de manière quotidienne, ou formellement annuelle vous posez cette question : est-ce que mon système est équilibré ? Des manques (eau, matières organiques, productions, ...) ainsi que des surplus (productions, pollutions, trop de travail, ...) indiquent un déséquilibre : votre conception doit être remaniée. Si les besoins des uns ne couvrent pas de façon optimale les besoins des autres, l'éthique de la permaculture n'est pas remplie.

De plus, votre contexte ne cesse de changer : socialement, professionnellement, le climat, les besoins, problème de santé, naissance, etc... il faudra donc repenser votre design. N'oubliez pas que c'est un processus qui n'a pas de fin ! Comme expliqué dans le premier chapitre, l'équilibre est un objectif mais pas une fin, car il n'existe pas !

 

Conclusion

 

Le processus de design peut sembler long et fastidieux. Mais nos habitudes impatientes et interventionnistes ainsi que notre inculture du fonctionnement du vivant nous pousse trop souvent à faire des erreurs que l'on paye parfois durement. Les projets en permaculture sont très souvent des projets de vie avec une dimension émotionnelle forte due à des réflexions profondes sur le sens, les valeurs, sur un futur terrifiant qu'on veut apaiser, un patrimoine sain et nourricier qu'on veut laisser à ses enfants, etc. Tout est là pour qu'un ratage se transforme en drame personnel, mais aussi familial ou collectif.

Qu'on le veuille ou non, cela fait d√©sormais plusieurs g√©n√©rations que nous sommes d√©connect√©s, que nous avons perdu beaucoup de connaissances, d'exp√©riences et une certaine forme de bon sens. La conception en permaculture est une bo√ģte √† outil pour retrouver ce bon sens.

 

C'est un travail de longue haleine qui met tous les atouts de votre c√īt√© pour un futur souhaitable, √ßa vaut peut-√™tre le coup de s'y pencher, non ?

C'est aussi un chouette moyen de co-créer à plusieurs, famille, amis, co-propriétaires, voisins dans la joie et la bonne humeur !

 

Introduction au design : la méthode BOLRADIME (2/3)

30/03/2024

Introduction au design : la méthode BOLRADIME (2/3)

Après avoir entamé le processus de design aux étapes B (buts) et O (Observation), nous allons continuer à faire le focus du global au détail.

Nous avons vu ce que nous voulions (Buts, objectifs), et commencé à faire l'inventaire de ce que nous avions sur place (Observation). Il nous reste à approfondir désormais les points limitants et positifs de notre projet, et commencer à en faire une critique constructive et proactive.

 

#3- Limites

 

 

Cette étape se vit en miroir avec celle qui suit, les ressources.

Nous allons mettre l'accent sur ce qui risque de poser soucis, non pour se morfondre mais pour anticiper des stratégies et des ajustements nécessaires. Il vaut toujours mieux lever les loups et gérer les problèmes et déséquilibres en amont, pas une fois que le projet est réalisé ou en cours !

 

Les limites à définir peuvent être matérielles :

  • limites du terrain : bornes, murs, ruisseau, ...

  • surface du terrain : trop vaste (grave), trop petit (moins grave)

  • forme du terrain : morcel√©, encaiss√©

  • topographie : trop plat, trop pentu

  • voies d'acc√®s : plus ou poins pentues, mal carross√©es, acc√®s difficile, ....

  • localisation : ville/campagne/tr√®s peupl√©/d√©sert

  • le voisinage : pollution visuelle ou sonore, voisins et √©lus locaux peu accueillants et coop√©ratifs. Nous verrons que le voisinage peut (doit) √™tre √©galement une ressource riche.

  • risques naturels

  • sol, climat difficile

  • etc

 

Les limites peuvent (et sont) tout aussi bien immatérielles en ce qui concerne l'environnement :

  • r√®glementation (zones ZNIEFF, b√Ętiments de France, terrain militaire, etc).

  • contexte √©conomique d√©favorable (pas ou peu d'emplois, de richesses, √©loignement des centres urbains, ...)

 

Mais aussi (et surtout) le(s) porteur(s) de projet :

  • sant√©, capacit√© physique, √Ęge

  • exp√©rience, formation

  • temps √† consacrer au projet (travail √† temps plein, obligations familiales, associatives etc)

  • nombre de personnes pour r√©aliser et entretenir le syst√®me

  • budget. Si faible, il va falloir vous organiser diff√©remment et partir de la conclusion que √ßa va prendre plus de temps...

  • d√©termination et pugnacit√©. Pourquoi on n'utilise plus assez ce mot d'ailleurs ?

 

Cet inventaire à la Prévert des catastrophes potentielles est un gros morceau, pas le plus sympa mais tellement INDISPENSABLE. Point de négativité gratuite, ici on tente de sortir du rêve et de se frotter à la réalité du terrain et à la notre. Et de voir si les deux sont compatibles.

Anticiper les problèmes va vous permettre de faire le tri sur les limites surmontables et celles qui ne le sont pas, ou alors contre une forte dépense d'énergie et/ou d'argent. Et in fine se poser les bonnes questions, du style : "est-ce que ça vaut le coup ?", pour vous interroger sur vos objectifs pour éventuellement les redéfinir, les adapter ou carrément changer de projet ou de lieu. Pour un projet de vie personnel mais surtout collectif ou familial, on ne peut décemment pas en faire l'économie (prendre soin de l'Humain, toussa).

 

#4- Ressources

 

 

MAIS, l'autre face de la m√©daille c'est que vous regorgez aussi de ressources personnelles, et sur le lieu. Et il est int√©ressant de les lister car elles repr√©sentent tout ce qui peut vous aider dans votre projet 

 

Comme les limites, elles peuvent être matérielles :

  • ressources en eau : puits, source, ruisseau

  • arbres fruitiers

  • biodiversit√© forte

  • sol de tr√®s belle qualit√©

  • b√Ętiments existants et utilisables

  • acc√®s nombreux et en bon √©tat

  • etc

 

Et toujours aussi immatérielles :

  • connaissances et savoir-faire

  • capacit√©s physiques

  • du temps √† consacrer au projet

  • voisinage : amical et aidant (agriculteurs donnant du fumier, mamie d'√† c√īt√© qui fait des confitures ou donne des Ňďufs, etc). Le tissu social local est fondamental dans la r√©silience et la survie √† long terme de votre projet. Mais, telle une petite plantule, ce n'est qu'en en prenant soin et en l'arrosant r√©guli√®rement qu'elle pourra pousser et grandir durablement. C'est aussi votre travail.

  • budget cons√©quent (emprunt, capital disponible, etc)

  • tissu local associatif, militant et actif

  • etc

 

Comme dans la partie "limites", cet inventaire (positif cette fois !) va nous permettre de redéfinir notre projet à l'aune des potentialités présentes : rajouter des éléments, des objectifs, actualiser à la baisse certains temps de travaux, regagner confiance.

 

#5- Analyse

 

Rappel : A ce stade, on sait ce qu'on veut (Buts), on sait ce qu'on a (Observation), on conna√ģt nos points de vigilance (Limites) et nos atouts (Ressources).

On a donc une quantité d'informations importante à traiter. La phase d'Analyse va nous permettre d'utiliser tous ces datas pour organiser au mieux un système cohérent entre nos objectifs, nos moyens et le site. Et de placer (enfin) les éléments à leur place définitive.

 

  • la carte des secteurs : comme d√©j√† vue au chapitre pr√©c√©dent, elle compile beaucoup d'informations sur le lieu et surtout sur les flux qui le traverse (soleil, vents, air froid, eau, mais aussi bruits d√©rangeants, c√īnes visuels √† favoriser ou au contraire √† cacher, etc). Elle est d√©j√† une ressource tr√®s importante qu'il faudra utiliser pour placer nos √©l√©ments (ou non d'ailleurs).

  • le zonage :

 

 

La permaculture est un outil d'optimisation énergétique. Or, la première énergie que l'on injecte dans le système, ce sont nos simples déplacements et par ricochet ceux des matières et des flux.

 

Prenons l'exemple du poulailler. On sait qu'√† priori on va y aller 2 fois/jour (pour ouvrir/fermer et ramasser les Ňďufs). Si le poulailler n'est qu'√† 5 m√®tres de la maison, cela repr√©sente (5x4)x365 = 7,3 km/an. Si on l'a plac√© plus loin, mettons 15m (ce qui n'est pas encore √©norme), on arrive d√©j√† √† presque 22 km !

Ça marche aussi avec le volume horaire : s'il est à 10 secondes de la maison, cela représente environ 4 heures annuellement et près de 12h/an s'il est à 30 secondes de marche !!

 

Et ce qui est bon pour le poulailler l'est pour tout le reste : potager, compost, verger et animaux divers etc... Attention à ne pas s'épuiser et rester dans la 1ère éthique "Prendre soin de l'Humain" ...

 

On va donc créer une typologie de "zones" inversement proportionnelles à l'intensité énergétique que l'on va y mettre (et donc à la proximité de la maison), voir figure ci-dessus.

Je le développerais bien plus dans un prochain article. C'est une base en permaculture qui passe souvent à la trappe alors que c'est un outil puissant et très intéressant pour l'organisation spatiale et la stratégie globale du système...

 

    • L'analyse fonctionnelle

 

L'objectif du design, comme l'expliquait Mollison, est de "boucler la boucle" : faire que les besoins de certains éléments soient remplis par les besoins des autres, créer un système "fermé" le plus autonome avec le moins d'entretien et de maintenance possible.

Il faut donc pour cela déterminer pour chaque élément ses besoins et ses produits/fonctions et voir ensuite quel autre élément pourra remplir ses besoins ou utiliser ses produits.

 

Exemple classique avec la poule, le couteau-suisse du permaculteur :)

 

 

Cet exercice peut/doit √™tre fait pour tous les √©l√©ments et ainsi les interrelations vont appara√ģtre d'elles-m√™me.

 

NB : Les √©l√©ments √† mettre en place d√©pendent bien s√Ľr de vos objectifs, de votre lieu et de l'utilisation que vous en faites. N√©anmoins, voici des √©l√©ments de base que l'on retrouve tr√®s souvent : la maison, le poulailler, la serre, le potager, le compost, verger, la mare, etc.

 

Une fois que l'on a repéré par des flèches les éléments qui remplissent les besoins des autres par leurs produits ou fonctions, on a une vision claire de ceux qu'on doit mettre ensemble, ou le plus près possible pour que les synergies soient les plus efficaces. C'est très net pour des éléments comme le poulailler, la serre, le potager.

 

Exemples :

=> si l'on décide d'utiliser la fumure des poules pour le jardin, on placera le poulailler le plus près possible (pas dedans !!)

=> on peut utiliser une partie de la serre comme abri pour les poules

=> on peut décider de placer le composteur dans la serre également (accélération du compostage, ressources nombreuses, et pourquoi pas utilisation des vers de terreau pour nourrir les poules, etc...

=> on peut décider d'utiliser l'eau de récupération de la serre pour les poules, l'arrosage ou même stockage dans la serre également pour de l'inertie thermique, etc.

 

Les informations données par le zonage, la carte des secteurs et l'analyse fonctionnelle nous permettent d'avoir un cadre dans lequel il ne nous reste plus qu'à nous amuser, imaginer des stratégies. Je vois toujours cela comme un jeu de de réflexion, un puzzle biologique !

 

Conclusion 

 

  1. on sait ce qu'on veut

  2. on sait ce qu'on a (avantages et inconvénients)

  3. on sait o√Ļ placer les choses

  4. ne reste plus qu'à le formaliser par un plan, un "design" et entrevoir le futur. Mais ça, c'est pour le prochain article ;)

Introduction au design : la méthode BOLRADIME (1/3)

30/03/2024

Introduction au design : la méthode BOLRADIME (1/3)

Le terme "Design" est un anglicisme difficile à traduire en français. En effet son sens premier est "dessin" comme en français : " Le but premier du design est d'inventer, d'améliorer ou de faciliter l'usage ou le processus d'un élément ayant à interagir avec un produit ou un service matériel ou virtuel". Mais son deuxième sens, inexistant en français est également "dessein" : l'objectif sous-jacent du dessin, ce qu'on cherche à obtenir. C'est pour cette raison que le terme "design", bien que pompeux reste le plus juste à ce jour pour définir la conception en permaculture. Pour les anglophobes, on peux rester sur cette dernière traduction.

Apr√®s avoir d√©velopp√© l'objectif de la conception en permaculture ainsi que les patterns de fonctionnement du vivant, nous allons voir ensemble une m√©thodologie simple et efficace. Il y en a plusieurs, cette derni√®re me semble la plus simple et la plus compl√®te. Cela pourra parler √† certains d'entre vous car c'est l'adaptation d'une strat√©gie de management de projet bien connue. Bienvenue dans le cŇďur de la permaculture...

J'ai préféré scinder cet article en 3 pour une meilleure digestion : bon appétit !

 

La stratégie BOLRADIME

Sous cet affreux acronyme se cache une m√©thodologie qui va vous permettre de cr√©er un √©cosyst√®me humain r√©silient et productif, o√Ļ les besoins des uns sont remplis par les produits ou fonctions des autres, un syst√®me le plus autonome possible, productif et r√©silient, fournissant des services √©cosyst√©miques et augmentant la biodiversit√©. On trouve parfois des variantes, car cette m√©thode est r√©guli√®rement utilis√©e, test√©e et am√©lior√©e par des permaculteurs du monde entier.

 

#1- Buts, objectifs :

Certaines méthodes (je pense en particulier à OBREDIM) sont intéressantes mais j'ai toujours eu une impression de manque, de "pas fini" jusqu'à ce que je découvre BOLRADIME et que je comprenne qu'il manquait justement le plus important : l'objectif de son design. Et ça change tout.

En effet : qu'est-ce que je veux ? Quels sont mes rêves, mes objectifs ? Se passer de cette question c'est être à peu près certain de se planter dans son design ou alors faire une conception centrée sur le lieu et pas sur les habitants du lieu.

Or je rappelle à toutes fins utiles que l'objectif de la permaculture est de créer un écosystème humain. La Nature en tant que telle n'a pas besoin de design, merci pour elle, en revanche l'homo sapiens qui habite le lieu, oui. Je reste toujours émerveillé par cette disposition de certains permaculteurs à faire un processus de design sans objectifs définis...

On peut commencer par la Vision, le rêve : l'idée générale, sans pour l'instant de chiffres ou de calendrier précis :

  • cr√©er un havre pour la biodiversit√© sauvage

  • cr√©er une ferme-√©cole

  • monter un projet d'autosuffisance vivri√®re familiale

  • devenir mara√ģcher en permaculture

  • faire un √©levage extensif de h√©rissons √† paillettes ou de licornes √† pois verts.

  • etc

Maintenant pour aller plus loin, il nous faut un maximum d'informations complémentaires qui nous permettrons d'affiner plus tard nos exigences de design. En effet, vos objectifs doivent être SMART (acronyme DANS l'acronyme) :

  • Sp√©cifiques : focalisez-vous sur un objectif principal au lieu de vous noyer dans pleins de sous-objectifs surnum√©raires. Cela vous aidera √† avancer plus vite et prioriser.

  • Mesurables : autant que faire ce peut, on doit pouvoir donner les chiffres de ce qu'on souhaite avoir : d√©gager 20000 euros/an de CA, obtenir 75% d'autonomie alimentaire, etc.

  • Accept√©s par tous : on ne compte plus les couples qui explosent ou les collectifs qui fondent comme neige au soleil parce que le projet final n'√©tait pas clair pour tout le monde d√®s le d√©part ! Les tenants et les aboutissants n'ont pas tous √©t√© explicit√©s, il y a eu des non-dits, des suppositions, voire des oublis... De l'importance d'une transparence totale d√®s le d√©part, d√®s l'id√©e m√™me...

  • R√©alistes : non, l'√©levage extensif de h√©rissons √† paillettes ou de licornes √† pois verts n'est pas r√©aliste, d√©sol√©.

  • Inscrits dans le Temps : En combien d'ann√©es puis-je atteindre mon/mes objectifs ? Il peut √™tre int√©ressant ou n√©cessaire d'effectuer une ventilation des travaux sur plusieurs ann√©es, avec un ou des objectifs compl√©mentaires tous les ans. Le Design est une planification dans l'espace et dans le temps. Fini le jour-le-jour, nous planifions d√©sormais sur le temps long.

 

A l'issue de cette première partie, vous êtes capables de décrire de manière chiffrée et étalée dans le temps précisément votre objectif personnel ou collectif. A partir de maintenant on peut sortir du brouillard et avancer dans une direction bien précise.

 

 

#2- Observation :

Un autre GROS morceau, peut-être le plus gros.

En permaculture, on part du principe qu'on va adapter nos projets et envies √† notre biotope. Et pas le contraire. √áa peut sembler √©vident, et pourtant .... Comme l'id√©e n'est pas de g√©rer des d√©s√©quilibres ou de la pathologie v√©g√©tale parce que rien n'est adapt√© au contexte, on va donc apprendre √† conna√ģtre pr√©cis√©ment ce contexte pour voir si nos objectifs sont d√©j√† coh√©rents avec notre terroir #bonsens

 

On dit qu'il faut minimum 1 an d'observation avant d'effectuer la moindre action. En effet, il est de bon ton d'avoir fait le tour du cadran annuel pour pouvoir conna√ģtre son lieu sous toutes les saisons : des zones humides et ombrag√©es insoup√ßonn√©es peuvent appara√ģtre en saison froide, ou des zones tr√®s (trop) s√®ches se laisser d√©couvrir inopin√©ment.

Cette p√©riode permet aussi de se familiariser √† son lieu, apprendre √† se conna√ģtre mutuellement, distinguer des zones sp√©cifiques, conna√ģtre ses voisins et co-habitants non-humains, reconna√ģtre les ressources et les limites de son lieu.

 

Différents types d'observations, complémentaires et antagonistes :

  • l'observation analytique : tenter de comprendre, lister, d√©tailler, se documenter, analyser le sol, le climat et toutes les interactions potentielles ou existantes.

  • l'observation sensible : marcher lentement sur le terrain, se contenter d'accueillir les sensations de froid, de chaud, de vent, de bruit, la duret√© du sol, etc. En d√©connectant le mental, en misant tout sur le ressenti, on obtient des informations in√©dites qui nous serviront pour le design.

 

Bien reprenons maintenant le contr√īle de notre mental :)

Voici un principe de permaculture utile et fondamental pour ne pas se perdre dans les observations : partir du global pour aller au détail.

Le global ça peut être une photographie aérienne, une carte à petite échelle (donc grand angle), qui va nous donner les influences les plus macroscopiques pour aller de plus en plus vers le terrain, jusqu'à l'analyse fine du sol et des interactions les plus infimes. Ce principe nous permet de ne pas nous perdre dans les points à lister et nous donne une ligne à suivre.

 

Voici une liste des √©l√©ments fondamentaux qu'il vous faut conna√ģtre sur votre lieu, du global en focalisant ensuite sur les d√©tails :

 

  • la zone climatique. Il en existe plusieurs, ont utilisera pr√©f√©rentiellement le classement USDA. Ces zones de rusticit√© sont pertinentes pour notre bior√©gion temp√©r√©e o√Ļ elles se r√©v√®lent efficaces dans de nombreuses situations car c'est souvent les basses temp√©ratures d'hiver qui conditionnent la possibilit√© de cultiver un v√©g√©tal en ext√©rieur. De l'int√©r√™t de conna√ģtre les temp√©ratures minimales et non moyennes.

  • Ce classement ne prend pas en compte les influences climatiques, capables de modifier le premier diagnostic ci-dessus : altitude, influence continentale, oc√©anique, vents dominants, proximit√© de grandes quantit√© d'eau (lac, fleuve) etc.

  • on affine le topo climatique, avec des donn√©es m√©t√©os, des informations chiffr√©es r√©cup√©r√©es sur diff√©rents sites. Un maximum d'infos ici avec la possibilit√© de croiser et de comparer les datas (pratique pour voir l'√©volution du climat). Attention aux vents dominants, ils peuvent changer au cours de l'ann√©e et avoir des actions diff√©rentes selon l'ann√©e (dess√©chant/humide/chaud/froid). M√©t√©ofrance fait bien le job aussi (mais payant). Au niveau pluviom√©trie, ce n'est pas tant la pluviom√©trie annuelle que sa r√©partition sur l'ann√©e qui nous int√©resse. Par exemple il pleut √† peu pr√®s autant chez nous dans le cantal qu'en Bretagne. En revanche la r√©partition est totalement diff√©rente (nous avons d√©sormais des saisons tr√®s s√®ches et d'autres tr√®s humides alors qu'en Bretagne √ßa se lisse plus sur l'ann√©e). Ce qui change TOUT au niveau des strat√©gies que l'on va mettre en place.

  • Au croisement de global et du d√©tail se trouve la topographie. En effet, l'exposition va nuancer plus ou moins les observations faites plus haut : exposition nord/sud, exposition aux vents froids/chauds. Le pourcentage de pente va aussi grandement influencer le cycle de l'eau sur le terrain : ruissellement au lieu de l'infiltration, syst√®me d√©gradant/syst√®me aggradant.

  • L'eau, point le plus important. Sa pr√©sence/absence, sa nature, son d√©bit va conditionner tout ce que vous allez mettre en place en terme de culture et de gestion. O√Ļ entre l'eau sur mon terrain ? O√Ļ repart-elle ? Combien de ressources en eau ? Nature ? (source, r√©cup√©ration d'eau pluviale, r√©seau, ...). Qualit√© potable, potentiellement pollu√©e, impropre √† la consommation, etc.

  • A ce point, on peut commencer √† r√©aliser une analyse des secteurs pour poser certains points d√©j√† vus plus haut. C'est une vision globale du lieu avec les informations contextuelles les plus pr√©cises possible, avec un focus sur les flux : zones climatiques, c√īnes visuels, acc√®s, r√©seau hydrographique, course du soleil l'√©t√© et l'hiver (pour mettre l'accent sur les zones d'ombres) et toute information qu'il peut √™tre judicieux de valoriser. Ci-dessous, l'exemple de la ferme des Escuroux :

 

 

  • Le sol : pH (acidit√© ou alcalinit√©), profondeur, texture (pourcentage de limons, argiles, sables), structure (caract√©rise la richesse organique de son sol), nature de la roche-m√®re.

  • V√©g√©taux et groupes floristiques existants : la recherche des plantes bio-indicatrices va compl√©menter et pr√©ciser √† merveille les informations que nous avons d√©j√† : richesse du sol, fraicheur (ou pas), acidit√©, profondeur, richesse organique et/ou min√©rale etc...

  • Les acc√®s : Ils sont la colonne vert√©brale de votre futur syst√®me, l√† o√Ļ circulent mat√©riaux, √©nergies, humains, r√©coltes etc. Ils vont donc conditionner le zonage de votre terrain. Ils peuvent √™tre existants, √† am√©liorer, ou totalement √† refaire si votre syst√®me est profond√©ment diff√©rent de l'existant de base.

  • Les b√Ętiments : en g√©n√©ral on est oblig√© de faire avec, ils peuvent √™tre une ressource tr√®s importante : stockage, lieu de vie, d'√©levage, r√©cup√©ration des eaux pluviales, cr√©ation de micro-climats, culture sur les toits why not, etc.

Voici la première partie de votre travail. Elle permet de poser le plus important : ce qu'on veut et ce qu'on a. Nous allons voir dans un deuxième chapitre la pertinence entre ces deux points et donc la pérennité de votre projet sur ce lieu.

 

Le retour au saltus 2/2

30/03/2024

Le retour au saltus 2/2

Cette hyper fertilit√© (mati√®res organiques, min√©raux, associations microbiennes et fongiques) pr√©sente sur place est conditionn√©e par la pr√©sence d'un couvert forestier √† un stade suffisamment avanc√©. La disparition de la Silva va entra√ģner une crise de cette fertilit√©. Les hommes ont mang√© leur pain blanc et vont devoir mettre en place des transferts de fertilit√© artificiels, cr√©er de nouvelles strat√©gies pour retrouver la possibilit√© de cultiver leurs plantes annuelles dans de bonnes conditions.
A partir de l'antiquit√© on va d√©finir 3 typologies de territoires agricoles. H√©rit√©e des romains (qui l'ont peut-√™tre h√©rit√© des gaulois, tr√®s bons agriculteurs), cette nomenclature a profond√©ment marqu√© le territoire rural et est √† la base de cette nouvelle strat√©gie agricole post-br√Ľlis :

  • l'ager : les zones cultiv√©es √† proprement parler : c√©r√©ales, l√©gumineuses. Ce sont des zones ouvertes, principalement labour√©es. La fertilit√© doit √™tre import√©e car on est en d√©but de succession √©cologique (retour √† la tabula rasa) et tout est export√© pour l'Homme

  • le saltus : zones peu ou pas exploit√©es. Il comprend les prairies permanentes et tout un patchwork de zones semi-naturelles avec une dominance bois√©e : pr√©-vergers, ripisylve, haies, bandes enherb√©es, broussailles, zones humides etc... C'est principalement le lieu du pacage, l'Homme laissant au b√©tail le soin d'entretenir le saltus

  • la silva : la for√™t sauvage ou exploit√©e.

    C'√©tait autrefois la silva qui avait le r√īle de production de la fertilit√© pour l'ensemble du syst√®me. Ce r√īle est d√©sormais d√©volu au saltus, laiss√© en p√©riph√©rie de l'ager et dans les zones moins productives. La biomasse produite par le saltus est valoris√©e par les animaux domestiques et transf√©r√©e sous forme de fumier soigneusement collect√© et √©pandu dans les champs cultiv√©s constitutifs de l'ager. C'est l'√©l√©ment fondamental du bon fonctionnement des syst√®mes de polyculture-√©levage.
    Ce nouveau système, en plus des techniques de l'araire (premier pré-labour) de la jachère (historiquement, une succession de travaux du sol pour préparer les semences d'automne) va permettre de mettre au point des stratégies agricoles innovantes et diversifiées. Il nécessite néanmoins de l'organisation fine et surtout beaucoup plus de travail que les premières formes d'agriculture, car les transferts de fertilité ne sont plus passifs et doivent être mis en place artificiellement (sans compter la désormais prévalence des céréales et leur cortège de travail du sol).
    Il nécessite donc le maillage d'un saltus diversifié et productif sur tout le territoire et d'une gestion fine des fumures.
    Ce dernier n'est pas qu'une source d'alimentation du b√©tail, il est multiproductif par essence : fruits, petits fruits, fruits √† coques, arbres √† fourrage, petit bois de chauffage et offrira les services √©cosyst√©miques que l'on conna√ģt bien maintenant : protection bioclimatique, lutte contre l'√©rosion, source de fertilit√© en terme de mati√®re organique et de carbone, g√ģte et couvert pour toute une faune auxiliaire, corridor √©cologique, ...

 

 

Le Saltus, nouvelle variable d'ajustement de l'ager

 

  • L'Ager est principalement situ√© d√©sormais dans la partie nord de la Loire : Beauce, Picardie, Champagne,...

  • Le plus gros de l'√©levage se situe plut√īt vers la Bretagne

  • Le reste de polyculture-√©levage et d'exploitation de la for√™t se trouve majoritairement au niveau des massifs.

  • Et sinon on nourrit aussi du b√©tail avec du tourteau de soja argentin...

    On a donc un syst√®me d√©structur√©, ou les transferts de fertilit√© n√©cessaires pour des agro-√©cosyst√®mes artificiels sont d√©sormais impossibles. Un syst√®me totalement d√©ficitaire qui co√Ľte bien plus cher √† entretenir et r√©parer ses cons√©quences que ce qu'il rapporte. En effet, les cycles des √©l√©ments √©tant bris√©s, on g√®re tout √† tour les exc√®s (engrais azot√©s, effluents d'√©levage, pesticides) et les manques (mati√®re organique, eau, vie du sol)
    L'agriculture moderne est une impasse car il lui manque l'élément fondamental de tout système productif naturel qui boucle les cycles de nutriments de manière autonome : l'Arbre.

 

Le retour au Saltus

 

 

Résumons :

Dans le contexte des chasseurs-cueilleurs, les zones ouvertes, fermées sont réparties irrégulièrement sur le territoire car entretenues par le bétail sauvage. Il faut donc marcher pour trouver des écosystèmes différents. En revanche la fertilité due à la présence arborée est omniprésente.
Dans le contexte des premiers cultivateurs n√©olithiques, les diff√©rentes typologies d'espaces sont cr√©es artificiellement par le feu et r√©parties r√©guli√®rement. La fertilit√© est abondante et ne demande pas de travail de transfert. A la limite que les rotations soient assez longues... Dans ce cas, c'est la silva qui domine, le saltus forme des mosa√Įques de paysages plus ou moins referm√©s car il remplace rapidement un ager fugace de quelques ann√©es.
Dans le nouveau contexte agricole h√©rit√© de l'antiquit√©, c'est donc le saltus qui joue le r√īle de transfert de fertilit√© car il est omnipr√©sent √† la p√©riph√©rie des champs cultiv√©s (ager, mais vous l'aviez devin√©) et multiforme (haies, bocages, friches, zones humides, etc...).
Actuellement, tout le système est éclaté : ager prépondérant, saltus détruit, silva reléguée à des reliques résiduelles. Et au sein même de l'ager, les productions qui pourraient éventuellement être dans une certaine synergie (élevage/culture) sont éclatées sur le territoire.

La vie de chasseurs-cueilleurs n'est plus possible ni souhaitable, la culture sur br√Ľlis est d'un autre temps et globalement un bon g√Ęchis. L'ancien syst√®me ager/silva/saltus n'√©tait finalement pas mauvais mais comment l'adapter √† des contextes et des moyens de production qui ont totalement chang√©s ? Comment optimiser les intrants et l'√©nergie inject√©e pour que le syst√®me demande (beaucoup) moins d'effort qu'autrefois?

En pleine crise environnementale, alimentaire et même philosophique, on se pose beaucoup de questions car il faut bien avouer que notre mode de culture détruit notre environnement (parallèle intéressant qui est que ce que nous mangeons nous tue également). Des recherches, des expérimentations sont menées pour trouver des remèdes urgents. On redécouvre les fonctions écosystémiques des arbres, des champignons, le fonctionnement des sols, le cycle de l'eau et les cycles biogéochimiques faisant marcher tout cela. Dans une certaine mesure on redécouvre aussi nos fondamentaux alimentaires...

Des solutions semblent alors émerger d'elles-même et fournissent beaucoup d'espoir pour l'avenir :

  • agroforesterie,

  • cultures p√©rennes,

  • haies multi-√©tag√©es

  • for√™t-jardin

Ça ne vous rappelle rien?

L'humain est en train de réinventer les concepts agricoles qui l'ont fait vivre pendant des millénaires alors même que ce qu'il tient comme la norme est un clignement de paupière à son échelle.

 

Et la permaculture dans tout cela?

 

Elle en est l'essence m√™me. Elle porte √† bout de bras toutes ces techniques car elles sont la base d'une soci√©t√© humaine durable, telle que l'a √©t√© la n√ītre pendant des lustres.

Elle est en fait le plan de montage, l‚Äôav√®nement d'un saltus optimis√©, tr√®s productif et... omnipr√©sent. Gr√Ęce au design, la conception permaculturelle permet de cr√©er un maillage synergique de structures p√©rennes productives. Elle n'exclue pas l'ager, mais n'en fait pas le centre du syst√®me. Elle r√©√©quilibre les 3 composantes fondamentales de ce qu'est un v√©ritable syst√®me agro-sylvo-pastoral.

Car la silva n'est pas oubli√©e, c'est notre fameuse zone 5 en permaculture. Elle fait m√™me partie int√©grante de la conception d√©s le d√©part. Son influence doit √™tre importante sur tout le syst√®me, dans toutes les zones gr√Ęce √† des corridors √©cologiques et autres haies productives.

Loin de réinventer la roue, ou d'être au top de la modernité, la permaculture telle que la décrit ses concepteurs Mollison et Holmgren, s'inspire des sociétés traditionnelles et des dernières découvertes en biologie, botanique, pédologie, bioclimatisme etc.

Elle est une synth√®se de ce qui a √©t√© fait, un pont entre le pass√© et le pr√©sent, avec un go√Ľt certain pour un avenir d'abondance. Car le d√©fi qui nous est donn√© aujourd'hui, c'est de faire rapidement une transition vers des m√©thodes d'alimentation vertueuses, locales et diversifi√©es avant que l'agriculture industrielle ne finisse d'emporter la plan√®te dans le gouffre. Car √† ce moment l√†, nous ne pourrons plus compter sur une Nature riche et abondante pour nous sauver. C'est la contre partie de l‚Äôanthropoc√®ne...

 

Sources :

https://espacepolitique.revues.org/1495

courrier de l'environnement de l'INRA, n¬į57, juillet 2009

"Histoire des agricultures du monde. Du Néolithique à la crise contemporaine", Marcel Mazoyer et Laurence Roudart, Seuil, Paris, 1997 (rééd. 1998, 2002)

"Agriculture de régénération", Mark Sheppard, édition Imagine un colibri, 2016

Le retour au Saltus 1/2

30/03/2024

Le retour au Saltus 1/2

Ce texte est issu de recherches et de questionnements personnels sur une question qui me taraude quasi-quotidiennement, concernant le rapport à notre environnement et sur l'agriculture plus précisément : "comment diable en est-on arrivé là ?". Comment les processus de fabrication de notre alimentation déséquilibrée peuvent-ils être néfastes à ce point pour la biosphère? Pourquoi le simple fait de produire une céréale annuelle demande-t-il autant d'énergie et procure-t-il autant de désagréments biologiques, mais aussi économiques et sociaux ?

Notre syst√®me agricole (comme le reste de la soci√©t√© d'ailleurs) est un clignement d‚ÄôŇďil √† l'√©chelle de l'Humain. Ce qu'il tient pour acquis et la norme ne le nourrit pourtant que depuis quelques si√®cles en regard de ces millions d'ann√©es de chasse et de cueillette. Et au vu des r√©sultats ce syst√®me ne le nourrira plus bien longtemps.

En se penchant sur le passé on peut tenter d'entrevoir le déroulement à travers le temps et l'espace du fil de cette grande Histoire de l'agriculture. Une histoire qui se perd dans les brumes des grandes forêts hercyniennes pour finir dans les sols morts de nos grandes cultures. Le recul et la causalité permettent de mieux comprendre comment, de l'état de Nature, l'humain est arrivé à détruire son propre environnement pour pouvoir perdurer en tant qu’espèce.

Une esp√®ce amn√©sique qui a v√©cu de longue p√©riodes dans des conditions drastiquement diff√©rentes de ce qu'elle tient pour immuable aujourd'hui. Nous allons voir que les bribes de cette m√©moire peuvent nous permettre d'imaginer des solutions pour perdurer durablement cette fois dans le futur, en allant dans un sens que nous n'aurions jamais d√Ľ cesser de suivre, celui de la Nature. Et il se trouve que ces solutions √©mergent de plus en plus d'elles-m√™me en ce moment, un "pont" temporel qui nous fera peut-√™tre retrouver notre place au sein des √©cosyst√®mes...



"Nous sommes faits par d'autres et par de plus anciens que nous" Pascal Quignard

 

 

Un paysage paléolithique

 

L'id√©e que la quasi-totalit√© de la surface europ√©enne √©tait couverte il y a 10000 ans de for√™ts sombres et imp√©n√©trables reste √† nuancer. En effet les rares lambeaux de cette for√™t primordiale dite "vierge" demeurent principalement en Pologne, √† Bialowieza et offrent un regard in√©dit sur la for√™t : des espaces relativement ouverts, riches en sous-√©tages et clairi√®res avec beaucoup de bois morts. L'on oublie souvent que nos √©cosyst√®mes forestiers n'ont pas toujours √©t√© ce qu'ils sont aujourd'hui, c'est √† dire des milieux morcel√©s, d√©grad√©s, pauvres en biodiversit√© et en cours d'√©volution. En effet il y a encore quelques si√®cles, Charlemagne chassait encore le bison d'europe et l'auroch. Les hardes de cerfs √©laphes paissaient dans un paysage de savane et de milieux semi-ouverts car n'oublions pas que tout ce joli monde mange... de l'herbe. Des for√™ts avec de l'herbe, voil√† une dr√īle d'image !

Ces animaux cr√©aient et entretenaient donc des espaces ouverts au sein des massifs forestiers et ce, au gr√© de leurs migrations. A savoir que le bon d√©roulement de leurs d√©placements, orchestr√©s par une pr√©dation active des carnivores, permettait un entretien optimal des surfaces herbeuses, sans p√Ęturage excessif.

On observait donc des √©cosyst√®mes forestiers, de plaines ouvertes et semi-ouvertes et un nombre exponentiel de lisi√®res combinant les caract√©ristiques des milieux la composant. C'est dans ces mosa√Įques de biotopes extraordinairement riches que sont arriv√©s et on prosp√©r√© nos anc√™tres chasseurs-cueilleurs, n√©andertaliens et Cro-Magnon ensuite.

Tout allait pour le mieux quand sont arrivés d'Orient des peuples de cultivateurs et d'éleveurs avec des techniques qui allaient changer la face du monde et nous faire entrer bien plus vite que prévu dans l’anthropocène.

Les cueilleurs du paléolithique avaient coutumes de ramasser et de stocker les céréales et légumineuses. Les cultivateurs vont apporter des semences et des techniques d'agriculture qui, en étant pourtant très rudimentaires, sont extrêmement efficaces.

 

La problématique des annuelles

 

Ce petit aparté pour mettre en relief la nouveauté qu'offre la mise en culture d'annuelles par rapport à la cueillette sauvage. Les céréales et légumineuses annuelles ont des avantages fondamentaux : ils offrent une nourriture très calorique et surtout des capacités de stockage inédites dans l'histoire, rendues également possibles par des techniques céramiques innovantes. Cette facilité de stockage permet également une planification précise et un partage des récoltes pour les semis. La sédentarisation devient à ce moment précis, une nécessité.

Le problème avec les annuelles, c'est qu'elles nous obligent à aller dans le sens inverse de la succession écologique, c'est à dire retourner à une étape primaire de sols relativement superficiels et de milieux clairement ouverts, stade optimum pour leur développement. Pour cultiver les annuelles, nous sommes obliger de désertifier artificiellement le milieu : c'est la naissance du travail du sol et de la transformation radicale que cela va engendrer pour toute la biosphère planétaire.

Cette agriculture change absolument TOUT : le rapport √† la Nature, au temps, √† l'espace, au pouvoir, au temps libre, au travail, l‚Äô√©tat sanitaire, la d√©mographie etc. Le triptyque paysans/clerg√©/soldats d√©coule directement d'une stratification issue de cette nouvelle soci√©t√© in√©galitaire o√Ļ l'on observe une concentration des pouvoirs in√©dite qui perdure jusqu'√† maintenant.

C'est la culture des c√©r√©ales qui a permis la cr√©ation des premi√®res villes, des premi√®res soci√©t√©s modernes. Mais elle a aussi √©t√© le d√©but de l'esclavage, des √©pid√©mies et des guerres. L' √©tude de cette probl√©matique des c√©r√©ales est fondamentale pour comprendre notre soci√©t√© actuelle et ses travers, et elle fera bient√īt l'objet d'un article d√©di√©.

 

L'abattis-br√Ľlis, une technique efficace √† double tranchant

C'est la plus vieille technique agricole au monde. Il est intéressant de savoir que cela reste la technique la plus employée encore aujourd'hui au niveau planétaire. Elle est très simple et s'appuie sur la faculté des écosystèmes forestiers à se régénérer et recréer de la fertilité naturellement.

Les arbres sont abattus puis br√Ľl√©s 6 mois, 1 an apr√®s. Tr√®s rapidement on s√®me les c√©r√©ales directement, sans forc√©ment de travail du sol.

Les plantes cultivées trouvent de suite tout ce dont elles ont besoin : un milieu ouvert et lumineux, un sol incroyablement fertile (les sols forestiers restent l'optimum en terme de fertilité) et très riche en minéraux (les cendres) et des rendements pouvant rivaliser avec ce que l'agriculture industrielle peut donner de meilleur.

C'est une mani√®re simple et efficace d'effectuer cette inversion n√©cessaire pour les annuelles et d'effectuer un transfert de fertilit√© des arbres et arbustes aux plantes cultiv√©es. MAIS, cette fertilit√© n'est pas durable et la culture durera un an, deux, voire 3 au grand maximum, les cultures devenant rapidement concurrenc√©es par la flore foresti√®re et les mati√®res organiques et min√©rales s'√©tant largement lessiv√©es. On laisse ensuite la for√™t reprendre ses droit et le sens de sa succession √©cologique, allant toujours vers plus de fertilit√©. On pourra revenir sur ce terrain et refaire de la culture sur abattis-br√Ľlis d'ici 20, 30 ans ou plus.

Sur le fond : c'est une ouverture de milieu, permettant la mise en lumi√®re et la cr√©ation de biotopes diff√©rents et surtout de lisi√®res foresti√®res tr√®s nombreuses. C'est le mode de r√©g√©n√©ration naturel de la for√™t (mise en lumi√®re, germination des graines d'arbres et de plantes pionni√®re, etc). Si on laisse la for√™t se r√©installer, c'est plut√īt une bonne chose au niveau de la biodiversit√© sur le long terme.

Ce système fonctionne à la condition absolue qu'on laisse à la forêt le temps de se régénérer. Et vous vous doutez bien que c'est à ce moment là que ça dérape...

 

La désertification néolithique

 

 

Comme je l'indiquais un peu plus haut, l‚Äôholoc√®ne (p√©riode commen√ßant il y a 10000 ans avec la fin de la derni√®re glaciation) est caract√©ris√©e par un r√©chauffement tr√®s sensible du climat, ainsi qu'une relative stabilisation des temp√©ratures. C'est dans ce contexte que les populations humaines ont rapidement explos√©, aid√©es en cela par une agriculture qui, bien qu'archa√Įque, voit ses r√©coltes optimis√©es par une meilleure pr√©vision des saisons.

La pression d√©mographique poussant alors a intensifier l'agriculture d'abattis-br√Ľlis, on rentre rapidement dans un cercle vicieux :

 

  • Augmentation de la surface d√©frich√©e chaque ann√©e,

  • donc diminution de la part de friche et for√™t,

  • donc retour sur une parcelle cultiv√©e plus rapidement,

  • donc diminution des rendements car la fertilit√© n'a pas √©t√© assez renouvel√©e,

  • donc augmentation de la surface cultiv√©e pour compenser la baisse de rendement etc.

Sur des rotations qui √©taient de 20, 30 ans, on passe √† des rotations de plus en plus courtes. A terme, en cas de pression trop importante, le br√Ľlis peut aboutir √† la disparition de la for√™t. C'est notamment ainsi qu'a disparu une grande partie de la for√™t m√©diterran√©enne au N√©olithique, laissant la place aux formations d√©grad√©es (garrigue, maquis) que l'on connait aujourd'hui.

Il est ici int√©ressant de noter ici les formidables transformations g√©ologiques et climatiques mises en Ňďuvre par des humains ne poss√©dant que des outils en pierre : l'√©rosion est telle que les zones en pentes s'√©rodent rapidement, les terrains accident√©s deviennent caillouteux, la terre se retrouve dans les fonds de vall√©e, cr√©ant grand nombre de vall√©es √† fond plat, les estuaires se bouchent et deviennent des deltas, la terre avance sur la mer dans certains cas de plusieurs dizaines de kilom√®tres.

Les zones cultivables vont l√©g√®rement augmenter de surface dans un premier temps gr√Ęce √† l'alluvionnement. C'est la phase B de l'√©rosion : ce qui est lessiv√© (argiles, min√©raux, mati√®res organiques) sont donc des alluvions et vont se d√©poser en aval : vall√©es, rivi√®res, fleuves, oc√©an.

C'est d√©sormais le r√®gne du p√Ęturage dans des espaces devenus impropres √† la culture. Ce qui permet de tirer n√©anmoins 10% de ce que ces territoires pouvaient donner auparavant, mais surtout d'acc√©l√©rer d'avantage l'√©rosion et la d√©gradation des sols.

Un autre magnifique exemple du r√©sultat de l'action de l'Homme est la transformation du Sahara en d√©sert, qui √©tait une savane riche il y a 8000 ans et est devenu ce que l'on connait aujourd'hui en l'espace de 3000 ans d'agriculture sur br√Ľlis. Exemple que l'on peut √©largir aujourd'hui √† l'ensemble du moyen-orient, l'ancien croissant fertile, berceau de l'agriculture. Les rivi√®res de lait et de miel sont taries depuis tr√®s longtemps...

Comment alors continuer de nourrir correctement une population bien décidée à s'accroitre si les fondamentaux de la fertilité (la forêt ou silva) sont absents ou très endommagés?

C'est à ce moment qu'intervient le Saltus, qui, bien que semblant secondaire de prime abord, sera la source de fertilité qui nourrira l'Humanité jusqu'à maintenant...

La suite au prochain épisode!

Le doute ma butte (ou petite auto-critique des techniques toutes faites)

28/03/2024

Le doute ma butte (ou petite auto-critique des techniques toutes faites)

A une √©poque o√Ļ le buzz est roi, et o√Ļ une mode chasse l'autre √† la vitesse d'un tweet, la permaculture n'√©chappe pas √† la r√®gle. On ne compte plus les solutions miracles, les kits tout-en-un pour reproduire le jardin d‚Äô√Čden sur votre balcon, l'autonomie en 15 jours en m√©langeant les poireaux avec des radis ou comment sauver la plan√®te avec des tours √† patate, etc.

Les gens ont besoin de copier-coller facile à faire et à reproduire, des techniques, des outils qui demandent un minimum d'investissement pour un maximum de résultat (il va s'en dire). Les mythes du jardin du paresseux et de la permabondance-en-3-semaines ont la dent dure et sont, il est vrai très vendeurs.

Mais contrairement à ce qui pourrait rassurer l'homme moderne occidental, la nature ne peut être réduite à une équation mathématique simpliste et incomplète genre : Butte + paille = autosuffisance alimentaire + bonheur.

Comme j'ai coutume de le dire ce n'est pas compliqué mais c'est complexe : il y a tant de paramètres à gérer (équilibres et interactions physico-chimiques, influences macro et microclimatiques, synergies ou concurrences racinaires, état du sol, état du jardinier, etc) qu'assurer quoi que ce soit est très optimiste. De là certainement ce besoin avide de trucs faciles à reproduire parce que bon, faut que ça marche. Et vite. Et de là sans doute rapidement quelques désillusions...

Je parlais d'autocritique car effectivement je suis passé également par ces passage forcés, ma venue à la ferme des Escuroux avait justement l'objectif de tester toutes ces techniques et d'arrêter de parler comme un livre.

Je vous offre ici quelques conclusions issues de la pratique et de l'observation sur certains "marronniers" de la permaculture.

Amis qui cherchez des solutions prêtes à l'emploi, tournez casaque! Je viens semer le trouble et la désolation dans vos buttes autofertiles et des fois, même, je paille pas mon jardin.

 

La butte

 

Commen√ßons tout de suite par la t√™te de gondole de la permaculture. J'en avais d√©j√† parl√© en long, en large et en travers dans tr√®s vieil article, (¬ę droit aux buttes ¬Ľ, excellent jeu de mot au demeurant mais article pas encore en ligne).

Je n’enlèverais rien de particulier mais au contraire, je l'aggraderais de certaines remarques. Après avoir soulevé des m3 de terre, réalisé nombres de linéaires de buttes dans les règles de l'art (ou pas), je me suis aperçu de plusieurs choses :

 

  • J'ai la p√™che mais ce n'est pas le cas de tout le monde, la terre est basse et lourde. La quantit√© de travail n'est pas n√©gligeable et la d√©pense √©nerg√©tique (surtout si l'on va chercher de la terre ailleurs) est cons√©quente. Alors : est-ce bien n√©cessaire? Le ratio √©nergie d√©pens√©e/√©nergie r√©colt√©e d√©pend fortement du type de sol et n'est donc pas forc√©ment int√©ressant. Quand on a un sol riche, vivant et √©quilibr√©, il n'est pas forc√©ment judicieux de le creuser pour "mettre des trucs dedans " (j'y reviendrais) ainsi que de tout retourner tel un sanglier affam√©.
    C'est √©ventuellement justifi√© quand on a un sol pauvre et lessivable (voir l'exemple de Jean-Marie Lespinasse) que l'on veut am√©liorer petit √† petit ou au contraire un sol engorg√© d'eau que l'on veut sur√©lever pour garder les racines au sec. Ce qui est d'ailleurs la raison d'√™tre originelle des buttes de mara√ģchage (de "marais", zones historiques des productions l√©gumi√®res).

  • La butte de type "wallner" aussi int√©ressante soit-elle pour les repiquages, les plantes p√©rennes, la cr√©ation de micro-climat, la biodiversit√© etc, n'est absolument pas utilisable en tant que tel pour faire du mara√ģchage de production. Premi√®re larme : son profil arrondi si mignon n'est pas m√©canisable, ne serait-ce qu'avec du mat√©riel simple. Et c'est en partie l√† qu'on voit la premi√®re diff√©rence fondamentale entre le jardinage et le mara√ģchage...

  • Pour faire ses lignes de semis sur une butte il faut recr√©er du plat sur une pente (√† part sur le sommet), donc la "casser". Apr√®s pleins d'essais, je peux assurer maintenant que c'est juste un calvaire : on doit s'adapter √† une structure qui n'est manifestement pas faite pour √ßa.

  • Le repiquage est tr√®s bien, mais certains l√©gumes perdent de la vigueur et beaucoup de temps √† √™tre ainsi d√©racin√©s. Je pense en particuliers aux salades qui deviennent app√©tentes pour les limaces d√®s lors qu'elles sont repiqu√©es, ainsi que les l√©gumes racines appr√©ciant peu ce genre de transferts.

 

Les alternatives :

 

  • la plate-bande, de profil beaucoup plus plat et l√©g√®rement sur√©lev√©e, est tr√®s souvent utilis√©e en mara√ģchage.

  • le plat, qui apr√®s tout, s'il n'est pas pi√©tin√© et s'il est trait√© de mani√®re intelligente est aussi vertueux que le reste. Pour ma part, je suis revenu √† des zones plates (sur√©lev√©es tout de m√™me) pour pouvoir g√©rer les semis correctement et les plantes que je ne repiquerais pas.

 

 

La butte-avec-du-bois-dedans

 

Un gros morceau. Après la mode des buttes, est arrivé la mode de la butte 2.0, forcément mieux que la butte 1.0, vous vous doutez bien. Largement débattu, je rajouterais plusieurs choses :

 

Apr√®s avoir essay√© maintes fois et de diff√©rentes fa√ßons, je n'observe pas pour ma part de diff√©rences flagrantes sur la pousse des v√©g√©taux (mes plus vieilles ont 7 ans). Si diff√©rence il y a, ce qui est possible, il faudrait faire alors un protocole d'exp√©rimentation ad hoc avec t√©moins, etc. Elle n'est pour ma part pas suffisante pour justifier tout le bazar n√©cessaire √† sa mise en Ňďuvre.

Pire, j‚Äôai voulu voir l‚Äô√©tat de d√©composition du bois (d√©j√† ancien pourtant) qui √©tait dans certaines buttes depuis 6 ans tout de m√™me. R√©sultat ? j‚Äôaurais pu lancer un barbecue avec. Aucune ou tr√®s peu de d√©composition. Pour l'effet "√©ponge" on repassera. La logique veut qu'en l'absence d‚Äôoxyg√®ne, la d√©composition du bois est TRES ralentie, voire stopp√©e. C'est une bonne m√©thode pour obtenir du charbon naturel ou du p√©trole, production potentiellement int√©ressante mais il reste √† optimiser le process...

Quand je n'arrive pas √† me faire un avis sur quelque chose, je me pose toujours la question de savoir comment tel ou tel processus se passe dans la nature, pour essayer d'avoir un retour d'exp√©rience gr√Ęce √† un labo riche de 4 milliards d'ann√©es en recherche et d√©veloppement. Force est de constater que le bois tombe SUR le sol, sauf en cas de glissement de terrain.

Une autre boussole fondamentale reste les principes de la permaculture, en particulier celui qui parle de "solutions lentes et de patience" et "du minimum d'effort pour le maximum d'efficacité ". Raté.

 

Le paillage

 

Technique devenue incontournable pour la protection du sol, et pour cause. Néanmoins : Avez-vous remarqué la prépondérance des problèmes de limaces ces dernières années, devenus proportionnels à l'engouement national pour la couverture du sol ? Cette problématique peut devenir totalement ingérable en très peu de temps. Quelques pistes :

 

  • changer de mulch et dites adieu √† la paille : c'est le pire des paillages, en particulier en ce qui concerne les sols lourds et froids. Peu nutritive et tr√®s lourde s'il pleut beaucoup, elle reste le 3 √©toiles pour les gast√©ropodes qui y trouvent g√ģte et couvert id√©al. Accessoirement, il reste tr√®s difficile de trouver de la paille bio... Pr√©f√©rez le foin (plus tass√©, se d√©compose rapidement), les feuilles ou le BRF (bien compost√© tant qu'√† faire).

 

  • le non-paillage : vade retro, satanas ! Peut-√™tre, mais d'apr√®s mon exp√©rience lors des √©pisodes baveux, les seules salades que nous r√©coltons ne sont pas paill√©es. Le reste est parti dans le tube digestif des mollusques. Selon le contexte climatique et en particulier lors des invasions de limaces, il peut donc √™tre int√©ressant de supprimer temporairement le mulch pour laisser enfin les l√©gumes pousser tranquillement. Ce qui, au final, vous en conviendrez, est bien l'objectif.

 

  • attention au paillage en intersaisons : son but est d'isoler le sol, en particulier l'hiver et l'√©t√©. Mais il isole √©galement au printemps du r√©chauffement naturel et conserve le froid dans la terre ! On peut perdre plusieurs semaines de pousse √† cause de lui... La seule solution est de l'enlever d√®s les premiers rayons de soleils printaniers (et de le remettre l'√©t√© pour prot√©ger le sol). Quel boulot me direz-vous, et vous avez raison (voir principes plus haut). On peut pr√©f√©rer un mulch plut√īt sombre comme de la liti√®re foresti√®re ou du BRF compost√© pour accentuer l'effet r√©chauffant (voir Albedo).

 

  • si vous avez quelques rats taupiers dans votre syst√®mes, sachez que vous en aurez BEAUCOUP plus gr√Ęce au paillage : le g√ģte, le couvert. Je suis personnellement oblig√© de r√©fl√©chir fortement au ratio b√©n√©fices/risques, ce qui n'est pas une mince affaire.

 

 

Humification VS minéralisation :

 

Remplir son capital nourricier dans le sol, c'est bien. C'est l'objectif même du mulch : amener un maximum de matière organique de bonne qualité qui servira de "frigo" en éléments minéraux, en eau, etc. Mais cette phase d'humification du sol, si vitale qu'elle soit, ne sert pas à grand-chose si les plantes ne peuvent en profiter convenablement.

La phase opposé est la minéralisation : la décomposition de la matière organique et donc la libération de tous les éléments qu'elle contient (la plante ne les absorbe pas en tant que tel, ils sont solubilisés par les bactéries). Cette phase de minéralisation est, dans l'inconscient collectif des permaculteurs, le diable personnifié, responsable de la désertification sur toute la planète. En effet on voit de suite l'image des sols agricoles désertiques, sans structure, sans vie et vidés de leur substance.

Bl√Ęmer uniquement la min√©ralisation serait un peu simpliste si on ne prenait pas en compte que l'un ne va pas sans l'autre : humification et min√©ralisation sont les deux faces oppos√©es du m√™me syst√®me nourricier, contraires et pourtant compl√©mentaires telles le ying et le yang.

En effet, on n'a pas de scrupules à vider un frigo si on le rempli régulièrement, ce qui est le cas avec le mulch (et d'autres techniques). De même qu'il ne sert à rien d'apporter des mètres cubes d'humus de toute sorte si l'on ne peut en faire profiter les plantes.

 

Comment "minéraliser" cette matière organique ? attention ça pique :

  • travail du sol,

  • augmentation de sa temp√©rature (suppression de la couche isolante de mulch),

  • apports de mati√®res azot√©es (particuli√®rement animales : fumiers, etc).

Sans pratiques min√©ralisantes, si le sol a une bonne structure et est plein de vie, son potentiel de fertilit√© est largement inexploit√©. Et en particulier pour des l√©gumes annuels qui sont TR√ąS gourmands.

 

Alors ne soyons pas les capitalistes de l'humus ! Comme l'argent, la matière organique et ses différents étapes de décomposition est un flux qui doit circuler, rentrer dans le système, en ressortir et être toujours dans une dynamique. L'idée n'est pas de la capitaliser car quel est l'intérêt d'une tourbière pour faire pousser l'abondance? On peut se permettre de prendre à la Nature, à la condition sine qua non que l'on lui redonne régulièrement.

 

 

Conclusion

 

L'interventionnisme à tout crin est une résultante du besoin de l'homme de se rassurer face à une Nature qu'il ne comprend pas trop. Cette anthropisation permet parfois il est vrai des miracles, mais n'est pas toujours pertinente.

Une fois de plus, la diversité est le but mais aussi l'outil :

  • la butte a des avantages dans certaines circonstances mais un sol plat peut √™tre pratique pour les semis, les oignons etc,

  • il peut √™tre int√©ressant de faire des buttes autofertiles mais elles ne conviennent pas √† tous les types de l√©gumes ni √† tous les types de sol

  • le paillage est tr√®s pratique en √©t√© et en hiver mais pas aux intersaisons √† cause des limaces, il emp√™che √©galement le sol de se r√©chauffer, attention aux rats taupiers.

 

Ainsi, après quelques années d'expériences, mon jardin en permaculture ressemble à ... pleins de jardin différents :

  • des zones en buttes int√©grales,

  • des zones plus plates m√™me si rehauss√©es,

  • du plat-√†-la-papa,

  • des zones paill√©es en foin, feuilles, broyats (suivants les cultures),

  • des espaces non paill√©s,
    etc, ...

 

La diversité est la clé. La dynamique, c'est la Vie !

Pas de solutions donn√©es, pas de "kit miracle" mais un maximum d'espaces diff√©rents et des cultures que je tente de placer au meilleur emplacement suivant le contexte (et l'ann√©e !). Attention, un maximum de flops et de ratages √©galement ! Mais qui me permettent peu √† peu de gagner en connaissances et de m'am√©liorer sans cesse. Il para√ģt que c'est en se plantant qu'on pousse...

Alors attention à se qu'on lit et ce qu'on entend partout. Remettez tout en question (y compris ce que je raconte). La permaculture est bien trop libertaire et organique pour être un approchée telle un dogme. Ne sous-estimez pas tout ce que vous pouvez apprendre par vous-même, l'autonomie sur le long terme commence peut être avant tout par là...

Sècheresse : penser le changement ou changer le pansement ?

22/02/2024

Sècheresse : penser le changement ou changer le pansement ?

S'il est une chose que les canicules et s√®cheresses successives de cet √©t√© (et de ce printemps) nous ont appris, c'est la position extr√™mement inconfortable de certaines productions et en particulier du mara√ģchage en cas de rupture de normalit√© climatique.

 

Les d√©p√™ches, articles et "coup de gueules" se sont succ√©d√© tout l'√©t√© pour d√©crire l'urgence et le d√©sespoir des mara√ģchers face √† des temp√©ratures de plus de 40¬įC et des restrictions en eau critiques aux cultures (voir en bas).

Je plaide depuis longtemps pour un "reset" de notre système agricole, une remise à plat totale de notre alimentation et de la façon de produire, cueillir, transformer, manger.

Pourquoi ?

Parce que c'est absurde, tout est absurde. Notre mod√®le hors-sol fondamentalement d√©ficitaire n'est qu'un h√©ritage des 30 glorieuses o√Ļ l'√©nergie, l'eau (et l'argent public) √©taient abondants et le climat -relativement- stable.

Outre le recyclage de l'industrie de guerre (explosifs/engrais, gaz de combats/pesticides, tanks/tracteurs) pour une nouvelle "révolution verte", le plan Marshall a organisé l'industrialisation rapide du paysage agricole de la France. Relayé en 1962 par la Politique Agricole Commune et sa logique productiviste, la France est passée à la 3ème place mondiale des exportations agricoles en au début des années 80.

Mais les "miracles" se paient un jour, malheureusement pas toujours par ceux qui les ont produits.

 

Et voil√† o√Ļ nous en sommes : le climat devient invivable et chaotique, les sols sont √©puis√©s, les rendements baissent, les prix alimentaires augmentent et ce qui permettait √† ce "miracle" d'exister est en passe de devenir intenable.

Le prix du pétrole (et de ses dérivés) fait du yoyo, les engrais ont augmentés de 80% en 1 an et l'eau se fait de plus en plus rare, voire n'est juste plus disponible.

Il ne s'agit plus d'ajustements à la marge, ni de pansements budgétaires : il est temps de refonder tout le système de manière radicale.

 

Les temps qui viennent ne seront pas √† l'image du pass√©, ni m√™me du pr√©sent. Il est temps de sortir de ce r√©cit d'apr√®s-guerre et d'imaginer quelque chose d'autre pour demain. Et ce qui est certain, c'est que ce quelque chose ne sera pas √† base de plantes annuelles fragiles, exigeantes et peu nutritives. Le mara√ģchage tel qu'on le conna√ģt est une impasse issue d'une p√©riode d'abondance qui n'est plus. Au m√™me titre que les surfaces monstrueuses de c√©r√©ales irrigu√©es destin√©es au b√©tail hors-sol, hein, √† chaque jour suffit sa peine...

Alors oui, c'est radical, mais l'époque l'est. Nous sommes a un tournant que nous devons prendre volontairement avant de le subir. Nous devons arrêter ces espoirs à la con et adapter rapidement notre mode de vie aux changements qui viennent. A commencer par notre nourriture.

On parle de nouveaux récits ? chiche !

 

Alors je vous parle de for√™ts-jardins partout, dans et autour des villes, produisant des l√©gumes vivaces, fruits et plantes sauvages comestibles. Avec en productions secondaires du miel, du fourrage, des plantes aromatiques et m√©dicinales, du bois, etc. Des productions alimentaires √† base d'ol√©agineux, de ch√Ętaignes et de feuilles. Des c√©r√©ales ? de l'√©levage ? Bien s√Ľr, mais intelligemment cette fois-ci et les solutions existent : agro-sylvo-pastoralisme, p√Ęturages tournants valorisant autant les animaux que les p√Ętures, arbres fourragers, agriculture de conservation, etc.

 

Des céréales issues de variétés dites "population", résilientes et adaptatives qui poussent sur des sols vivants chargés d'humus et de vie.

Du mara√ģchage bien entendu mais fl√©ch√© principalement sur des l√©gumes nutritifs et de conservation, des vari√©t√©s robustes et sobres, prot√©g√©s par des syst√®mes agroforestiers.

 

Une gestion fine et collective des eaux de ruissellement par bassins versants, comme un bien commun qu'elles n'auraient jamais d√Ľ cesser d'√™tre. Des eaux que l'on pourrait capter, stocker, et infiltrer pour faire remonter les nappes phr√©atiques et recouler les sources.

 

Et pour le reste une reforestation massive pour réparer le cycle de l'eau, que ce soit en forêt mature mais également en agroforesterie multi-étagée, productive et résiliente, gage du retour de la biodiversité dans nos campagnes.

Je pourrais continuer ainsi indéfiniment...

 

Alors ce sera difficile, tendu socialement, politiquement mais ce sont des rêves lucides : les solutions existent, elles sont techniquement atteignables et scientifiquement sourcés.

Il faut sortir de ce storytelling de boomers et construire le monde d'après dont on rêve, ici et maintenant. Et vous savez quoi ? On est plus nombreux que vous ne le pensez à le faire, en réel ou en esprit.

Une dernière raison de le faire ? On n'aura pas le choix :)

Peut-on vivre de la permaculture ?

20/01/2024

Peut-on vivre de la permaculture ?

Le besoin d'absolu est une caractéristique de notre époque. Besoin de se distinguer par le haut, acte militant désespéré, le "plus perma que moi tu meurs", par exemple, est formidablement symptomatique.

Froncements de sourcils quand j'explique que j'entretiens mes acc√®s √† la d√©broussailleuse, une zone de mon potager n'est pas paill√©e et on me le fait remarquer, j'ai install√© des plantes non indig√®nes et on me parle de concurrence avec les v√©g√©taux locaux, qu'il faut laisser ronces et orties etc. Voire dispara√ģtre totalement...

La finalité de ce qu'on me propose, c'est la friche. Mais mon objectif à moi, c'est la production. C'est même le premier principe de permaculture ! Le but initial de cette dernière est de mettre en place un écosystème CULTIVE, avec une finalité pour l'Humain. On ne sauvera pas le monde le ventre vide et charité bien ordonné commence par soi-même. C'est pour ma part un profond sujet de réflexion et l'argent étant le nerf de la guerre, la légitimité de toute chose se mesure par et pour lui.

 

 

Alors peut-on vivre de la permaculture ? C'est la question qu'on me pose le plus souvent et c'est toujours un sujet épineux, d'autant que (et je l'ai toujours dit explicitement), le système mis en place chez moi n'a pas vocation de production économique, mais avant tout d'autonomie alimentaire et d'expérimentation. Vous allez comprendre pourquoi.

 

Permaculture VS agriculture

 

On compare tellement souvent les deux, alors que c'est tellement "incomparable". Peut-on mettre sur le même niveau ces 2 systèmes aussi différents ? Non, et pour plusieurs raisons :

 

    Nous ne sommes absolument pas sur les m√™mes intervalles de temps :

L'agriculture se base sur des cultures d'annuelles et la production commence de manière optimale dès l'année N. Un système en perma va mettre des années à s'installer. Déjà il est basé sur des plantes vivaces et ligneuses qui pour certaines mettent plusieurs années à fructifier, ensuite c'est un système que l'on va tendre vers l'équilibre avec des erreurs, des compensations, rééquilibrages en cours de route etc. L'optimum d'un système issu d'un design en permaculture mettra des années à s'installer, voire jamais d'ailleurs. Le premier écueil s'installe donc ici : quand on veux s'installer paysan, cet argument à peu de chance d'orienter favorablement l'opinion du crédit Agricole ou de la Chambre d'Agriculture. Et je n'ai pas parlé de l'année d'observation nécessaire avant de lancer son système... Ensuite... il faut vivre ! et tout de suite. Même les permaculteurs paient leurs factures, certains ont même des voitures et des loisirs (une honte). On voit donc que la radicalité doit s'assouplir pour pouvoir dégager un revenu rapidement et on doit donc penser en terme de compromis, en tout cas dans un premier temps.

 

 

    Un march√© totalement biais√© :

L'agriculture est massivement subventionnée, les agriculteurs sont devenus les premiers fonctionnaires de l'Europe. La moitié du budget européen part dans les subventions agricoles, soit un budget de 408,3 milliards d'euros sur la période 2014-2020. La légitimité des aides dépend de la participation complète ou partielle au système que ce soit par le processus du BPREA (Brevet Professionnel Responsable d'Exploitation Agricole), des DJA (dotation jeune agriculteur), de la participation ou non au syndicat majoritaire (plus ou moins conditionné par la DJA d'ailleurs...).

Les prix des matières premières agricoles sont fixés à la bourse de Chicago, largement spéculés par des traders et des algorithmes pleins d'amour, les centrales d'achats, coopératives et autres grandes surfaces de distributions prennent des marges gargantuesques, obligeant les producteurs a toujours plus de production face à des prix qui s'effondrent pour arriver à dégager quelques miettes de cette farce.

C'est un système crée par et pour l'agriculture industrielle. Et vous voulez mettre les produits de votre jardin d'Eden dans ce marché concurrentiel ?

 

    Des finalit√©s totalement oppos√©es :

L'objectif de l'agriculture "conventionnelle", pour simplifier éhontément, est la production d'aliments pour l'Humain ou ses animaux et, in fine, d'un surplus économique et monétaire. Point. Et pour cet objectif, tous les moyens sont bons : intrants chimiques, énergétiques, monétaires (crédits, subventions).

L'objectif de la permaculture est surtout vivrière : production d'aliments pour l'Humain, mais aussi pour les insectes, les oiseaux, les mammifères, la Vie du sol, les plantes etc... C'est la création de biotopes et de microclimats favorables, de fertilité, de fixation du carbone dans le sol, de réparation du cycle de l'eau et toute une liste de services écosystémiques innombrables et pour lesquels il n'y a ni considérations ni rétributions alors qu'ils PROFITENT A TOUS.

 

 

    Le probl√®me des intrants :

L'agriculture conventionnelle cache son absence de comp√©titivit√© et externalise ses co√Ľts v√©ritables gr√Ęce √† une batterie d'intrants divers et vari√©s, situ√©s tout au long de la cha√ģne de production : eau, p√©trole, alimentation industrielle, produits chimiques (insecticides, fongicides, d√©sherbants, conservateurs, antibiotiques). Mais √©galement le mat√©riel agricole, les cr√©dits √† la banque et surtout les subventions, voir plus bas. Ces artifices permettent de produire toutefois des plantes (malades) et des animaux (malades) sur des sols malades voire morts. Doit-on prendre encore en compte l'√©nergie grise d√©gag√©e dans la production de ces intrants et des d√©g√Ęts irr√©versibles sur la biosph√®re pour se rendre compte du gouffre √©conomique que repr√©sente la soi-disante "comp√©titivit√©" de cette agriculture?

Le probl√®me c'est que ces co√Ľts ne sont pas r√©ellement quantifi√©s et ne participent que tr√®s peu √† l'√©laboration des prix agricoles (voir plus haut). Alors que des syst√®mes bas√©s sur des principes agro√©cologiques et de conception permaculturelle sont plus productifs, √©conomes, r√©g√©n√©ratifs et j'en passe, tout est fait pour que l'agriculture conventionnelle soit plus rentable. Pour l'instant ?

 

    Des produits de qualit√© mais pas adapt√©s au march√© :

La productivit√© d'une for√™t-jardin par exemple est extraordinaire mais reste de l'√©picerie fine : plantes aromatiques, l√©gumes vivaces inconnus ou fruits bizarres, vivaces dont la production est indirecte (pollinisation, pompe √† min√©raux, fixateur d'azote), plantes √† rhizomes biscornus, fruits plus petits, voire un peu ab√ģm√©s, vignes et lianes qui poussent dans les arbres, etc...

Les dates de r√©coltes sont de fait tr√®s √©tal√©es, la r√©colte est rendue plus d√©licate et plus co√Ľteuse en main d‚ÄôŇďuvre et en technicit√©. Comment mettre en concurrence √©conomique de telles productions telles avec des producteurs de fruits ou de l√©gumes qui vendent des produits standardis√©s se d√©versant par centaines de tonnes sur les march√©s ?

 


Une agriculture alternative a besoin d'un marché alternatif

"Être adapté à une société malade n'est pas un signe de bonne santé mentale".

Cette phrase célèbre de Krishnamurti s'adapte à merveille pour la production agricole. Si l'on veut rentrer dans le "système" il faut en accepter les lois et les conséquences, qui sont l’antimatière de l'éthique de la permaculture : Prendre soin de la Terre, Prendre soin des Humains, Redistribuer les surplus. On ne peux en être plus loin.

Vouloir concilier les 2 me para√ģt schizophr√®ne ou alors rendre le mot "permaculture" quelque peu racoleur... On ne vend pas que des produits en permaculture, on vend aussi une philosophie, une √©thique et un paradigme difficilement soluble dans le gloubiboulga n√©olib√©ral.

D'ailleurs, si on veut être un vrai puriste, un ayatollah de l'éthique permaculturelle, on n'utilise plus du tout l'argent. Car le processus même de création monétaire tel qu'il est actuellement est une création ex nihilo, basée sur de la dette et donc de l'intérêt. Ce qui, en étant simpliste, légitime et rend indispensable notre fameuse "croissance" qui dévore le monde depuis si longtemps.

Heureusement il existe un marché local, bio, participatif et engagé pour acquérir une terre, financer un projet, écouler ses produits transformés ou non : financements participatifs, espaces-tests agricoles, AMAP, marchés paysans, groupements de producteurs et j'en oublie. (quelques liens en fin d'article). Ça reste "alternatif" mais n'est que le début de l'émergence d'une véritable économie circulaire faite par et pour les citoyens. Et ça, c'est perma.

 

De la différence entre un outil et une finalité, ou la voie du milieu

La permaculture n'est pas une technique agricole. Je sais c'est dur, et le comprendre éclaire beaucoup de choses. Dire qu'on est permaculteur ne veux pas dire qu'on fait des buttes avec de la paille ou qu'on mélange des légumes et des fleurs. Cela veut dire qu'on est concepteur de systèmes autonomes, productifs et vertueux (que ces derniers soient agricoles, humains, économiques). Elle reste un outil de transition formidable pour créer une autre société pour demain. Le problème, c'est aujourd'hui.

Et aujourd'hui nous sommes dans une soci√©t√© financiaris√©e √† outrance o√Ļ l'argent est l'alpha et l'om√©ga. Alors on peut √™tre √©conome, recycler, faire du covoiturage, faire son jardin, avoir des poules, ne nous noyons pas dans un verre d'eau : si on veux monter un projet agricole viable, il faut des liquidit√©s, et des rentr√©es r√©guli√®res et rapides, on ne vit pas que de salades et de framboises !

Mais ce n'est pas un écueil, si ces paramètres sont pris en compte dans la ventilation des travaux et les prévisionnels du design, rien n'empêche de faire des légumes annuels dans un premier temps en attendant que les petits fruits poussent et produisent, en attendant que les fruitiers poussent et produisent, etc... C'est un système dynamique, modifiable et perfectible qui peut donner un grand nombre de produits différents. L'avantage de la polyculture sur la monoculture...

Comme dit plus haut, appliquer la permaculture stricto sensu d√®s le d√©part risque de faire un capotage magistral niveau √©conomique. Elle doit √™tre un guide, une ligne rouge, une bo√ģte √† outil. On doit faire la conception de son projet, c'est un outil indispensable. On doit garder √† l'esprit les principes de la permaculture comme cadre global et on obtiendra un syst√®me pertinent, autonome et fertile. Mais n'oublions pas que les effets √©cosyst√©miques d'un bon design en permaculture ne se feront sentir qu'au bout de plusieurs ann√©es. Ou pas, d'ailleurs. La Terre-M√®re-Nourrici√®re a ses raisons que la raison ne conna√ģt pas et comme il faut plusieurs ann√©es pour faire refonctionner un sol en bio apr√®s du tout-chimique, il y a certainement un certain d√©lai avant que les besoins des uns soient remplis par le produits des autres, comme il se doit. Cette temporalit√© n'est plus du tout celle de l'Homme occidental n√©olib√©ral qui doit payer ses factures !

M√™me si la permaculture nous laisse √† tous des √©toiles dans les yeux et des raisons d'esp√©rer, le non-dogmatisme doit √™tre de vigueur. Car il n'y a rien de moins ouvert que la fermeture d'esprit, et comme disait Rolland Barthes : "Il n'y a pas de grande Ňďuvre qui soit dogmatique".

Il faut accepter de penser en terme de compromis et d'évolution vertueuse dans le temps. Un des principes de la permaculture est d'"utiliser des solutions petites et lentes" pour éviter de se casser, justement, la figure en beauté. Il sera toujours temps à l'avenir d'adapter son système, d'affiner ses stratégies et de s'approcher d'un équilibre naturel et économique. Pour que la sobriété heureuse ne se transforme pas en précarité subie...

Introduction au Design : comprendre la dynamique du Vivant

17/01/2024

Introduction au Design : comprendre la dynamique du Vivant

Comme rapidement esquissé ici et là, la permaculture n'est PAS une méthode agricole, mais bien une méthode de conception de systèmes humains basés sur le fonctionnement des écosystèmes naturels. Ok, quand on a dit ça il reste des trous dans la raquette... C'est pourquoi je vais vous résumer ici succinctement le pourquoi de cette méthodologie qui est l'essence même de la permaculture, bien loin des techniques-phares et de l'abondance-en-trois-semaines toujours bien vendue sur internet...

Je vous propose quelques notions de systémique qui me semblent nécessaires pour appréhender de manière globale l'objectif du design. Car il s'agit en premier de comprendre comment nos systèmes naturels fonctionnent pour mieux les imiter. Ça reste théorique mais je vais tenter de ponctuer d'exemples concrets qui devraient, je pense, vous parler.

    

 

¬ę Le fondement scientifique du design en permaculture repose sur la branche de l‚Äô√©cologie qu‚Äôon nomme ¬ę l‚Äô√©cologie des syst√®mes ¬Ľ. D‚Äôautres disciplines intellectuelles, dont la g√©ographie physique et l‚Äôethnobiologie, ont contribu√© par des concepts qui ont √©t√© adapt√©s aux principes de design. [‚Ķ] Je soutiens que leur absence ou leur apparente contradiction face √† la culture industrielle moderne n‚Äôinvalide pas leur pertinence universelle dans l‚Äô√©volution vers un futur √† d√©croissance √©nerg√©tique. ¬Ľ
    - David Holmgren, co-concepteur de la permaculture

 

Une vision systémique

 

 

Inspir√© des travaux de nombreux √©cologues dont Howard T. Odum, les pionniers de la permaculture abordent une approche syst√©mique. C'est √† dire un cadre conceptuel o√Ļ ils d√©terminent un ensemble d'"√©l√©ments" en interactions les uns avec les autres, tant√īt positives (on parle alors de synergies), tant√īt n√©gatives. Le tout formant un "syst√®me", plus ou moins ouvert.

C'est ce qu'on peut voir sur les repr√©sentations poussives ci-dessus. Attention, c'est TR√ąS sch√©matique et incomplet, je n'ai pas fait mention ici des boucles de r√©troactions et autres lois de la Thermodynamique.

Ce cadre est beaucoup utilisé en écologie, mais ne parle-t-on pas d'"écosystèmes" ?

L'id√©e √©tant de s'inspirer de la Nature, les caract√©ristiques syst√©miques sont les suivantes :  

  • des √©l√©ments en grande quantit√© : animaux, plantes, eau, air, arbres, insectes, batraciens, bact√©ries, champignons, etc   
  • des interactions tr√®s nombreuses, fortes, √©chelonn√©es dans le temps et l'espace, avec une tr√®s nette pr√©f√©rence pour les synergies : pr√©dation, protection climatique, alimentation, g√ģte, filtration de l'eau, maintien des berges, etc.  
  • un syst√®me "ferm√©" : √† la photosynth√®se pr√®s, il ne rentre aucune autre √©nergie pour faire fonctionner un √©cosyst√®me naturel. Ce dernier est donc relativement autonome et tr√®s productif en produits et en services divers. On dit que le besoins des uns sont le produits des autres et que tout est continuellement transform√©, recycl√©.   
  • Mais c'est √©galement un syst√®me "ouvert" dans le sens inclusif du terme. En effet plus il y a d'√©l√©ments, plus ils vont apporter de nouvelles fonctions, produits et services qui vont augmenter la productivit√© globale.   
  • De plus, cette capacit√© merveilleuse √† "boucher les trous" va permettre d'augmenter la r√©silience, car chaque fonction ou √©l√©ment vont pouvoir se trouver remplac√©s si jamais ils venaient √† dispara√ģtre (pr√©dation, changement climatique, etc).

 

C'est donc le Graal à retrouver, mais comment imaginer (que ce soit un jardin, une ferme ou un balcon par exemple), "concevoir" quelque chose qui puisse se rapprocher d'un écosystème naturel avec tous ses avantages et sa complexité ?

C'est le r√īle de la conception en permaculture ou du Design.

 

Tiens, un exemple strictement opposé qu'il ne faut plus faire (c'est globalement ce qu'on fait depuis la guerre). Prenons l'exemple d'un système industriel ou "conventionnel" :

 

  • c'est un syst√®me simplifi√© √† l'extr√™me, "optimis√©" (peu d'√©l√©ments)   
  • des interactions faibles et unidirectionnelles, limit√©es √† un temps court
  • un syst√®me ouvert : intrants (√©nergie, mati√®res), sortants (pollutions, d√©chets).
  • Donc tr√®s d√©pendant de son contexte, d'autant qu'il n'y a pas d'inclusivit√© et donc rien pour remplacer si jamais.
  • Mais attention, c'est un syst√®me hyperproductif dans des conditions donn√©es mais tr√®s fragile, peu r√©silient et totalement d√©pendant de l'ext√©rieur pour fonctionner.

 

Soyons clairs, un tel système est une aberration qui serait mort-né dans la Nature et il ne dure qu'au prix d'injections massives et constantes d'énergie et de matières. Son bilan énergétique est fondamentalement déficitaire et son bilan écologique une abomination.

Il est grand temps de changer nos méthodes.


Feedbacks et rétroactions

 

 

Ces dernières, déjà évoqué plus haut, sont la résultante des interactions et permettent d'accélérer ou de freiner tout changement. On trouve :

 

  • des interactions positives, dites de renforcement : l'effet "boule de neige". Une action, au d√©part peut-√™tre anodine, induit une √©volution qui auto-entretien et d√©veloppe cette action jusqu'√† un point de non-retour modifiant fortement le syst√®me de d√©part. C'est l'exemple de la fertilisation chimique qui, en min√©ralisant l'humus et en d√©truisant la vie du sol, le vide de sa substance et donc oblige √† toujours plus de fertilisation. C'est le cas aussi du motoculteur utilis√© pour faire dispara√ģtre les mauvaises herbes, qui multiplie de fait les racines par son action m√©canique et remonte les graines √† la surface. Donc l'utilisation du motoculteur fait exploser la quantit√© de "mauvaises herbes" et donc accroit le recours... au motoculteur. √Čnorm√©ment d'actions humaines entra√ģnent ce genre de cercles vicieux et il est important d'apprendre √† les identifier pour mieux les √©viter ou les inverser !

 

  • des interactions dites de compensation ou de r√©√©quilibrage : elles maintiennent les syst√®mes en √©quilibre, les facteurs n√©cessaires √† la Vie. Lorsqu'une perturbation arrive, ces r√©troactions induisent une r√©action contraire, tirant le syst√®me vers l'√©quilibre. La mani√®re dont notre corps s'adapte en est une belle illustration : froid, chaud, notre fa√ßon m√™me de marcher est une adaptation au d√©s√©quilibre auquel notre corps a appris durant le jeune √Ęge √† mobiliser des m√©canismes adaptatifs. Autre exemple : la Nature a horreur du vide et comble naturellement chaque niche devenue vacante, car avec chaque √©l√©ment arrivent des synergies suppl√©mentaires, augmentant la r√©silience et la complexit√© .

 

Le mythe de " l'équilibre"

 

 

Cette notion reste un fil rouge mais non un but. Car l'équilibre n'existe pas dans la Nature, ou alors très fugacement et pas de manière durable. En revanche la recherche d'équilibre est le moteur thermodynamique du vivant.

 

Reprenons l'exemple de la marche : quoi de plus beau que la stature fière et volontaire d'un homo sapiens qui marche le regard fier. Elle n'est pourtant qu'une adaptation à un déséquilibre permanent, qui induit une action dont découle des interactions.

Cette notion n'a pas cours dans la Nature car tout est changement et impermanence. Prenons l'exemple des plantes bio-indicatrices. On remarquera que les groupes floristiques changent et évoluent tous les ans, au fil des modifications amenées par le jardinier ou plus simplement par le climat. Ce dernier modifiera chimiquement (de part la concentration en différents éléments) la solution du sol, ce qui favorisera la germination de telle ou telle espèce spécifique.

 

C'est l'espace-temps tronqué de l'humain court-termiste qui voit de "l'équilibre" à toutes les sauces et en fait même un objectif sacré alors que c'est une chimère. Si on vous parle d'équilibre en permaculture, c'est faire fi du fonctionnement intrinsèque de la Nature. Et c'est fort dommage.

 

Réapprendre la complexité

 

Le réductionnisme méthodologique contemporain nous pousse à voir les détails au lieu de la globalité. Et ce n'est pas anodin. Une sorte de "mise en silos" de la connaissance des choses, un cadre conceptuel valorisant les spécialités (et les spécialistes) au détriment des interactions entre les éléments. C'est pourtant dans les synergies qu'est la plus-value des systèmes complexes.

Un de mes mantras est "le total est supérieur à la somme des parties", ce qui implique qu'on trouve dans les relations, interactions et synergies plus que la simple addition des éléments composant le système.

Et ce sont dans les zones de "bordures", d' écotones en écologie, c'est à dire la rencontre entre plusieurs milieux (forêt, prairie, zone humide, air, mur en pierre etc) qu'on trouve naturellement le plus de dynamique naturelle.

C'est donc la valorisation, ou la création de ces écotones qui va favoriser la multiplicité des éléments, donc des fonctions et des rétroactions. Rendre le plus dynamique possible chaque niche écologique sera donc la garantie d'un bon fonctionnement de notre système à long terme, avec la possibilité que les besoins des uns soient remplis par les produits des autres, et ainsi créer un système "fermé" dans le sens autonomique du terme.

Comment gérer cette complexité ? Climat, sol, faune et flore existantes, objectifs, ressources, limites, économie, social, tout est sujet à casse-tête. C'est là que le design intervient.

    "Les principes de la permaculture se concentrent sur le design r√©fl√©chi des syst√®mes intensifs √† petite √©chelle qui sont efficaces au niveau du travail et qui utilisent des ressources biologiques au lieu des combustibles fossiles. Le design met l‚Äôemphase sur les connexions √©cologiques et les boucles ferm√©es pour le mat√©riel et l‚Äô√©nergie. Le noyau de la permaculture est le design ainsi que les relations de travail et les liens entre toutes choses." Bill Mollison, co-concepteur de la permaculture

 

Conclusion

 

Autrefois existait ce qu'on appelait le bon sens. Tr√®s empirique, issu de l'observation, de tests et d'une bonne connaissance du fonctionnement des syst√®mes naturels, il permettait de cr√©er de petits syst√®mes productifs et r√©silients, sans cr√©er de d√©chets et en recyclant tout ce qui pouvait l'√™tre. Plus d'un demi-si√®cle de rouleau-compresseur de l'agriculture industrielle nous a fait √† peu pr√®s tout perdre de ce bon sens. Il suffit de jeter un Ňďil sur certaines parcelles pour comprendre qu'il est parti depuis longtemps sans donner d'adresse...

Le design nous donne une méthodologie puissante pour retrouver ce bon sens et recréer enfin l'abondance en "bouclant la boucle" (car vous avez compris que c'est notre objectif en même temps que l'outil principal de la permaculture). C'est ce que nous allons voir dans le prochain article.

La permaculture : Ques aquo ?

17/01/2024

La permaculture : Ques aquo ?

Attention : SCOOP ! C‚Äôest ce qu‚Äôon appelle le bon sens. Mais bas√© sur une √©poque o√Ļ l‚Äôhumain vivait avec / gr√Ęce √† / et de la Nature sans autre √©nergie que celle de ses bras, de son intelligence et de la connaissance de son milieu. La vision jud√©o-chr√©tienne pla√ßant l'humain au-dessus de tout, puis m√©caniste des Lumi√®res accentuant la dichotomie Nature/Culture, additionn√©e d'un capitalisme forcen√© comptant l'environnement comme une ressource mini√®re in√©puisable, nous am√®ne d√©sormais au bout du chemin. L'une des solutions, si ce n'est LA solution est pourtant sous nos yeux.

 

Genèse

 

Officiellement, c’est Masanobu Fukuoka dans les années 40 qui a posé le premier les bases d'une agriculture sauvage. L’observation (toujours), la non-discrimination et la volonté d’intervenir le moins possible dans un environnement le plus en harmonie possible résume de manière exhaustive sa philosophie.

Dans les années 70, la 2ème crise pétrolière touche la planète, et des questionnements comme le poids du pétrole dans notre société, la pollution, la durabilité même de notre civilisation viennent pour la première fois sur le devant de la scène. Le concept en tant que tel de permaculture a été développé en Tasmanie par Bill Mollison et David Holmgren, reprenant la vision de Fukuoka et l’élargissant à des situations modernes et occidentales.

Le mot "Permaculture" vient de ¬ę permanent agriculture ¬Ľ pour une agriculture soutenable (base de la civilisation), mais a √©t√© ensuite √©largi √† ¬ę permanent culture/culture de la permanence ¬Ľ tant la notion de durabilit√© en est l'essence : agrosyst√®mes, √©nergies, mode de gouvernance. Car il s'agit bien de cr√©er des √©cosyst√®mes humains durables dans le temps, s‚Äôinspirant du fonctionnement de la Nature (un laboratoire de R&D qui a quelques milliards d'ann√©e de recul...), des soci√©t√©s traditionnelles, dont certaines sont ant√©diluviennes, ainsi que des derni√®res avanc√©es scientifiques et techniques : agronomie, biologie, botanique, climatologie...

On est loin de la butte avec de la paille...

 

 

Une méthode de conception (éco)systémique

 

C‚Äôest avant tout une philosophie, une vision qui s'appuie sur un ensemble de principes fort. Une m√©thode d‚Äôam√©nagement de syst√®mes agricoles et d‚Äôhabitats humains ensuite, bas√©e sur des relations d‚Äô√©quilibre et d‚Äô√©changes comme il en existe dans la Nature. On va parler aussi ¬ę d‚Äô√©cosyst√®mes cultiv√©s ¬Ľ pour des parcelles vivri√®res, mais aussi "d'√©cosyst√®mes humains" car la conception en permaculture vaut aussi pour les homo sapiens, qui ont bien besoin de recr√©er des liens !

C‚Äôest une vision holistique, globale et syst√©mique d‚Äôun am√©nagement, o√Ļ l‚Äôon prend en compte les interrelations comme composantes fondamentales de la durabilit√© d‚Äôun syst√®me. "Le tout est sup√©rieur √† la somme des parties" serait la devise de la Permaculture tant la cr√©ation de liens, de synergies est la cl√© de vo√Ľte et le gage d'un syst√®me √©quilibr√©, productif et durable.

Mais elle n'est pas exclusive : agroécologie, agroforesterie, autonomie énergétique, gouvernance horizontale, écoconstruction etc sont complémentaires et nécessaires avec l'objectif de la permaculture.

Dans une optique de raréfaction des ressources pétrolières et minérales (prévue au niveau mondial à partir de cette décennie), d'effondrement de la biodiversité, de pollution généralisée et de changement climatique de plus en plus rapide, nourrir une Humanité toujours croissante devient un challenge titanesque. Mais comme disait Bill Mollison :

"si les problèmes de ce temps sont incroyablement complexes, les solutions sont, elles, ridiculeusement simples".

 

Nous vous proposons de comprendre, de savoir, d'expérimenter la permaculture, dans tous ses aspects et champs d'applications.

Pour pouvoir enfin réintroduire l'Humain dans son milieu naturel.